Même s'il tire de l'arrière par 1:42 sur Greg Van Avermaet, détenteur du maillot jaune, le Britannique Chris Froome (photo) se considère en excellente position pour remporter un cinquième Tour en carrière.

Le ciel est clair pour Sky et Froome

ANNECY — Un leader et un possible joker : avec Chris Froome et Geraint Thomas, l’équipe Sky aborde les premières étapes de montagne en position idéale pour gagner une nouvelle fois le Tour de France.

Après une première semaine, où l’essentiel était d’éviter les pièges des routes bretonnes et des pavés du nord vers Roubaix, Froome, quadruple vainqueur du Tour de France (2013, 2015, 2016 et 2017), s’est montré confiant pour la suite des événements.

«La première partie de course était très nerveuse, mais maintenant on est plus tranquille, parce que la montagne, c’est ce que l’on a le plus préparé», indique le Britannique, qui est tombé deux fois sans se blesser au cours des neuf premières étapes, dès le premier jour à Fontenay-le-Comte, puis dimanche sur le chemin vers Roubaix.

Froome compte toutefois près d’une minute de retard sur son coéquipier au classement général. De là à faire du Gallois le leader de la Sky, au détriment de l’Anglais?

«On va supporter les deux, jusqu’au moment où l’on décidera entre nous sur quelle carte on va jouer. Pour le moment, ça se voit assez clairement», explique le directeur sportif de Sky, le Français Nicolas Portal. «Quelqu’un qui a gagné six grands Tours, c’est clair que c’est notre leader», ajoute Portal, en référence à Froome, qui compte en plus de ses quatre Grandes Boucles, une Vuelta (2017) et un Giro (2018).

Entre les deux coureurs, aucune tension n’est en tout cas visible, bien au contraire. L’équipe, qui s’est établie à Chambéry pour les premiers jours dans les Alpes, est partie tout sourire faire une petite session d’entraînement, avec une petite montée, pour la première journée de repos.

Sélection naturelle

Et les deux se sont prêtés au jeu des entrevues avec une masse de journalistes qui ne désemplit pas depuis la semaine avant le Grand Départ de Vendée, quelque peu agité par le classement sans suite de la procédure antidopage à l’encontre de Froome.

«Movistar est là avec trois candidats pour le classement général [Nairo Quintana, Mikel Landa, Alejandro Valverde]. Ça nous donne des options et c’est une bonne position. C’est aux autres équipes de nous attaquer maintenant», lance l’Anglais de 33 ans toujours souriant.

«On verra comment les prochaines journées vont se dérouler. Si je peux rester au contact, je le ferai», commente Geraint Thomas. «On peut espérer que l’on soit les deux gars qui restent à la fin».

«On roule ensemble avec ‘‘Froomey’’ depuis de nombreuses années et on peut être honnête l’un envers l’autre et ne pas se mentir sur les sensations, savoir lequel roulera pour l’autre», estime Thomas.

Froome de son côté estime que la sélection se fera dans la course, quand Thomas évoque lui aussi une «sélection naturelle».

Mardi, pour les premiers cols alpins, Thomas peut s’emparer du maillot jaune. Le mieux classé des favoris, il accuse seulement un retard de 43 secondes sur le Belge Greg Van Avermaet.

«On a Geraint deuxième au général. Si on peut prendre le maillot jaune, ce serait bien, pour lui je pense et l’équipe serait contente. Il le mérite. Si ça vient, ce serait une bonne chose», estime Portal.

L’an passé, Sky avait porté le jaune pendant la quasi-totalité du Tour (19 étapes sur 21 avec Thomas et Froome).

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LE PLAN PARTICULIER DE BARGUIL

Perdre volontairement du temps dès mardi afin d’intégrer plus tard une échappée pour une victoire d’étape, voilà le plan particulier du Français Warren Barguil, qui affirme ne pas viser le classement général du Tour de France malgré une bonne première semaine.

Bluff ou sincérité? Pour le Breton, l’un des héros français du Tour en 2017 avec deux victoires d’étapes et le maillot à pois de meilleur grimpeur sur les Champs-Élysées, la situation est assez limpide.

«Demain [mardi], c’est une journée spéciale, au lendemain d’une journée de repos. Je ne suis pas venu pour le classement général, donc ça peut être à partir de demain que je peux perdre du temps.»

La phrase peut paraître bizarre, surtout dans la bouche de Barguil, qui, à 26 ans, représente l’un des espoirs tricolores pour remporter un grand tour. Mais viser le général nécessite «une approche encore différente mentalement», estime-t-il.

«Je sais que pour moi le classement général cette année n’est pas possible, je reviendrai pour ça», confirme-t-il, relancé pour savoir si ses plans n’avaient pas changé après les neuf premières étapes et sa 18e place au classement général, à moins d’une minute des principaux leaders.

«Si je veux aller dans une échappée qui va au bout, oui, je dois perdre du temps. Autrement, on ne me laissera pas partir. Demain, je vais voir comment ça se passe, mais ce sera sûrement [ma stratégie] de perdre du temps et de me relever dans la dernière ascension», insiste-t-il.

L’Alpe d’Huez dans le viseur 

Mais pourquoi ne pas avoir perdu du temps plus tôt dans le Tour? «J’essayais de trouver une étape en première semaine où je pouvais perdre du temps. En Bretagne, je ne pouvais pas», note le natif de Hennebont dans le Morbihan qui court pour l’équipe Fortuneo, à l’identité bretonne.

«Sur les pavés, si tu perds un peu de temps tu te fais un peu taper dessus», poursuit-il, expliquant qu’il avait utilisé cette étape vers Roubaix comme un test pour l’avenir et aussi un premier effort dans une première semaine calme sur le Tour.

Et il se projette sur les deux étapes alpestres de mercredi entre Albertville et La Rosière, et surtout de jeudi avec la montée finale vers l’Alpe d’Huez et ses 21 lacets mythiques, pour un Tour qu’il espère faire à l’offensive, incompatible selon lui avec une place au général.

«J’espère faire deux semaines de folie», répond-il lorsqu’on l’interroge sur ses victoires d’étapes en montagne l’an passé, vers Foix le 14 juillet et au sommet de l’Izoard sept jours plus tard. «Je pense et j’espère que je suis prêt.»

Un dilemme reste toutefois à résoudre pour le Breton : la question du maillot de meilleur grimpeur, car de nombreux points seront distribués mardi. «Ça aura aussi son importance, mais ce ne sont pas toujours les mêmes mecs qui sont dans les échappées», fait-il remarquer.