Charles Dubé-Brais a mené le Kung Fu de Foshan à une fiche de 12-2 en matchs préparatoires et 3-0 depuis le début de la saison.

L'aventure chinoise de Charles Dubé-Brais

Entraîneur invité des Spurs de San Antonio depuis trois ans, Charles Dubé-Brais espère que cette incursion estivale dans la NBA lui ouvrira un jour la porte du meilleur circuit de basketball professionnel au monde. Entretemps, c’est dans la ville chinoise de Foshan, que le natif de Sillery peaufine son art. Nommé entraîneur-chef du Kung Fu de Nanhai, le pilote de 35 ans n’a pas trouvé qu’un tremplin vers le Circuit Silver en Chine, mais également une expérience culturelle riche, qui pèse déjà lourd dans son bagage personnel et sportif.

Si ce ne sont pas tous les chemins qui mènent en Chine, le parcours de Charles Dubé-Brais pour s’y rendre, lui, s’est amorcé à côté de chez lui, au sein du programme de basketball à l’École secondaire De Rochebelle. Ses premières armes professionnelles, c’est toutefois auprès des Kebs de Québec, puis du club professionnel de Nanterre, en première division du championnat de France, qu’il les a faites.

«Avec le Nanterre92, j’étais le responsable du centre de formation, le coach de l’équipe junior, qui forme des joueurs pour l’équipe professionnelle, et je travaillais comme assistant avec l’équipe professionnelle, en même temps. C’était comme être coach d’une équipe NCAA, tout en étant assistant-coach d’une équipe de la NBA, qui serait affiliés ensemble», a raconté l’ancien des Dynamiques du Cégep de Sainte-Foy, qui s’était joint à l’organisation française en 2009.

À Nanterre, il a mené les moins de 15 ans jusqu’au carré d’as, en 2010 et 2011. En 2012, il a été nommé entraîneur de l’année avec les moins de 18 ans. L’année suivante, il atteignait la finale. Dans la deuxième moitié de 2013, il prenait la barre de la formation U21 dont la fiche est passée de 16-44 à 72-60 sous sa gouverne, lui valant d’être finaliste au titre d’entraîneur de l’année, en 2015.

C’est cet été-là qu’il faisait son entrée chez les Spurs. À la suggestion de l’assistant-directeur général de l’époque Scott Layden, rencontré alors qu’il dirigeait un joueur de l’organisation à Nanterre, Dubé-Brais devient entraîneur invité de San Antonio dans les ligues d’été.

«Je commençais à avoir des contacts avec plus de la moitié des équipes de la NBA. Comme mon contrat tirait à sa fin, je commençais à regarder quelles étaient les opportunités pour moi de peut-être revenir en Amérique du Nord. Il y avait des équipes de la NBA qui m’avaient tendu une perche un petit peu pour tâter mon intérêt pour rejoindre une équipe de DLeague [maintenant la GLeague]. J’ai eu des entretiens avec trois équipes différentes. Ç’a failli se faire, mais ce n’était pas tout à fait ça.»

À la même époque, un ami dépisteur dans la NBA a refilé le nom de Dubé-Brais au directeur général de l’équipe d’expansion de la ASEAN Basketball League, le Torontois d’origine chinoise, Lukas Peng. La nouvelle équipe, dont le propriétaire détient également les Long Lions de Guangzhou dans la Chinese  Basketball Association (CBA) — la NBA chinoise —, souhaitait installer une équipe de la ASA dans la région de Chongson, soit au Sud de la Chine et à proximité de Hong Kong et du Vietnam.

«L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est [ASEAN en anglais, ANASE en français], c’est un regroupement économique comptant 10 pays d’Asie du Sud-Est, qui sont, à la base, hyper peuplés et relativement intéressés par le basket, mais qui n’ont pas nécessairement de ligue domestique de très fort niveau dans leur pays. Ces pays-là ont décidé en 2009 de créer une ligue où les grandes villes de l’Asie du Sud-Est seraient regroupées.

«Par exemple, cette année, il y a neuf équipes, dont Hong Kong, Bangkok, Singapour, Kuala Lumpur, Surabaya [Indonésie], Saïgon [Vietnam]. Il y a une équipe aux Philippines, une équipe à Taïwan. Toute la zone est à peu près couverte», a expliqué Dubé-Brais.

Choc culturel

Pour le Québécois transplanté en France depuis huit ans, l’arrivée en Chine s’est accompagnée d’un premier obstacle dès ses débuts en septembre : la barrière de la langue.

«Les choses ont toutefois été bien mises en place ici pour qu’on y arrive. J’ai un traducteur, qui est avec moi. J’ai quatre joueurs qui sont nord-américains et qui comprennent bien quand je dirige en anglais. Il y a aussi deux de mes joueurs chinois qui ont quand même de très bonnes bases en anglais. Donc, disons que lorsque je fais un message en anglais, il y a une moitié de l’équipe qui le comprend bien!»


C’est une culture qui, humainement, est très différente et qui déteint sur la façon dont ils font le sport. Sans dire qu’il n’y a que du négatif, il y a certainement des obstacles à contourner
Charles Dubé-Brais

Le choc culturel ne s’arrête toutefois pas qu’à la langue. Il se manifeste aussi sur le court de basketball, où la mentalité diverge de l’approche américaine.

«C’est une culture qui, humainement, est très différente et qui déteint sur la façon dont ils font le sport. Sans dire qu’il n’y a que du négatif, il y a certainement des obstacles à contourner. Les gens travaillent pendant de très longues heures, mais pour faire ça, ils ne peuvent pas travailler avec l’intensité de Wall Street non plus.»

Avec pour résultat que les basketteurs placés sous la direction de Dubé-Brais n’affichaient pas, au début de leur camp d’entraînement du moins, la proverbiale «forme de match». Le Québécois s’est donc attaqué au défi de déconstruire cette mentalité pour mieux la rebâtir, en misant sur un plan d’entraînement plus cohérent. En outre, il a tenté d’inculquer une philosophie plus défensive au sein de son club, dans une ligue au calibre relevé en terme de talent, mais où «ça ne défend pas beaucoup».

«Je leur ai dit : “On ne s’entraînera jamais trois fois par jour. On va s’entraîner une ou deux fois, mais on va essayer de condenser en trois ou quatre heures, ce qu’on vous a peut-être toujours demandé d’échelonner sur six heures. C’est un long combat à gagner et beaucoup de coachs nord-américains s’y sont cassé les dents. Mais disons que pour l’instant, on a fini notre préparation avec 12 victoires et deux défaites», a noté Dubé-Brais, dont la formation a depuis remporté ses trois premiers matchs d’une saison qui en compte 20.

Sous contrat pour la présente campagne, l’entraîneur espère mener le Kung Fu aux plus grands honneurs. La suite dépendra des résultats de l’équipe et de la volonté de la famille, puisque sa femme — une Française — et ses deux jeunes garçons l’ont suivi dans l’aventure.

«Sur le plan du basket, c’est un championnat assez excitant, où tu changes de pays à toutes les semaines. Sur le plan de la famille, on est bien installés. Si les choses vont bien, je suis bien ouvert à rester. Les conditions sont bonnes. On a un super appartement. Le complexe où l’on s’entraîne est exceptionnel. Pourquoi ne pas poursuivre, si ça se passe bien?»

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Jean-Philippe Poulin, à gauche, et Charles Dubé-Brais profitent pleinement de leur séjour en Chine.

PHYSIO, HERBES ET AIGUILLES

Lorsque Charles Dubé-Brais a mis le cap sur Foshane, il ne s’est pas contenté d’amener femme et enfants dans son sillage. Il s’est également assuré les services de son bon ami et physiothérapeute Jean-Philippe Poulin.

Invité par le directeur général du Kung Fu de Nanhai à recruter un physiothérapeute, Dubé-Brais a tout de suite pensé à se tourner vers son ancien collaborateur des Kebs, dont il espérait profiter des contacts dans le milieu.«Quand j’ai appelé Jean-Philippe, je me m’attendais pas à ce qu’il soit disponible, parce qu’il travaillait chez PCN, mais je me suis dit qu’il avait dû voir passer des stagiaires, au fil des années, que ça intéresserait. Au final, même si c’était quelqu’un de moins expérimenté, valait mieux avoir quelqu’un avec qui je pouvais communiquer plus facilement.»

Quelle ne fut pas sa surprise lorsque Poulin lui-même s’est dit intrigué. «Ce n’était pas une offre banale. Et puis, j’avais peut-être fait le tour du milieu sportif de Québec, après les Capitales et le football du Rouge et Or. J’ai fait la couverture de pas mal tous les autres sports du Rouge et Or aussi et la série Montréal-Québec...

«Et cette année, c’était mon premier été sans les Capitales. Dans le fond, ça faisait presqu’un an que je ne faisais que de la clinique et que je me cherchais un projet», a raconté Poulin qui, contrairement à son patron, a dû laisser sa conjointe et leur petite fille de cinq ans derrière.

«Ç’a déboulé»

L’opportunité d’effectuer un retour dans le giron d’une organisation professionnelle et de découvrir une autre culture a pesé lourd dans la balance. Avec l’accord de «ses femmes», le physiothérapeute a donc fait ses valises et s’est retrouvé deux semaines plus tard, en Chine!

«Ç’a déboulé! Je me disais que ça n’arrivait pas pour rien. Mes femmes m’encourageaient. Mon boss chez PCN m’encourageait. Il y avait trop de “Pourquoi pas”! Et comme “Chuck”, j’étais curieux de vivre autre chose. Je suis un petit gars de Québec, qui a grandi à Québec, a étudié à Québec et a travaillé à Québec. Je sentais que j’étais prêt à vivre autre chose.

«Et ça me manquait de faire du basket dans un contexte professionnel. Quand tu fais de la clinique, tu fais équipe avec chacun de tes clients, mais ce n’est pas pareil.»

Possibilités d’affaires

Pour le choc culturel, Poulin a été rapidement servi à Foshan, où ses homologues chinois misent encore sur des traitements relevant de la médecine orientale comme l’acupuncture. «Dans mon armoire, il y a des médicaments qui sont habituels. Mais oups, il y a aussi des herbes et des aiguilles.

«À première vue, la médecine sportive ne semble pas super développée. Ils ne sont pas très orientés sur les exercices. C’est très axé sur les manipulations. On voit que je les surprends, au début bizarrement, et de plus en plus positivement, par la façon dont j’essaie d’interagir avec eux», a dit Poulin, qui échange avec ses collègues et patients par l’entremise de l’application de traduction de Google et… le langage des signes.

Il voit d’ailleurs d’énormes possibilités d’affaires dans ce marché où une expertise comme la sienne s’avère rarissime. «C’est sûr que si je pouvais multiplier mes actions ou faire de l’enseignement, essayer de me trouver des partenaires pour développer des nouvelles idées, ça me permettrait d’augmenter mes revenus. Je suis arrivé ici avec l’envie de comprendre le marché et de voir comment je pourrais l’exploiter.»