S’il était demeuré dg du Canadien, Serge Savard aurait probablement échangé Patrick Roy à l’Avalanche. Il aurait cependant demandé Owan Nolan et Stéphane Fiset en retour.

Le Canadien devait échanger Roy, selon Serge Savard

Même si Serge Savard était demeuré le directeur général des Canadiens de Montréal à la fin de l’année 1995, le gardien de but Patrick Roy, maintenant directeur général et entraîneur des Remparts de Québec, aurait changé d’adresse et aurait probablement abouti avec l’Avalanche du Colorado. C’est l’une des révélations que Serge Savard fait dans sa biographie Canadien jusqu’au bout écrite par le journaliste Philippe Cantin de La Presse. De passage à Québec jeudi, Savard s’est ouvert davantage sur ce chapitre crucial de sa carrière dans le monde du hockey.

Toujours sympathique avec une prestance et une dignité qui imposent le respect, Savard était sollicité de toutes parts lorsqu’il a traversé un congrès de juges au Château Frontenac. Un à un, les hommes de loi se pressaient pour serrer la pince de celui que plusieurs surnomment encore «le Sénateur» et pour lui démontrer leur appréciation de son travail avec le Bleu-Blanc-Rouge. «Je suis tombé dans mon monde!», lance l’ex-athlète toujours solide qui ne fait pas ses 73 ans.

Transaction différente

On aurait pu lui parler du but d’Alain Côté et de la bataille du Vendredi saint comme plusieurs le font encore dans la capitale. Les sujets ne manquent pas quand on se frotte à une légende du hockey qui a reçu dix bagues de la Coupe Stanley, huit comme joueur et deux comme directeur général. Mais sa relation avec Roy, le gardien de Sainte-Foy qu’il avait qualifié de «jeune homme qui pourrait surprendre» avant d’en faire l’une des plus belles prises du Canadien, en troisième ronde lors du repêchage de 1984, était un incontournable.

«Je pense que Patrick était au courant que je voulais l’échanger. Son ancien agent était Pierre Lacroix, devenu directeur général de l’Avalanche, et j’avais eu des pourparlers avec Pierre concernant une transaction. Pour cette raison, je suis convaincu qu’ils s’en étaient parlé. Je peux me tromper. Il faudrait lui demander à lui!», explique-t-il.

Savard n’aurait cependant pas fait la même transaction que son successeur Réjean Houle, qui avait aussi envoyé le capitaine Mike Keane à l’avalanche en retour du gardien Jocelyn Thibault, Martin Rucinský et Andrei Kovalenko. «Moi, le joueur que je voulais était Owen Nolan et je voulais aussi le gardien Stéphane Fiset et je n’aurais pas échangé Keane. L’Avalanche voulait Keane, mais pour moi, il n’en était pas question», indique-t-il à propos de ses pourparlers avec Lacroix avant le début de la saison 1995-1996.

Rendus là

«On était rendus là avec Patrick. Ça arrive régulièrement dans une carrière qu’un changement d’air aide beaucoup. Pat était un gars exigeant qui se présentait à toutes les parties. Il n’était pas toujours bon à chaque match, mais on ne pouvait jamais dire qu’il ne s’était pas présenté. Cependant, c’était devenu difficile pour un coach de diriger un gars comme lui. Patrick prenait beaucoup d’oxygène dans le vestiaire!», illustre Savard, qui n’a jamais nié le talent du numéro 33 et n’était pas surpris qu’il aille chercher deux autres Coupe Stanley avec sa nouvelle équipe.

Cependant, au début de la saison 1995-1996, Owen Nolan n’était plus au Colorado, ayant été échangé aux Sharks de San Jose, et les pourparlers avec l’Avalanche n’avaient pas repris. Ce fut alors au tour de Savard, après quatre matchs seulement, d’être éjecté de son siège de directeur général des Canadiens. 

«C’est la seule chose que je n’ai pas encore fini de digérer!», avouera Savard. «J’avais avisé Ronald [Corey, ex-président des Canadiens], deux semaines avant le début de la saison que je croyais qu’on avait un club pour gagner la Coupe Stanley. Et j’y croyais, avec Saku Koivu qui arrivait, on venait d’aller chercher Pierre Turgeon et Vladimir Malakhov des Islanders de New York ainsi que Stéphane Quintal et Mark Recchi. On avait vraiment changé l’image du club», se souvient-il.

«Après que j’aie dit ça à Ronald, pourquoi me congédier après quatre matchs?», se demande encore Savard, qui avoue n’être jamais revenu sur ce sujet douloureux avec Corey.

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UN MATCH AVEC QUÉBEC

Contrairement à un Jean Béliveau ou un Guy Lafleur, qui se sont distingés respectivement avec les As et les Remparts de Québec avant de briller avec les Canadiens de Montréal, Serge Savard n’a pas un lien aussi fort avec la capitale. Il peut cependant se vanter d’avoir disputé au moins un match avec une formation de Québec avant d’entreprendre une longue carrière dans la Ligue nationale de hockey (LNH).

C’était en 1967, alors que Savard s’alignait avec les Apollos de Houston de la Ligue de hockey centrale professionnelle. Il avait été rappelé par les Canadiens pour ses deux premiers matchs dans la LNH durant les Fêtes cette saison-là avant d’être retourné aux Apollos, qui ont complété une saison frustrante en étant éliminés des séries...

«Les As évoluaient dans la Ligue américaine et ils avaient beaucoup de blessés alors qu’ils étaient en plein coeur d’un 3 de 5 contre les Clippers de Baltimore en première ronde des séries. Ils n’avaient plus assez de défenseurs pour jouer le cinquième et ultime match de la série», se souvient-il.

«Moi et Mike McMahon [un défenseur qui a joué 224 matchs dans la LNH, essentiellement avec les Rangers de New York et les North Stars du Minnesota] avions été rappelés des Apollos en même temps. On s’est rendus à Baltimore pour le cinquième match, mais ça faisait une semaine qu’on avait pas patiné», poursuit-il. «Les As se sont inclinés devant les Clippers, alors moi et Mike avons été éliminés deux fois durant cette même saison!»

L’élimination des Apollos aux mains des Blazers d’Oklahoma City avait aussi laissé Savard amer. «J’avais été suspendu un match... De l’autre côté, il y avait Glen Sather, un petit «caltor»... Il avait toujours ce petit sourire», lance-t-il à propos de l’attaquant albertain, une petite peste sur la glace, devenu plus tard directeur général et entraîneur des Oilers d’Edmonton alors que Savard était d.g. des Canadiens.

«J’en avais assez, j’avais planté Sather dans un coin et, en tombant, je lui avais donné un coup de bâton. C’est ce qui avait mené à ma suspension», raconte-t-il. Ian Bussières

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DES NORDIQUES SOUS-ESTIMÉS 

Avec les Canadiens de Montréal pour les deux premières saisons des Nordiques de Québec dans la LNH, Serge Savard se souvient que lui et ses coéquipiers regardaient de haut ces équipes qui arrivaient de la défunte Association mondiale de hockey (AMH).

«L’AMH était vue comme une ligue inférieure, alors on a sous-estimé ces équipes dès le départ. Pourtant, on a vite vu que certaines de ces équipes, notamment les Nordiques de Québec et les Oilers d’Edmonton, étaient vite devenues meilleures», se souvient Serge Savard.

À Winnipeg

C’est d’ailleurs avec une ancienne formation de l’AMH que Savard a terminé sa carrière de hockeyeur après avoir pris sa retraite avec les Canadiens. «Quand je me suis retiré, en septembre 1981, jamais je n’aurais pensé faire un retour au jeu», avoue-t-il. «C’est mon meilleur ami John Ferguson, devenu directeur général avec les Jets de Winnipeg, qui m’a convaincu», raconte-t-il en revenant sur les détails de ce retour imprévu.

«Quand John m’avait repêché au repêchage intra-ligue, ça avait fait beaucoup jaser», se rappelle Savard. Au mois de décembre, alors que ses Jets venaient de subir une raclée de... 15 à 2 face aux North Stars du Minnesota, le bouillant directeur général en a eu assez.

«John a pris le téléphone à 1h du matin, il m’a appelé et il m’a dit : «Là, c’est assez! Il faut que tu viennes à Winnipeg!», se souvient-il. En 24 heures, les valises du Sénateur étaient prêtes. «Ça a été une bonne affaire pour moi et ma famille. Mes enfants sont allés à l’école à Saint-Boniface et sont devenus bilingue et mon fils Marc, qui ne m’avait pas vraiment connu comme joueur à Montréal, a pu me voir jouer à Winnipeg», raconte-t-il. «Je me souvenais seulement des huées à ta dernière année à Montréal...», laisse échapper Marc, qui accompagne son père pour promouvoir son livre. «Même le Rocket a été hué à Montréal», réplique le paternel, stoïque. «Jean Béliveau aussi!», ajoute son biographe Philippe Cantin. Comme quoi même pour les grands joueurs, le sport peut être aussi cruel que gratifiant. Ian Bussières