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Alex Barré-Boulet est félicité après avoir marqué son premier but dans la LNH contre les Blue Jackets de Columbus, le 25 avril dernier.
Alex Barré-Boulet est félicité après avoir marqué son premier but dans la LNH contre les Blue Jackets de Columbus, le 25 avril dernier.

Le bon voisinage d’Alex Barré-Boulet

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
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Son meilleur ami et voisin d’enfance a remporté la Coupe Stanley en 2019 ; le joueur de sa région dont le parcours lui ressemble le plus l’a pris son aile depuis son arrivée dans la LNH. Natif de Montmagny, en Chaudière-Appalaches, Alex Barré-Boulet bénéfice peut-être d’un bon voisinage, c’est quand même sa résilience qui l’a propulsé dans l’alignement du Lightning de Tampa Bay sans même avoir été repêché.

L’attaquant de 23 ans a fait des débuts remarqués dans la grande ligue, ces dernières semaines. Inséré au sein d’un trio offensif, il a marqué son premier but dans la LNH à son huitième match, dimanche dernier, dans une victoire en prolongation contre Columbus.

«Sur le coup, c’était comme irréel. Bon, ça reste un but, j’en ai déjà compté, mais je dois admettre qu’il y avait beaucoup d’émotion, j’étais super content. Je l’ai vraiment réalisé sur le banc quand les gars sont venus me féliciter et me dire “good job”, et après le match, lorsqu’on m’a remis la rondelle en souvenir», expliquait Barré-Boulet au Soleil, cette semaine, à la veille d’un match contre Chicago.

Barré-Boulet s’ajoute à une liste de joueurs promus dans la LNH via la filiale du Lightning à Syracuse, dans la Ligue américaine, à s’imposer dès le départ. Il ne veut cependant pas se satisfaire de ce succès rapide.

«Je suis redescendu sur terre, je n’ai pas le choix. Je ne peux pas me dire, bon, c’est fait et ça va être facile, maintenant. C’est mon premier but et j’espère que ce ne sera pas le dernier», admettait l’ancien des Voltigeurs de Drummondville et de l’Armada de Blainville-Boisbriand après sa première touche.

Il avait raison, car il a encore enfilé l’aiguille dès le match suivant dans une autre victoire assurant cette fois la présence de Tampa Bay dans les séries, première étape de leur défense de la Coupe Stanley.

Qui sait, Barré-Boulet pourrait voir son nom gravé sur le précieux trophée comme l’a été celui de son ami d’enfance, Samuel Blais, champion en 2019 et inspiration du cocktail «Sammy Blue» dans sa région…

«Samuel et moi, on est deux bons amis, c’est mon meilleur chum. Nous n’avons qu’un an de différence, on a joué ensemble dans le midget AAA avec les Commandeurs de Lévis, mais aussi dans les niveaux Novice et Atome. Dans le junior majeur, on a joué l’un contre l’autre. On habitait à 30 secondes de marche à Montmagny, nos parents sont aussi de bons amis, ils ont souvent fait des 5 à 7 ensemble. Le pourcentage de chances est petit pour que deux amis d’enfance, des voisins en plus, jouent en même temps dans la LNH, c’est spécial ce qui nous arrive», admettait le numéro 60 du Lightning.

De bons entraîneurs

Son propre parcours est aussi particulier. Retranché par Drummondville à 16 ans, ignoré au repêchage de la LNH, il s’est retroussé les manches pour améliorer son coup de patin et développer son jeu défensif à l’invitation de l’entraîneur Joël Bouchard, et cela, sans pour autant négliger sa production offensive. Échangé à 19 ans à l’Armada par les Voltigeurs, il a bouclé sa dernière saison junior avec 53 buts et 116 points, remportant le championnat des marqueurs de la LHJMQ et les titres de joueurs par excellence au Québec et dans la Ligue canadienne (LCH).


« À Blainville, Joël m’a fait comprendre que mon parcours pouvait aller plus loin que le junior majeur. Il m’a fait réaliser que le hockey ne se résumait pas juste à compter des buts. Il m’a fait prendre de la fierté à bien jouer défensivement, à bloquer des lancers, des choses du genre. »
Alex Barré-Boulet

Il a eu la main heureuse à ce niveau, puisqu’il a joué sous les ordres de coachs réputés comme Martin Raymond, Dominique Ducharme, Bouchard, Benoît Groulx (et ses adjoints Gilles Bouchard et Éric Veilleux), et aujourd’hui, sous ceux de Jon Cooper.

«Benoît est un entraîneur intense qui exige beaucoup de ses joueurs. Pour lui, une pratique est aussi importante qu’un match, et dans le fond, c’est la meilleure chose qu’il peut faire pour ses joueurs. Il est honnête, si tu travailles, tu vas jouer, si tu marques des buts et que tu traînes les pieds, ça se peut qu’il te le fasse savoir. Il m’a montré à jouer chez les pros, il m’a fait confiance dès le premier match dans la Ligue américaine en m’utiliser sur le jeu de puissance.»

Barré-Boulet a passé ses deux premières saisons dans la Ligue américaine, étant nommé la recrue de l’année en 2018-2019, notamment grâce à sa récolte de 68 points, dont de 34 buts, soit le plus haut total de la Ligue. À sa seconde campagne, il en a enfilé 27 autres, boulant le calendrier écourté avec 56 points en 60 matchs. Il a reçu le prix Red Garrett remis à la recrue de l’année dans la LAH à sa première campagne et a participé au match des étoiles à sa seconde.

«Je savais que mon avenir dans le hockey ne passerait pas par le repêchage. Mon agent [Paul Corbeil] me l’avait dit. Je n’avais pas un aussi bon coup de patin qu’aujourd’hui, on a travaillé là-dessus. Il y a plusieurs exemples de joueurs ayant passé par Syracuse et qui connaissent du succès dans la LNH, comme Yanni Gourde, Tyler Johnson et Jonathan Marchessault. Que tu sois repêché, signé comme joueur autonome ou invité, c’est à toi de faire ta place, ensuite.»

Ce n’est pas un hasard si Barré-Boulet a signé un contrat avec le Lightning. Son conseiller avait déjà réussi à y placer Gourde, un joueur de la Rive-Sud comme lui qui n’a pas entendu son nom au repêchage de la LNH.

«Quand j’ai signé avec le Lightning c’était l’équipe qui comptait le plus de joueurs gradués de la Ligue américaine. À Syracuse, il y a une devise qui dit de faire confiance au processus. Quand j’y pense, je me dis que mes années passées dans la LAH m’ont été très utiles. Peut-être que je devrai y retourner un jour, mais pour l’instant, ça va bien à Tampa et je veux continuer à mériter ma place.»

Alex Barré-Boulet a ajouté un deuxième but à sa fiche le 27 avril après avoir déjoué le gardiens des Hawks Kevin Lankinen.

Chose certaine, Barré-Boulet capte déjà l’attention de ses coéquipiers. Il évolue ces temps-ci avec Ondrej Palat et Brayden Point, deux joueurs offensifs.

«À mes deux premiers matchs, j’étais plus nerveux, je jouais plus pour ne pas faire d’erreur. Là, j’essaie plus de faire des jeux. Il faut dire qu’avec Palat et Point, je n’ai pas le choix, ce sont deux machines offensives qu’il faut suivre», dit-il en riant.

Un agent bien fier

Lorsqu’il observe le cheminement de Barré-Boulet, l’agent Paul Corbeil, un notaire de Trois-Rivières, revoit celui de Gourde, originaire de Saint-Narcisse-de-Beaurivage, également en Chaudière-Appalaches.

«Je suis content qu’Alex soit dans la LNH, que Yanni ait gagné la Coupe Stanley, mais au-delà de leur talent comme joueur, je trouve que leurs valeurs humaines et familiales rejoignent les miennes. Ça me rend fier de voir l’homme qu’est devenu Yanni, je sais qu’Alex est entre bonnes mains avec lui, il s’en occupe, l’amène manger, passe du temps avec lui. Ils semblent avoir été coulés dans le même moule et mon créneau est justement d’aider des jeunes qui travaillent fort, qui sont courageux et résilients, qui sont bien entourés. Si je me force pour leur ouvrir une porte, je sais qu’ils vont redoubler d’ardeur pour y rentrer. Ils n’ont pas eu un parcours facile, mais ils ont travaillé sans relâche chaque jour pour obtenir ce qu’ils ont», soulignait le président de la firme Paraphe.

À la fin de la présente saison, Corbeil devra d’ailleurs négocier le deuxième contrat en carrière de Barré-Boulet et il n’est pas inquiet pour l’avenir du jeune homme. Le dépisteur du Lightning Michel Boucher y a été pour beaucoup dans son embauche, tout comme la perspicacité du directeur général Julien Brisebois, toujours à l’affût de trouvailles du genre. Certaines équipes doivent se ronger les ongles à l’idée d’avoir renoncé à offrir un contrat du même type à Barré-Boulet après sa dernière année dans le junior…

«C’est exceptionnel pour un joueur comme Alex d’avoir accompli tout ce qu’il a fait avec un contrat d’entrée dans la LNH. On touche du bois, mais il devrait avoir une belle carrière», suggérait son conseiller.

Le défenseur Victor Hedman pense la même chose. Il lui avait d’ailleurs rendu hommage à la suite de son premier but.

«Ce n’est pas facile de marquer sur un tir de réception à partir du point de mise au jeu comme il l’a fait, mais il l’a mis dans le haut du filet. Comme premier but dans la LNH, c’était beau à voir. Ce gars-là va en marquer plusieurs autres, il commence à trouver son rythme dans la LNH. Il est déjà un membre important de notre équipe et nous savons tous à quel point il a bien fait à Syracuse. Je suis vraiment content pour lui», disait au site Internet du Lightning celui qui est l’un des meilleurs arrières de la LNH.