À l'âge de 17 ans, alors qu'il entrait dans le dojo de Clermont Poulin, Florent Fortier (à gauche) ruminait des idées noires. Vingt-cinq ans plus tard, il fait partie de l'élite des Studios Unis d'auto-défense.

Le karaté comme boussole

À 17 ans, Florent Fortier entrait dans le dojo de Clermont Poulin déterminé à apprendre le karaté. L'adolescent né avec une condition médicale complexe était privé de l'usage de son bras droit et ruminait des idées noires. C'était la première fois que le grand maître était placé devant pareil défi.
Vingt-cinq ans plus tard, Florent Fortier fait partie de l'élite des Studios Unis d'auto-défense. Son parcours inspirant représente l'une des plus belles histoires dont a été témoin Clermont Poulin. Mais rien n'était gagné au début!
«Je n'avais jamais eu d'élève qui avait un challenge comme le sien. Il voulait apprendre le karaté. Nous, on était dans le doute, mais il voulait tellement réussir! Techniquement, on s'est souvent demandé comment on allait faire avec Florent, parce qu'il ne peut utiliser qu'un seul bras. Il apprenait ses techniques quand même assez bien. Il fallait les adapter à lui. Et puis, il est très créatif», a expliqué le grand manitou du Québec Open, samedi.
Occasion d'innover
Chaque nouvel enseignement était une nouvelle occasion pour le maître et l'élève d'innover. Ce dernier n'a jamais reculé devant les défis qui étaient placés devant lui.
«Ç'a développé mon caractère, la confiance en moi. Quand j'étais plus jeune, je pensais au suicide. Je n'avais pas d'amis. Avec les arts martiaux, j'ai trouvé une deuxième famille. Mon but, c'était de me rendre à ma ceinture orange, mais Clermont me disait que je ne faisais que commencer. Un moment donné, j'ai été trois ans sur ma ceinture brune et il était tanné de me voir là! Il m'a dit: "Va falloir que tu te grouilles pour aller chercher la noire!"» relate Fortier, en riant.
Le karatéka ne manquait pas d'ambition non plus! Même que souvent, c'est lui qui prenait les devants en manipulant de nouvelles armes, son «dada».
«Au commencement, il faisait des katas. Un moment donné, il est arrivé avec des nunchakus et il s'est mis à faire virer ça! Lui, il savait ce qu'il avait à faire. Il savait les éléments qu'il devait ajuster pour créer quelque chose. Et puis un moment donné, il est arrivé en me disant qu'il voulait faire du combat...», a laissé entendre Poulin.
C'est là que les choses se sont gâtées pour Fortier. Alors qu'à l'entraînement tout se passait plutôt bien sur le tatami, une blessure sérieuse - une clavicule cassée - subie lors d'une compétition aux États-Unis l'a forcé à abandonner le combat. «Ça lui faisait de la peine», se rappelle Poulin.
Depuis, l'athlète de 42 ans se concentre sur les katas musicaux armés. Après une courte retraite de deux ans, il effectuait d'ailleurs un retour à la compétition au Québec Open hier, où il a été couronné, sur la base de notes parfaites, champion dans la division Défi challenge il y a trois ans.
«À travers tout ça, il a continué de grandir. Il a fait toutes les compétitions aux États-Unis et au Canada. Il a été accepté par tout le monde», soutient Poulin, qui déplore aujourd'hui que son protégé ait dû s'exiler à Montréal en raison du boulot.
N'ayant jamais retrouvé l'esprit de famille des Studios Unis dans les dojos de la métropole, Fortier s'entraîne désormais seul à la maison. «Ma femme a peur que j'accroche des bibelots! Des fois, je vais dans un parc. C'est moins évident», a indiqué celui qui travaille dans la salle des bagages de l'Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau, où transitent 15000 valises par jour. «Ça garde en forme!» a-t-il toutefois convenu.
Encore des projets pour Poulin
Même s'il sait le Québec Open entre bonnes mains, Clermont Poulin redoutait les dernières minutes de la journée de samedi, qui allait signifier la fin de son règne à la tête de l'événement.
«Il ne faut pas me le faire penser! C'est comme si le noyau passait en ce moment... Ça fait quatre ans que je suis supposé arrêter. Je voulais arrêter au 30e. Mais cette année, c'est vrai. On va voir avec le temps ce que les jeunes vont faire avec le tournoi», a laissé entendre le grand patron des Studios Unis d'auto-défense.
Poulin n'a qu'un espoir, c'est que ses successeurs David Bossinotte, Claire Cocozza et Samuel Gagnon n'hésiteront pas à le consulter en cas de besoin, voire à se «servir de sa sagesse». «David me disait que les souliers étaient grands à chausser. Mais on ne chausse pas les souliers des autres! On continue... Rien que ça», philosophait-il, hier. Plusieurs défis attendent déjà les nouveaux promoteurs, tels que l'amélioration de l'accréditation en ligne instaurée cette année et la mise en place d'une billetterie virtuelle.
De son côté, Clermont Poulin ne manque pas non plus de projets! Passionné par l'histoire et l'origine des différentes souches de karaté, il réfléchit présentement à la possibilité de faire venir à Québec d'autres grands maîtres avec qui discuter. La formule de ces rencontres, que ce soit des conférences, des classes de maître ou des démonstrations, n'est pas encore établie. Ce qui est certain, c'est qu'elles ne se tiendraient pas nécessairement à l'occasion du Québec Open.
Déjà, une approche a été faite du côté de plusieurs homologues, dont Chuck Norris, qui serait ouvert à une participation, pourvu que l'événement soit tenu au profit d'une oeuvre caritative. «Disons que c'est encore à l'étape du rêve. Je ne serai pas en mesure de rien annoncer avant de m'être rendu à Hawaii en octobre», a indiqué Poulin, sans préciser l'objectif du mystérieux voyage.