Guy Boulanger et Erik Medina Diaz

L’avenir du plus gros club d’escrime à Québec est cubain!

Le maître d’armes s’apprête à passer les armes. Pas à gauche, il est pétant de santé. Guy Boulanger a trouvé son dauphin. Erik Medina Diaz reprendra les rênes du club d’escrime Estoc de Québec fondé il y a bientôt 43 ans. Un héritier cubain pour l’épée québécoise!

«Erik est éducateur avant d’être entraîneur. Et ça, c’est primordial dans un sport où le développement se fait à long terme», explique Boulanger, sous sa fameuse moustache blanche accompagnée de la barbe assortie.

Boulanger, Medina Diaz et Simon Duchesne sont attablés au Centre des congrès de Québec avec la plus belle vue sur la Basse-Ville et les Laurentides. Courte pause pendant une éreintante journée de montage et de promotion pour les championnats canadiens d’escrime, qui s’y tiennent là jusqu’à lundi.

«On est bien tombés», résume Duchesne, le président du club logé dans le Centre d’éducation aux adultes de Pointe-Sainte-Foy.

«L’escrime, ce n’est pas comme le hockey ou le soccer. Ce n’est pas n’importe qui qui peut coacher des jeunes de cinq ou six ans. C’est un sport technique, le geste est assez complexe et des entraîneurs qui connaissent ça, il n’y en a pas 3000. Erik est arrivé au bon moment et on assiste en ce moment au transfert générationnel», dit Duchesne, aussi escrimeur.

Membre de l’équipe nationale cubaine de 2001 à 2010, Medina Diaz a immigré au Canada en octobre 2015, à Trois-Rivières. Au bout de cinq ans loin de la piste, après une écœurite aiguë du sous-financement d’un sport qui faisait jadis la fierté des Cubains.

Tout juste arrivé, il rencontre Boulanger dans une compétition à Montréal. Ils se sont reconnus tout de suite. Coup de foudre stylistique entre l’épéiste cubain et les élèves québécois d’Estoc.

«Il se cherchait un club d’épée et la première fois qu’il est venu à Québec, il a pris une leçon et s’est blessé parce qu’il en a trop mis!» s’esclaffe Boulanger, Medina Diaz se rappelant aussi un peu honteux ce bête claquage.

Aujourd’hui âgé de 67 ans, le fondateur et directeur technique d’Estoc est prêt à passer le relais. Celui qui est devenu son fils spirituel ne demande pas mieux, à 33 ans.

Même si sa carrière d’athlète est loin d’être terminée. Son statut de résident permanent lui donne accès aux circuits québécois et canadien. Mais dès qu’il obtiendra sa citoyenneté canadienne, au plus tôt en décembre, Medina Diaz pourra enfin représenter le Canada en compétition internationale.

Un nouveau dauphin

Boulanger avait échafaudé un plan de succession il y a quelques années autour de son élève Charles St-Hilaire. Habitué du circuit mondial à la fin des années 1990 et débuts 2000, St-Hilaire a toutefois quitté Estoc en 2011 pour partir son propre club STH. Club toujours actif en Haute-Ville de Québec, bien que St-Hilaire n’y soit plus associé.

«À ce moment-là, je voyais l’avenir du club [Estoc] pas mal plus sombre qu’il l’est aujourd’hui», reconnaît Boulanger, dont les deux enfants ont pratiqué l’escrime, mais n’ont pas désiré succéder à leur père.

Il aura fallu un Cubain.

«Personne dans ma famille ne faisait d’escrime. Un prof d’éducation physique en sixième année m’a initié à ce sport. Je faisais auparavant du karaté et du basketball, mais quand j’ai commencé à connaître du succès en escrime, j’ai laissé les autres sports de côté», raconte celui qui a pris part à trois Coupes du monde et à l’Universiade de 2005.

Si son emploi d’entraîneur prend de plus en plus de son temps, il ne repousse pas l’idée d’un retour à la compétition de haut niveau. Après tout, le vice-champion olympique en titre a 44 ans! L’épéiste hongrois Géza Imré a remporté la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Rio en 2016, 20 ans après sa médaille de bronze aux JO d’Atlanta, en 1996.

L’objectif premier de Medina Diaz est de participer à l’étape de Coupe du monde de Vancouver, en février prochain.

Outre Erik Medina Diaz, le club Estoc a des chances de médailles cette fin de semaine avec Tommy Linteau, Vincent Desjardins, Isaac Gagnon, Symi Caroussos, Marilyne Plante, Yarena Porada et Éloïse Verret.

Deux absents de taille par contre, alors qu’Alexanne Verret participe au Grand Prix de Dubaï et que Vincent Pelletier est en lice à la Coupe du monde de Paris.

Championnats canadiens d’escrime en chiffres

  • 3 disciplines en escrime : épée, fleuret et sabre
  • 3e fois que les championnats canadiens sont à Québec, après 1984 et 2000
  • 3 clubs d’escrime à Québec : Estoc, STH et L’Esquadra
  • 38 escrimeurs de la région de Québec, dont 20 du club Estoc
  • 548 inscrits pour 1150 participations individuelles, un athlète pouvant concourir dans plus d’une épreuve
  • 5000 escrimeurs environ au Canada, dont quelque 1500 au Québec