Vainqueur par K.-O. lors du dernier combat de sa carrière, le 7 avril dernier au Centre Vidéotron, Éric Martel-­Bahoéli a admis que, faute d’adversaire coriace, cette sortie victorieuse ne lui avait pas procuré de réelle satisfaction.

Le dur combat de Martel-Bahoéli

Éric Martel-Bahoéli voyait son combat du 7 avril, son dernier en carrière, comme une façon de tourner la page sur sa difficile année 2017. Ce soir-là, au Centre Vidéotron, tout s’est déroulé à merveille. Le poids lourd a facilement vaincu le Mexicain Hector Aguilar par K.-O. dès le premier round. Puis il a improvisé un discours d’«adieu» devant les 4000 spectateurs acquis à sa cause. Mais la route vers la sérénité s’annonce plus cahoteuse que prévu, constate-t-il 10 jours plus tard.

«C’est dur. Je trouve ça dur», a dit Martel-Bahoéli, 36 ans, au cours d’un trop court échange avec Le Soleil lors de l’hommage à son ami David Whittom, vendredi soir. «Ça n’a rien changé. Oui, j’ai fait un dernier combat. Mais reste que je ne suis pas plus riche, mon chum n’est pas revenu…»

Martel-Bahoéli enfilait les gants pour une dernière fois afin d’exorciser certains démons. Pour oublier sa défaite crève-cœur subie aux mains d’Adam Braidwood le 24 février 2017. Pour faire la paix avec la mort de Whittom, décédé en mars après avoir été victime d’une hémorragie cérébrale à la suite d’un combat disputé 10 mois plus tôt.

Lorsqu’on lui demande si ç’a fonctionné, il répond sans détour : «Pas vraiment. Premièrement, je n’ai pas eu de challenge. Et deuxièmement, ç’a comme été une illusion pour moi de penser que ça allait changer quelque chose.»

Martel-Bahoéli doit maintenant faire un «double deuil». Celui de Whittom, mais aussi celui d’une carrière qui ne l’aura jamais mené aussi loin qu’espéré. Avant son combat contre Braidwood, le boxeur de Québec conservait toujours l’espoir d’atteindre les hauts sommets de son sport, avec les revenus qui viennent avec. D’où l’aspect brutal de cette défaite.

Dans les derniers mois, il a vécu avec des symptômes de dépression. «Il n’y a rien qui me tentait. De me botter le cul juste pour aller travailler… Bien souvent j’ai callé malade et ce n’était pas mon genre. Je sortais beaucoup, j’étais moins sérieux.»

Il termine sa carrière avec une fiche de 12 victoires, 7 défaites et 1 duel nul. Huit de ses triomphes ont été remportés par mise hors de combat. Lui-même s’est fait passer le K.-O. cinq fois chez les pros. Il est aussi monté sur le ring pour quelque 70 affrontements amateurs.

Terminé dans le ring... et sur la glace

Et aujourd’hui, une chose semble claire : il n’a pas l’intention d’y retourner. Pas pour se battre, du moins. Il aime encore la boxe et continuerait de la pratiquer… si elle venait sans les coups à la tête qui minent forcément sa santé.

Il veut aussi faire une croix définitive sur son aventure avec le Mécanarc de Donnacona de la Ligue de hockey senior AAA, où il a disputé 18 matchs la saison dernière. Il n’était pas sur la glace pour marquer des buts, comme l’indiquent sa fiche vierge de points et ses 99 minutes de pénalité. «Ce n’est pas plus intelligent de recevoir des coups de poing sur la glace», a-t-il affirmé mardi, lors de la poursuite de cette conversation amorcée cinq jours plus tôt.

«Je ne veux pas me rebattre. Je ne me rebattrai jamais. Mais il faut vraiment que je travaille encore plus sur moi, sur ma personne, pour passer à autre chose», a assuré l’agent d’intervention dans un centre jeunesse.

L’aide d’un psychologue n’est pas exclue, «chose que j’aurais peut-être dû faire» l’an dernier. Martel-Bahoéli sera aussi à la recherche d’un nouveau défi lui permettant de se dépasser. Il continuera à donner des cours de boxe, compte penser à lui le plus possible dans les prochains mois.

Justement. Le temps qui passe sera sans doute le meilleur remède...