Le boxeur Éric Martel-Bahoéli et l’entraîneur François Duguay, qu’on voit ici en 2013, se rendront au chevet de David Whittom au Nouveau-Brunswick, lui qui avait dû être plongé dans le coma après un combat en mai dernier.

Le chemin de croix de «Baho»

Sept mois après qu’un violent K.-O. ait plongé le boxeur David Whittom dans le coma, son entraineur François Duguay et le poids lourd Éric Martel-Bahoéli partiront vers le Nouveau-Brunswick, le jour de Noël, pour se rendre à son chevet. Une sorte de chemin de croix pour «Baho», tourmenté par sa propre fin de carrière et le tragique destin de son ami.

«C’est sûr que je pense encore à David quotidiennement. Chaque jour, je parle à sa mère ou à sa sœur pour prendre des nouvelles», admet sans détour François Duguay. Mais lorsque joint par Le Soleil, vendredi, l’entraineur rageait surtout à propos d’un autre de ses boxeurs : Éric Martel-Bahoéli. 

À 36 ans, ce dernier venait d’annoncer sur les réseaux sociaux son désir de se battre une dernière fois à Québec, en plus d’un combat prévu dans sa Côte-d’Ivoire d'origine. Tout cela après avoir préalablement annoncé sa retraite.

«Ça me met en tabarn*k. C’est du niaisage. Je ne sais pas s’il va vraiment se battre en Côte-d’Ivoire, mais moi je n’y vais pas, c’est décidé. Son dernier combat c’était son dernier combat», se désolait Duguay. 

«Les gens proches d’Éric, ceux qui l’aiment, veulent qu’il arrête. Ceux qui l’encouragent à continuer derrière leur clavier n’ont jamais mangé de coup de poing sur la gueule. Je n’ai pas assez de mes dix doigts pour compter les fois où Éric est allé au plancher dans ses trois derniers combats. Après le plancher, c’est la civière. Après la civière, c’est la salle de traumatologie. Et tu es mieux mort que dans la salle de traumatologie comme David est arrangé présentement.»

Samedi, Martel-Bahoéli s’est excusé à son entraîneur. Il ne se rebattra pas à Québec, mais le combat en Côte d’Ivoire est encore dans ses plans. 

Sorti du coma

Le poids lourd de Québec n’a pas encore vu Whittom, son ami et partenaire d’entrainement de toujours, depuis le combat du 27 mai. Ce jour-là, il avait envoyé un message à son «frère» pour lui souhaiter bonne chance. Quelques heures plus tard, le Néo-Brunswickois de 38 ans grimpait dans le ring, à Fredericton, l’inscription «Made in Hell» brodée sur la taille. Comme pour Martel-Bahoéli, François Duguay insistait depuis des années pour que Whittom accroche ses gants. Mais ce dernier étant sobre depuis 26 mois et sérieux dans sa préparation, Duguay avait accepté d’être dans son coin. 

On connaît la suite. Au dixième ronde d’un combat de championnat canadien qu’il menait au pointage, le boxeur du Club de boxe Empire, à Québec, s’est fait assommer. Sa 24e défaite en 37 combats professionnels et la 12e fois qu’on lui passait le K.-O. 

Une hémorragie cérébrale a nécessité qu’on le plonge dans le coma. Il en est sorti il y a quelques mois, mais l’on comprend en écoutant François Duguay que la vie telle qu’il la connaissait auparavant est terminée pour David Whittom. 

«La dernière fois que je suis allé le voir, il m’entendait, mais il ne pouvait pas me voir. Il faisait ce que je lui demandais en se servant juste de sa main gauche. Je l’ai assez gossé pendant deux jours qu’il a finalement réussi à me serrer la main droite. Je lui disais “Come on Whittom, sers-toi de ta droite” comme quand je l’entrainais.»

«Ça va frapper dur»

Le 25 décembre, Duguay et Martel-Bahoéli rouleront ensemble les quelque 600 kilomètres séparant Québec de Fredericton. «Baho» l’appréhende. «Quand je vais voir David, ça va frapper dur, c’est sûr. Tant que tu n’as pas vu la personne, on dirait que tu ne le réalises pas pleinement.»

Avant le coma de son ami, le poids lourd «ne voyait pas de finalité» à sa carrière. La retraite s’est imposée dans sa tête à ce moment-là. Martel-Bahoéli s’est fait passer le K.-O. à Québec, en février, et n’avait pas prévu finir sa carrière sur une défaite. Il n’avait pas non plus prévu une carrière pro en dent de scie sans promoteur. C’est ce qu’il a eu, malgré quelques victoires étincelantes. 

Il doit se réconcilier avec cette réalité et le sort de Whittom pour réussir à tourner la page. «Je ne sais pas comment je me sens. C’est un mélange de haine, de frustration et de tristesse. Je suis tiraillé par rapport à ma décision de me retirer ou continuer à me battre.»

Cherchant à remplacer l’adrénaline de la boxe, Martel-Bahoéli a recommencé le hockey senior AAA avec le Mécanarc de Donnacona, cet automne. Il se bat à poings nus sur une glace. Ce n’est «pas plus brillant» pour sa santé, il le sait. Vendredi soir, un autre joueur s’est fait passer le K.-O. sur la glace lors d’un match du Mécanarc. «J’ai repensé à David et à tout ce que François me disait. Ça ne me tentait plus de me battre. J’ai fait plusieurs commotions cérébrales et moi aussi je pourrais finir légume un jour. Il ne faut pas se rendre jusque là.»

«Si je me mets dans la peau de quelqu’un d’autre qui regarde ma carrière, je serais le premier à dire qu’il faut que j’arrête de boxer. Mais l’après-carrière dans le sport, c’est encore plus dur qu’on le pense. Si j’arrête de boxer, je fais quoi? Je ne peux pas rester assis chez nous à ne rien faire. Je vais capoter.»