Le discret et le muet

Pas de déclarations incendiaires à la veille du combat. Bute a été Bute, courtois, poli. Et Alvarez a été... muet. C'est l'heure de passer aux actes.
«Je suis très relax, très confiant. Je sais que j'ai travaillé fort pour ce combat. Je suis en forme, la santé est bonne, ma confiance est là. Tout est là», a débité Lucian Bute, jeudi midi, à environ 34 heures de monter dans le ring du Centre Vidéotron pour affronter Eleider Alvarez.
Le vainqueur s'est vu promettre un combat de championnat du monde contre Adonis Stevenson, concitoyen des deux autres dans la région montréalaise et roi des 175 livres du WBC depuis près de quatre ans. Un privilège qu'Alvarez a consenti à mettre en jeu contre Bute après 15 mois d'attente pour affronter Stevenson.
Tu crois qu'Adonis va regarder le combat? «Probablement», n'a pu que répondre l'ancien monarque des 168 livres de l'IBF. «Mais c'est Alvarez, pour moi, pas Stevenson.»
Ce Alvarez qui a pris la poudre d'escampette après avoir été pesé à 174,6 livres, dans la grande salle de l'hôtel Le Bonne Entente, à Sainte-Foy. Une livre de plus que Bute, à 173,6, lui qui remonte de catégorie de poids pour la première fois depuis son revers contre Jean Pascal, il y a trois ans.
Si les parieurs favorisent Alvarez, Bute se dit plus confiant que jamais à la lumière de ses deux derniers combats de championnat du monde à 168 livres contre Badou Jack et James DeGale, une nulle et une défaite.
«Si je laisse mes bras aller, ça va être tout un spectacle», a prédit le vétéran de 36 ans, reconnaissant avoir besoin d'«une belle victoire décisive, clairement. Que tout le monde n'ait pas de doute.»
Pendant qu'Alvarez faisait voeu de silence et Bute de simplicité verbale, les boxeurs locaux ont continué d'alimenter les journalistes restés sur leur faim.
«Pas là pour niaiser»
Dans un choc de poids lourds pour le titre WBU où plus de 500 livres de muscles grimperont dans le ring, et ce sans compter l'arbitre, Éric Martel-Bahoéli (253,8 lb), de Québec, commence à douter du sérieux de son rival. L'ancien joueur de football Adam Braidwood (250,8 lb) a encore joué la carte du sourire, comme la veille en conférence de presse.
«Il est venu pour se battre, mais aussi pour profiter du moment et c'est bien correct», indique Martel-Bahoéli. «Mais il va se rendre compte demain [vendredi] que je ne suis pas là pour faire le bouffon. Je suis là pour me battre et gagner cette ceinture.
«Le gars commence à réaliser que je ne suis pas là pour niaiser, que j'ai du bagage et il va s'en rendre encore plus compte une fois dans le ring», a promis celui qui allait passer les dernières heures d'attente avec des amis à parler d'autre chose que du combat ou encore à regarder des documentaires sur la vie de Mike Tyson ou de Muhammad Ali. «Ça m'inspire», confie-t-il.
Martel-Bahoéli est dirigé par le duo d'entraîneurs François Duguay et Maxime Simard, qui s'occuperont aussi de Sébastien Bouchard dans le combat juste avant. L'équipe du club Empire de Sainte-Foy est complétée par Jérôme Arnould et Dominic Côté, essentiels tout au long de la préparation.
Bouchard dit ne pas avoir eu trop de misère à atteindre 149,6 livres, contre 150 pour son adversaire. Et plus question pour lui d'intimider son opposant du regard lors du traditionnel face-à-face après la pesée. «À mes premiers combats, j'étais stressé et je voulais le casser des yeux, mais je perdais de l'énergie pour rien. Maintenant, je donne une bonne poignée de main et on se verra demain!» résume Bouchard.
Des 12 pugilistes en action vendredi soir, huit sont des Canadiens, dont sept Québécois, et les quatre autres des Mexicains.