La principale piste d’Afriski, bande blanche d’un kilomètre de long au milieu d’un majestueux paysage à l’herbe brunâtre, propose une neige artificielle et damée d’excellente qualité.

Le Lesotho rêve d’envoyer des athlètes aux Jeux d’hiver

MONTAGNES DE MALUTI — Nichée dans les montagnes du petit royaume du Lesotho, à quelque 3000 mètres d’altitude, l’une des deux seules stations de ski d’Afrique subsaharienne propose trois pistes et un parc de planche à neige. Un tout petit domaine skiable, très isolé, mais qui attire touristes et jeunes sportifs en quête de rêve olympique.

«Afriski a toujours été une destination unique», explique Martin Schultz, chargé de la neige artificielle dans cette station du nord-est du Lesotho, tout près de la frontière sud-africaine.

Pendant l’hiver austral, de juin à août, ce Sud-Africain de 35 ans échange sa planche de surf contre sa planche à neige.

La principale piste d’Afriski — bande blanche d’un kilomètre de long au milieu d’un majestueux paysage à l’herbe brunâtre — propose une neige artificielle et damée d’excellente qualité.

En l’absence de chutes de neige à l’exception de quelques semaines par an, la station, ouverte en 2002 dans les montagnes de Maluti, peut continuer à fonctionner grâce aux canons et aux températures sous zéro.

Les skieurs expérimentés dévalent la piste principale, qui culmine à 3222 mètres et se termine au pied de la station, très compacte. Là, en terrasse, des touristes se réchauffent avec du vin chaud, en écoutant de la musique diffusée à plein régime.

«À vos marques, prêts, partez», lance une monitrice de ski américaine, à un petit bout qui monte sur un téléski spécial débutant, un tapis roulant. Dans le snowpark à côté, de jeunes casse-cou se livrent à une kyrielle de manœuvres.

Jeunes prometteurs

Martin Schultz, qui a travaillé comme prof de ski en Europe, rêve que cette micro station permette un jour au Lesotho de décrocher une place aux Jeux olympiques d’hiver.

«L’une des priorités d’Afriski est d’essayer d’élargir la communauté des skieurs au Lesotho. Nous avons des programmes pour enfants qui suscitent beaucoup d’intérêt», notamment dans les écoles, explique-t-il.

Aucun professeur de ski de la station n’est originaire du Lesotho. Mais ce n’est peut-être plus qu’une question d’années.

«Des enfants d’employés de la station sont excellents. Certains sont promis à un bel avenir, assure Schultz. On peut espérer que ces gamins aient un niveau olympique pour qu’ils puissent faire un jour flotter le drapeau du Lesotho aux JO.»

Thabang Mabari, par exemple, est monté pour la première fois sur les planches à l’âge de 3 ans. Maintenant âgé de 10 ans, il enchaîne à toute allure les virages, casque jaune assorti à ses chaussures de ski.

Dans ce petit royaume enclavé, l’un des pays les plus pauvres au monde, Thabang skie gratuitement grâce à ses parents, tous les deux employés dans la station.

«Il adore ça. C’est dans ses gènes la compétition. De tous les enfants de personnels ici, il a été le premier à skier», raconte fièrement sa mère, Mathabang Mabari, 36 ans.

Trois remonte-pentes

Le Lesotho n’a encore jamais été représenté aux JO d’hiver, et ses pays voisins d’Afrique australe peinent à faire mieux.

Le Sud-Africain Sive Speelman s’était bien bien qualifié pour les Jeux de Sotchi, mais son comité olympique avait refusé de le laisser compétitionner en Russie, estimant nulles ses chances de gagner.

Son rêve d’être le premier Noir sud-africain dans sa discipline a encore été douché cette année. À PyeongChang en Corée du Sud, il a simplement accompagné, comme assistant technique, le seul Sud-Africain qualifié pour les JO d’hiver, le skieur Connor Wilson.

«Je ne serais jamais allé aux JO» sans Afriski, assure le jeune skieur blanc de 21 ans.

«Il y a un énorme potentiel ici. Les gamins du coin me rejoignent toujours pendant mon entraînement. Ils m’imitent. Un jour j’espère, ils représenteront le Lesotho aux Jeux d’hiver», explique Connor Wilson.

Le moniteur français de ski et de planche à neige, Thomas Frontoni, 23 ans, recommande absolument l’expérience Afriski.

«Il y a une seule piste [pour les bons skieurs], mais je pense que si un Européen vient en Afrique du Sud, il peut venir s’amuser ici un ou deux jours.

«Il y a un snowpark, une école de ski, c’est petit, mais il y a vraiment tout», ajoute le jeune homme originaire de Nice, dans le sud-est de la France. 

«J’ai vu ici des gamins sud-africains, argentins, canadiens, explique Martin Schultz. Ils ne viennent pas ici parce qu’il y a une piste d’un kilomètre, ils ne viennent pas parce que les montagnes sont imposantes. Ils viennent skier en Afrique parce que c’est sur leur ‘‘bucket list’’, la liste des choses qu’il faut absolument faire avant de mourir.»