Pendant une heure, le promoteur Bob Arum a régalé les journalistes d’anecdotes tirées de sa longue carrière dans la boxe.

Le légendaire promoteur Bob Arum se raconte

Ali aurait dû se battre à Montréal. Mais le projet a déraillé à cause des Viêt-congs, du maire Drapeau, du propriétaire des Maple Leafs et... du poulet et de la dinde!

Déjeuner avec Bob Arum, c’est refaire le dernier demi-siècle d’histoire des États-Unis. Quatre journalistes se sont gâtés, vendredi, dans un chic hôtel de la Pointe Sainte-Foy. Une heure à boire les paroles du légendaire promoteur de boxe, qui aura 87 ans samedi prochain.

«C’est le premier combat dont j’étais le promoteur et le premier combat de boxe que j’ai vu de ma vie! Jusque-là, je n’avais aucun intérêt dans la boxe. Zéro! Je ne regardais pas ça à la télé. Quand j’ai commencé, je ne savais même pas qu’il y avait d’autres catégories que les poids lourds», raconte le président fondateur de Top Rank, célèbre écurie américaine comptant dans ses rangs Oleksandr Gvozdik, l’adversaire d’Adonis Stevenson samedi soir à Québec.

Né à Brooklyn et diplômé de Harvard en droit, Arum a d’abord été procureur dans la saisie des recettes du premier duel Liston-Patterson, en 1962. Puis son association avec Muhammad Ali l’a vite amené au Québec pour la première fois, dès leurs débuts ensemble, en 1966. Un combat où Ali devait à l’origine affronter Ernie Terrell, ensuite remplacé par le Torontois George Chuvalo.

«Ali venait de dire qu’il n’avait aucun différend avec les Viêt-congs, alors on s’est fait jeter dehors des États-Unis. On est venu à Montréal, mais le maudit maire [Jean] Drapeau a fini par refuser parce que la Légion [association d’anciens combattants] menaçait de boycotter son Expo [67].

«Puis on est allé à Verdun, mais ils ont encore mis de la pression sur le maire, [George] O’Reilly qu’il s’appelait, un Irlandais. Je m’en souviens comme si c’était hier», poursuit l’homme, encore très vif d’esprit.

«C’est là que j’ai reçu un appel de Harold Ballard, le copropriétaire des Maple Leafs de Toronto. Le gars le plus courageux que j’ai rencontré dans ma vie. Il m’a dit : “Viens à Toronto, on va faire le combat.”

Dinde et poulet

«Mais une fois à Toronto, le bordel était pris là aussi! En trois jours, Ballard a dû trouver l’argent pour racheter les parts de Conn Smythe dans l’équipe et dans l’aréna, parce que Smythe ne voulait rien savoir du combat. Une excellente transaction avec du recul, mais sur le coup, ce n’était pas évident.

«Et ensuite, le parlement de l’Ontario s’en est mêlé et ils ont voté pour permettre le combat ou pas. Le gérant de Chuvalo, Irving Ungerman, a envoyé assez de poulet et de dinde aux députés qu’on a gagné par un vote!»

La famille Ungerman avait fait fortune dans la transformation de viande et c’est ainsi qu’il a connu Chuvalo, dont la mère travaillait à l’abattoir de poulets.

Entre son amie Judge Judy, les Clinton — il admire beaucoup Hillary —, et le motocycliste extrême Evel Knievel — son seul contrat de promotion à l’extérieur de la boxe pour le saut de la rivière Snake en 1974 —, Arum parle de l’ancienne première dame des Philippines. Imelda Marcos trouvait Saddam Hussein plus gentil que Castro, Mao ou Kadhafi, dont elle avait dû repousser les avances après qu’il lui ait offert un Coran plaqué or.

Plus près du ring, il évoque la dépendance à l’alcool et aux drogues que combat Oscar De La Hoya, pris sous son aile dès ses débuts comme boxeur. Et du puissant gérant Al Haymon, «la personne la plus étrange que j’ai rencontrée. Un génie bizarre qui a amassé 500 millions $ [pour PBC] et a tout fait foirer».

Un homme dangereux

Quant aux dollars perdus aux mains de Donald Trump en 1991 pour l’organisation de Foreman-Holyfield, à Atlantic City, premier combat de l’histoire à la télé à la carte, Arum concède que soutirer de l’argent à des promoteurs de boxe, il n’y a rien là. «Mais quand cet homme est président des États-Unis, c’est dangereux», tranche-t-il.

Loin d’être blasé, celui qui n’a jamais considéré la vie de promoteur comme du travail se lance à l’assaut du marché indien. Disney, compagnie mère d’ESPN, a acheté StarTV, le Sky de l’Inde. Top Rank vient d’embaucher deux boxeurs indiens et de signer une entente de sept ans avec ESPN. «Les paris sont là-dessus : vais-je me rendre jusqu’à la fin du contrat?» conclut en riant Arum, qui aura alors 94 ans.

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LE SECRET

Le secret pour devenir un bon promoteur? «Être associé à Muhammad Ali et tout apprendre de lui!» répond le légendaire Bob Arum. «Le meilleur promoteur que j’ai rencontré, c’est Ali. Un véritable génie de la promotion. Qui ne savait ni lire ni écrire à ce moment, alors c’est pour ça que j’étais là. Disons qu’il avait besoin d’un traducteur pour donner une direction à ses idées de fou.»

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SES MEILLEURS BOXEURS

  1. Muhammad Ali
  2. Marvelous Marvin Hagler
  3. Manny Pacquiao

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COMBATS QU'IL VEUT VOIR

  • Terence Crawford contre Errol Spence Jr
  • Anthony Joshua contre Deontay Wilder