«Ce n’était pas mon plan A de coacher aux États-Unis, mais cette option s’est offerte à moi, raconte Philippe Marquis, qui a décroché un poste d’entraîneur à Vail, au Colorado. Ça fait un petit velours d’être approché comme ça.»

L’aventure américaine de Philippe Marquis

Nouvellement nommé entraîneur-­chef de l’équipe de bosses du Centre de ski de Vail, au Colorado, l’ex-skieur acrobatique de Québec Philippe Marquis admet avoir des sentiments partagés à l’idée de quitter le Canada, le pays qui l’a formé et qu’il a représenté pendant plus d’une décennie sur la scène internationale.

«Il y a une partie de moi qui a un léger pincement au cœur. Le système canadien m’a vraiment tout apporté dans ma carrière», a-t-il déclaré au Soleil en marge de l’Expo Ski vendredi à l’Hôtel Hilton de Québec. Retraité des bosses depuis moins d’un an, l’athlète de 30 ans poursuit donc la transition vers son après-carrière. «Être entraîneur constituait une transition naturelle pour moi. J’aurais voulu coacher avec l’équipe canadienne. Cependant, notre sport est très cyclique et les équipes nationales embauchent leur personnel pour quatre ans au début d’un cycle olympique. Moi, ma retraite est survenue en plein milieu d’un cycle», explique-t-il.

La situation financière plus serrée de l’équipe canadienne de ski acrobatique a fait en sorte que ses négociations n’ont pas porté fruit. «L’équipe canadienne était intéressée, mais je n’étais pas dans le bon timing, alors c’est tombé à l’eau. Je mentirais si je disais que ça ne m’a pas déçu, mais cette opportunité est tombée peu de temps après», poursuit-il.

Club prestigieux

C’est un contact qu’il avait à la station de Vail qui a contacté Philippe avec une offre qu’il ne pouvait pas refuser. «Ce n’était pas mon plan A de coacher aux États-Unis, mais cette option s’est offerte à moi. Ça fait un petit velours d’être approché comme ça et comme j’ai toujours aimé échanger avec les jeunes, j’ai pris le temps d’analyser tout ça et j’ai accepté, car c’était vraiment une super opportunité.»

Philippe a accepté la proposition il y a quelques mois, mais il vient tout juste d’obtenir enfin le fameux visa qui lui permet de travailler au pays de l’Oncle Sam. «C’est assez compliqué même si ça s’est fait en accéléré. Il a fallu de trois à quatre mois avant que tout soit réglé», ajoute-t-il à propos de son contrat avec le prestigieux club de ski qui a formé des championnes comme Mikaela Shiffrin et Lindsey Vonn.

Philippe dirigera l’équipe du plus haut niveau de compétition de la station de Vail, soit une vingtaine de skieurs de 15 à 21 ans, dont neuf qu’il amènera sur le circuit nord-américain cet hiver. «Ce sont des athlètes qui sont juste au-dessous de ceux qui compétitionnent en Coupe du Monde et qui aspirent pour la plupart à ce niveau. C’est une belle tranche d’âge. Ce sont des jeunes qui passent à travers ce que j’ai vécu il y a 10, 15 ans. Je connais leurs peurs, leurs aspirations, leur stress», souligne celui qui a eu un premier contact avec ses protégés au mois d’août, lors d’un camp d’entraînement au Chili.

Premier contact

«Dès que j’ai été là-bas, dans une maison avec eux, je me suis revu dans ces skieurs. J’ai eu de gros flashs. Je me revoyais quand j’étais dans l’équipe du Québec, avant que le ski ne devienne vraiment mon travail», raconte-t-il avec un sourire qui en dit long. Il a ensuite revu ses athlètes au début du mois d’octobre à Vail. «En plus de leur enseigner des techniques, je m’occupe de la stratégie, du plan d’entraînement et de m’assurer qu’ils répondent aux exigences académiques. Plusieurs d’entre eux ont déjà de gros objectifs personnels, alors je n’ai pas besoin de trop les pousser. Et il y en a au moins deux dans lesquels je vois un très grand potentiel», poursuit celui qui a remporté une médaille d’argent aux championnats du monde de 2015 en plus d’avoir pris part aux Jeux olympiques de Sotchi et PyeongChang. 

«Le fait d’être un jeune retraité me donne aussi un coup de main. Mes élèves savent qui je suis, il y a une certaine crédibilité qui vient avec ça et le respect est déjà quelque chose d’établi. Ils voient en moi un athlète comme ils aspirent à devenir», poursuit Philippe, qui ne croit toutefois pas qu’il passera le reste de sa vie active à titre d’entraîneur.

«Honnêtement, je ne pense pas faire ça tout le reste de ma vie. Pour moi, c’est un projet de quelques années. Je ne crois pas que je vais encore être “Coach Phil” à 60 ans!», lance celui qui ne semble cependant pas avoir tourné le dos à un retour comme entraîneur avec l’équipe canadienne. «Mon expérience à Vail me permettra d’avoir une boîte à outils plus volumineuse quand je vais revenir au Canada», laisse-t-il tomber tôt durant l’entrevue.

Entre temps, le fait d’être devenu entraîneur, en plus de lui permettre une transition «en douceur», lui permet aussi de mener de front différents autres projets, comme de la représentation, des études en administration à la Teluq et des contrats dans les médias.