Depuis sa médaille d’argent en «slopestyle» aux JO de PyeongChang, la planchiste Laurie Blouin vit bien avec sa nouvelle notoriété.

Laurie Blouin: la vie après la médaille [VIDÉO]

Médaillée d'argent aux Jeux de PyeongChang en slopestyle, l'hiver dernier, Laurie Blouin n'a pas raté sa première participation aux X Games en remportant l'épreuve de grand saut (Big Air) féminin, tard jeudi soir, à Aspen, au Colorado.

«C'est capoté, je n’en reviens pas encore. Je n'ai pas été capable de dormir de la nuit», disait-elle, tôt vendredi, alors que le jour se levait à peine dans les rocheuses Américaines.

La planchiste de Stoneham a grimpé sur la plus haute marche du podium pour devancer Zoi Sadowski-Synnott (Nouvelle-Zélande) et Jamie Anderson (États-Unis), multiple médaillée aux X Games dans sa carrière. Pour ce faire, elle a obtenu 77 points pour avoir réussi ses deux sauts, soit un «Cab Double Underflip 900» et un «Frontside 900».

«J'ai réussi à atterrir mes deux premiers sauts, ce qui me donnait mes points. Ensuite, j'ai réussi un «Frontside 900» presque parfait, sûrement le meilleur que j'ai fait. J'aurais pu en faire un autre plus gros pour finir, mais le saut ici est vraiment haut, je ne voulais pas prendre la chance et j'ai refait un «Can Double Underflip 900» que j'ai bien réussi dans le contexte», expliquait-elle à propos de ses manoeuvres payantes.

La sportive de 22 ans savourait pleinement sa plus importante victoire en carrière. Elle était accompagnée de son amoureux, le skieur Jean-François Houle, ancien médaillé de la même compétition de sports alternatifs.

«Les X Games, c'est gros. Juste d'avoir été invitée, c'était déjà un honneur. Gagner, c'est vraiment quelque chose, je trouve ça fou», confiait-elle au téléphone.

En l'emportant à Aspen, Blouin répondait ainsi de belle façon aux organisateurs du Dew Tour, qui ne l'avaient pas invitée à s'exécuter sur le circuit professionnel plus tôt cette saison.

«Je pense avoir fait la preuve que je méritais ma place. Rentrer dans le groupe, c'est difficile, et maintenant, je suis bien positionnée pour y rester. En tout cas, je vais peut-être pouvoir faire le Dew Tour l'an prochain», disait-elle en riant.

Mine de rien, Laurie Blouin multiplie les exploits. Elle a remporté le Championnat du monde de slopestyle en 2017, la médaille d'argent de cette même épreuve aux Jeux de PyeongChang et voilà maintenant qu'elle ajoute les X Games à sa collection.

«Les Jeux olympiques, c'est gros, mais les X Games, c'est vraiment quelque chose. Quand j'étais plus jeune, je rêvais beaucoup plus de gagner les X Games que les Jeux, qui viennent à peine de faire de la place à notre sport.»

La compétition du grand saut étant réglée, Blouin participera à l'épreuve de Slopstyle, samedi. «Ce serait juste «nice» si je pouvais avoir une autre médaille...», lançait celle qui s'élancera du haut de la montagne sans trop de pression et avec l'idée d'avoir du plaisir, sachant que le stress de la performance se pointe quand même toujours le bout du nez au portillon de départ.

En décembre, Blouin avait raconté au Soleil qu'elle tenait à participer aux X Games, même si elle n'avait pas encore reçu d'invitation à ce moment. «Ce serait ma première fois aux X Games, ce serait la réalisation d'un rêve», confiait-elle sans savoir qu'elle recevrait son carton d'invitation dès le lendemain.

Alex Beaulieu-Marchand, de Québec, participe aussi aux X Games dans les épreuves de ski (grand saut et slopestyle). Il est médaillé de bronze en slopestyle des Jeux de PyeongChang, en 2018.

N’empêche qu’elle n’a jamais dû cesser de construire et, surtout, maintenir sa crédibilité. Dans un univers de compétitions privées où la réputation compte parfois autant, sinon plus, que les résultats.

Un manque des coachs

Sa prochaine cible : les X Games, fin janvier. Et elle y tient. Son amoureux, le skieur Jean-­François Houle, est passé par le même processus, il y a quelques années, jusqu’à finir par remporter la fameuse médaille d’or en X.

«Ce serait ma première fois aux X Games, ce serait la réalisation d’un rêve. C’est tellement dur d’embarquer dans ce cercle fermé, mais une fois que tu es dedans, ça se fait tout seul. Je sais que je mérite ma place là et je sais qu’à un moment donné, je vais l’avoir!

«Faut que je continue à faire mes preuves, même si ce n’est pas toujours facile quand c’est sur invitation, comme au Dew Tour, où il n’y avait que huit filles en snowboard slopestyle. Mais je vais continuer à pousser!» assure-t-elle, avec confiance.

Elle regrette par contre que les entraîneurs de l’équipe canadienne Chris Witwicki et Elliot Catton ne favorisent pas davantage sa candidature auprès des organisateurs de ces compétitions, contrairement à ce qui se fait du côté du ski. «Je trouve ça con que j’aie à me battre pour ça au lieu de pouvoir juste me concentrer sur mon sport», résume Blouin, avec son franc-parler habituel.

Nouvelle popularité

Ses exploits aux Jeux de PyeongChang ne sont pas pour autant passés inaperçus. La hausse vertigineuse de son nombre d’abonnés sur Instagram, près de 25 000, en est un témoin probant.

«Quand je suis revenue des Jeux, j’allais faire une entrevue à Radio-Canada et je me suis arrêtée en chemin pour manger des sushis. Et la fille m’a demandé : “T’es-tu Laurie Blouin? ” C’était la première fois que ça m’arrivait, je n’étais pas habituée!» s’esclaffe-t-elle.

«Puis vendredi passé, j’étais dans un souper et Renaud, d’OD Grèce, m’a demandé si j’étais Laurie Blouin. Je ne m’attendais pas à ce que Renaud me reconnaisse! Il fait du crossfit et mon entraîneur de crossfit avait publié des trucs sur moi sur les réseaux sociaux», raconte celle qui admet aller chercher sa dose de «drama» auprès de cette populaire série de téléréalité.

Elle vit bien avec cette nouvelle notoriété, sans toutefois pouvoir «tirer l’argent par les fenêtres». «Je fais de l’argent, mais j’ai beaucoup de dépenses. Mes commanditaires m’aident et je gagne des bourses. Je ne suis pas à plaindre.»

Et si jamais ses souvenirs olympiques s’effacent lentement, elle aura toujours cette légère cicatrice sous l’œil gauche pour chaque jour lui rappeler sa violente chute à l’entraînement sur le parcours sud-coréen.

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PÉKIN, CHIC-CHOCS ET SUISSE

La saison post-olympique de Laurie Blouin s’annonce chargée. La planchiste de Stoneham vice-championne olympique en slopestyle a amorcé son calendrier en Chine, en novembre, avec une troisième place en big air au Air and Style de Pékin. Une compétition avec les meilleures au monde, dont les trois médaillées olympiques, mais pas les Américaines. Puis elle est allée s’entraîner au Colorado et vient de rentrer à Québec. De mercredi à samedi, elle travaillera à Sainte-Agathe-des-Monts, au centre de sauts Maximise de son entraîneur Maxime Hénault.

Après un Noël à Québec, elle aimerait aller filmer des séquences dans les monts Chic-Chocs, en Gaspésie, si les conditions météo le permettent. Début janvier, ce sera Whistler (C.-B.), avec l’équipe canadienne, avant de prendre la direction de la Suisse et de l’Open de Laax (15 au 18 janvier), en slopestyle. Ensuite, elle espère les X Games (Aspen, 24 au 27 janvier) et l’US Open (Vail, 27 février au 1er mars), au Colorado, avant de conclure devant son monde, lors de la Coupe du monde de Québec (14 au 17 mars).  Olivier Bossé