Le boxeur Yannick Parent considère son entraîneur Benoît Martel comme son deuxième père.

Le baptême de Yannick Parent

Certains font leurs débuts dans les rangs professionnels dans une salle obscure d’un bled perdu. Pour Yannick Parent, c’est tout le contraire qui l’attend. Le boxeur de Lévis vivra son baptême à la maison, samedi, au Centre Vidéotron.

Il sera confronté au Mexicain Rodolfo Lopez, qui compte déjà 11 combats et une fiche de 6-5 chez les pros. «C’est le gars, là-bas, avec la casquette bleue», disait-il quelques minutes avant de grimper sur l’estrade pour la pesée officielle en marge du gala de samedi où le combat principal opposera Simon Kean à Dillon Carman.

Nerveux? «Un peu, mais je me dis d’aborder ce combat comme les autres. Je gère bien mon stress», répond le natif de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, qui habite sur la Rive-Sud depuis l’âge de cinq ans.

Mais ce combat n’est pas comme tous ceux qu’il a livrés pendant sa carrière en boxe olympique. À 24 ans, il estimait que le temps était venu de faire le saut chez les pros, surtout qu’il était commençait à en avoir marre de la politique chez les amateurs.

«J’ai déjà fait les Gants dorés, dont la finale, mais je me suis fait voler. Je n’ai pas aimé la décision. Je pense que je suis plus fait pour la boxe professionnelle. J’ai déjà fait quelques combats sans casque, j’ai donc une idée de ce que ça va avoir l’air», expliquait le protégé de Benoît Martel, du club Energybox, à Saint-Romuald.

Un rêve d’enfance

Parent vivra un rêve d’enfance, samedi, en grimpant sur le ring sur le coup de 18h, en ouverture de gala. Lorsqu’il regardait la boxe à la télévision, il disait à son père que son rêve était de gagner sa vie avec la boxe, un jour, mais celui-ci lui répondait que c’était impossible.

«Je vais pouvoir montrer que c’est faisable. Je me lance là-dedans, et tant mieux si l’occasion de gagner des titres se présente. Pour l’instant, c’est dur à prédire. Il faut apprendre à marcher avant de courir. Ce n’est pas le temps de faire de grandes déclarations, je vais laisser parler mon cœur», dit-il à propos de son début de carrière.


« Je me dis d'aborder ce combat comme les autres. Je gère bien mon stress. »
Yannick Parent

Selon son entraîneur, Parent est un petit cogneur. Il montre une fiche largement positive chez les amateurs. «Même moi, j’arrive difficile à me définir. On s’ajuste selon l’adversaire, Benoît va bien me diriger. Il me connaît depuis que j’ai 14 ans, c’est comme mon deuxième père. Si je suis nerveux ou que j’en fais trop, il va me le dire assez vite», soutient celui qui besogne aussi comme briqueteur-maçon en plus de s’entraîner quotidiennement à la boxe.

Martel confirme que Parent était plus taillé sur mesure pour la boxe professionnelle. La décision de passer à la prochaine étape a été prise, voilà déjà quelques mois.

«Il s’agit d’un changement radical. Yannick va être confronté à un boxeur qui a déjà de l’expérience, mais je pense qu’il va passer à travers. Il est jeune, on va être prudent. Il va vivre son rêve, ce n’est pas rien. Pour un boxeur, un premier combat pro équivaut à un premier match dans la LNH pour un joueur de hockey.»

Parent n’est pas le seul boxeur de Québec à se retrouver sur cette carte. En plus de Vincent Thibault (Charlesbourg) et Clovis Drolet (Beauport), Sébastien Roy (Thetford Mines) sera aussi de la partie.

«On lui donne un essai, on va voir ce que ça va donner, comme on a fait avec François Pratte, de Trois-Rivières. Vincent et Clovis sont dans nos plans à long terme, ils ont beaucoup de potentiel», confirmait le promoteur Camille Estephan, qui se donne comme mandat de faire réaliser aux amateurs que la boxe québécoise est de haut niveau. Il pense aussi que Simon Kean et Steven Butler ont le potentiel pour devenir des champions du monde.

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UNE PESÉE CALME ET RESPECTÉE

La pesée officielle n’a pas donné lieu à des scènes folkloriques, comme on en voit parfois dans le monde de la boxe. Les 20 boxeurs inscrits à la carte de samedi ont d’ailleurs fait le poids. Actifs sur les réseaux sociaux, Steven Butler et Jordan Balmir n’ont pas eu à jouer la carte de l’intimidation. «Il y a deux combats locaux, on avait peur que ça dégénère, mais on était aux aguets, on ne voulait pas voir certaines choses. Ce n’est jamais bon, de toute manière. Les combats sont déjà vendeurs, on n’avait pas besoin de ça. Notre organisation Eye of the Tiger veut être authentique, on l’a été», estimait le promoteur Camille Estephan, qui s’attend à voir entre 4000 et 4500 spectateurs au gala de samedi. «On touche les 4000, puis on revient à Québec», ajoutait celui dont la politique est de limiter au minimum les billets de gracieuseté. 

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UN COMBAT IMPORTANT

Simon Kean a battu Dillon Carman par 12 livres (245 à 233) sur la balance, vendredi, lors de la pesée officielle. Reste à le faire dans le ring. Dans l’optique où il vise un combat de championnat du monde, peut-on dire qu’il ne peut pas échapper celui contre l’Ontarien? «Absolument!» a reconnu Camille Estaphan à propos du poids lourd à la fiche immaculée (15-0) de Trois-Rivières. «Il faut gagner ses combats. Dillon Carman est son plus gros test, jusqu’à présent, mais Simon a démontré qu’il est vraiment de très grand calibre. On ne veut pas sauter les étapes, il doit faire très attention et ne pas le prendre à la légère, car c’est un gars qui cogne dur, qui a beaucoup de puissance. Comme il n’y a jamais rien de garanti, il faudra démontrer que Simon mérite d’être dans le top 10 mondial après ce combat. Mais ça va aussi dépendre de sa performance. Gagner la ceinture, c’est bien beau, mais il devra aussi démontrer qu’il est une vraie menace pour les champions.»