Lundi, le Comité international olympique a disqualifié les biathlètes Yana Romanova (à gauche) et Olga Vilukhina (à droite), médaillées d’argent au relais en 2014, à Sotchi.

Le CIO frappe à nouveau

LAUSANNE — Le Comité international olympique (CIO) a sanctionné lundi cinq nouveaux Russes, dont deux champions olympiques de bobsleigh à quatre à Sotchi en 2014, sur la base des conclusions des auditions de la commission Oswald sur les sportifs impliqués dans le scandale de dopage d’État en Russie.

Aleksei Negodailo et Dimitri Trunenkov ont été disqualifiés et ont vu leurs résultats aux JO 2014 annulés, comme l’avaient été vendredi dernier ceux de leur équipe de bobsleigh à quatre, dont l’étoile Aleksandr Zubkov.

Lundi, le CIO a également disqualifié les biathlètes Yana Romanova et Olga Vilukhina, médaillées d’argent, ainsi que le skeletoneur Sergei Chudino.

Ces nouvelles sanctions interviennent à huit jours d’une réunion cruciale de la Commission exécutive du CIO qui doit se prononcer le 5 décembre sur la participation ou non de la Russie aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang.

Le CIO avait déjà sévi la semaine dernière en sanctionnant des fondeurs, dont Alexander Legkov (champion olympique du 50 km à Sotchi 2014) ainsi que des champions olympiques et médaillés en skeleton.

Depuis le début des sanctions prononcées par le CIO, la Russie a perdu au total 11 médailles, dont quatre en or sur les 13 remportées sur le terrain en février 2014.

Les Russes, qui avaient terminé les JO 2014 en tête du tableau des médailles, ont du coup été dépassés par la Norvège (11 titres).

Encore des sanctions à prévoir 

Au total, le CIO a sanctionné 19 sportifs russes lors de ces auditions de la commission Oswald, mise en place par l’instance olympique après la révélation d’un dopage d’État dans le sport russe par le rapport McLaren, publié en juillet 2016. D’autres sanctions pourraient tomber.

Vendredi, la Fédération russe de bobsleigh avait jugé que les décisions du CIO sont dues à «un escroc» et discuter avec le CIO «n’est possible que dans un tribunal».

La commission d’enquête présidée par le Suisse Denis Oswald, ex-président de la Fédération internationale d’aviron, membre de longue date du CIO et avocat de profession, a été mise en place après la publication du rapport du juriste canadien Richard McLaren. Ce dernier a établi en juillet 2016 l’existence d’un dopage institutionnalisé en Russie, impliquant Moscou et les services secrets russes (FSB), notamment lors des JO 2014 à Sotchi.

Jeudi, quatre pilotes de skeleton avaient été sanctionnés dont Alexander Tretiakov, champion olympique à Sotchi, et ainsi privé de son titre.

Vendredi, la Fédération internationale de bob et skeleton (IBSF) a annoncé que ces autres sportifs étaient provisoirement suspendus de la Coupe du monde.

Ce n’est pas le cas des six fondeurs russes bannis à vie par le CIO, dont Alexander Legkov (champion olympique du 50 km à Sotchi 2014), Alexey Petukhov (champion du monde en 2013) et Maxim Vylegzhanin (triple médaillé d’argent olympique en 2014 et champion du monde en 2015).

La Fédération internationale de ski (FIS) avait indiqué jeudi que ces six fondeurs étaient autorisés à s’aligner provisoirement en Coupe du monde, ce qui a déclenché de vives réactions d’une partie de leurs concurrents.

La FIS avait motivé sa décision en déclarant être «obligée d’attendre la remise des conclusions de la commission de discipline du CIO et les preuves, avant de pouvoir prendre d’autres mesures».

Vendredi, le CIO avait répliqué en expliquant que «toutes les fédérations internationales concernées par des cas traités par la Commission de discipline ont reçu les preuves [...] et ont eu l’opportunité de prendre part aux auditions».

Lundi, comme il s’y était engagé, le CIO est allé plus loin en publiant les motivations de la décision de la commission Oswald concernant la suspension de Legkov. «La participation de l’athlète dans le programme de dopage est établie», a jugé la Commission dans ses attendus. Son nom figure dans la liste des athlètes protégés et des «marques» de manipulation ont été découvertes sur ses deux échantillons d’urine, ajoute la commission.

«La preuve que ces échantillons ont été manipulés constitue une preuve directe et objective de l’implication de l’athlète dans le programme» de dopage, juge-t-elle encore.

Enfin, «l’athlète Legkov figure parmi les athlètes» pour lesquels le Dr Grigory Rodchenkov, ex-patron du laboratoire antidopage de Sotchi, «a apporté des éléments de preuve supplémentaires».

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POUND REGRETTE ENCORE LA PRÉSENCE DE LA RUSSIE À RIO

EINDHOVEN — L’ancien président de l’Agence mondiale antidopage (AMA) Dick Pound a réaffirmé ses critiques contre le Comité international olympique (CIO) et son refus d’exclure la Russie des Jeux de Rio en 2016, malgré la révélation d’un système de dopage institutionnel.

À une semaine d’une nouvelle réunion décisive du CIO sur la participation des Russes aux Jeux olympiques de PyeongChang, l’avocat canadien, lui-même membre de l’instance olympique, est revenu sur cet épisode, sans cacher ses regrets, lors de la conférence internationale sur l’intégrité dans le sport Play the Game, à Eindhoven.

«Il n’y avait aucune raison de douter des résultats» de l’enquête conduite à la demande de l’AMA par le juriste canadien Richard McLaren, a assuré Dick Pound, évoquant «une grosse erreur» du CIO.

Peu avant les JO de Rio, cette enquête avait mis en lumière un système institutionnel de dopage, en cours de 2011 à 2015 en Russie, et impliquant plusieurs rouages de l’État, du ministère des Sports au service secret FSB. «Il aurait pu y avoir des invitations individuelles à participer aux Jeux olympiques données par le CIO à ceux qui pouvaient démontrer qu’ils étaient en dehors du système russe», «mais comme invités, pas comme représentants de la Russie ni sous le drapeau russe», a poursuivi Dick Pound, qui a dirigé l’AMA de 1999 à 2007.

Autre erreur, selon lui, le fait d’avoir délégué à chaque fédération sportive internationale la décision d’accueillir ou non les athlètes russes à Rio, avec des résultats différents d’une discipline à l’autre.

«Conflit d’intérêts»

Selon Dick Pound, dans plusieurs disciplines — il n’a pas précisé lesquelles —, «la fédération s’est trouvée en conflit d’intérêt», du fait de «l’implication de responsables russes dans ses instances», ou en situation de «dépendance» parce que la Russie devait accueillir des compétitions internationales.

Dimanche, à l’ouverture de Play the Game, Dick Pound avait déjà lancé une première salve de critiques contre le CIO et son président Thomas Bach. «Vous ne pouvez pas dire, comme mon organisation, le CIO, «zéro tolérance pour le dopage... mais peut-être pas si c’est la Russie», avait-il ironisé. Il a aussi regretté l’absence de véritable débat entre tous les membres du CIO, la décision pour Rio comme pour PyeongChang étant du ressort de la commission exécutive de l’instance olympique.