La domination américaine sur la Coupe Ryder a été fortement atténuée par l'arrivée de golfeurs européens vedettes, tels l'Espagnol Severiano Ballesteros, au sein de l'équipe britannique à la fin des années 70.

L’armada espagnole a rééquilibré la Coupe Ryder

PARIS — Compétition à sens unique au profit des Américains après la Seconde Guerre mondiale, la Coupe Ryder — la 42e édition se met en branle vendredi — s’est rééquilibrée à la fin des années 1970 avec l’ouverture de l’équipe britannique à des golfeurs européens, notamment l’arrivée des Espagnols, menés par Severiano Ballesteros.

La domination américaine

L’histoire presque centenaire de la compétition qui fait rêver n’importe quel golfeur a commencé par un mano a mano serré entre Américains et Britanniques dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale. Entre 1927 et 1937, chacune des deux équipes l’emporte à domicile, avant que la première victoire à l’extérieur ne revienne aux Américains, qui s’imposent en 1937 à Southport avec Walter Hagen.

Après une interruption d’une décennie en raison du conflit mondial, la compétition reprend ses droits en 1947. S’ouvre alors une très longue période de domination américaine, qui remporte 14 des 16 Coupes Ryder suivantes.

Face à la toute-puissance des joueurs nord-américains de la PGA, les Britanniques peinent. En 1967, un fond est touché avec la plus lourde défaite jamais enregistrée : seulement 6 victoires et 5 égalités, contre 21 succès américains. Une gifle. Avec des joueurs aussi talentueux que les légendaire Arnold Palmer et Jack Nicklaus, les Américains sont intouchables. Palmer, décédé à l’automne 2016, a ainsi remporté 22 matchs, contre 8 défaites et 2 nuls, avec un total de 23 points, une marque de référence derrière les 25 points apportés aux Européens par l’Anglais Nick Faldo.

L’ouverture à l’Europe

L’équipe de Grande-Bretagne s’est progressivement ouverte. Dès 1953, des joueurs irlandais intègrent le collectif. Harry Bradshaw devient ainsi le premier Irlandais aligné et à apporter des points (2) à l’équipe. Mais ce n’est qu’en 1973 que le nom devient Grande-Bretagne/Irlande.

Cet apport irlandais est toutefois totalement insuffisant pour inverser la tendance. Face à la domination outrageante des États-Unis et pour essayer de retrouver un semblant d’équilibre entre les deux équipes alors que l’intérêt baisse, Américains et Britanniques s’accordent en 1977 pour autoriser des joueurs non issus des îles britannico-irlandaises à participer à la Coupe Ryder.

«Jack Nicklaus a beaucoup œuvré pour l’ouverture de l’équipe britannique aux Européens. Il avait senti que la Ryder commençait à perdre en intérêt avec cette “surdomination” américaine», explique Sébastien Brochu, journaliste à Golf Magazine et auteur d’un livre sur l’histoire du golf.

En 1979, l’Europe compte ainsi dans ses rangs une jeune recrue de 22 ans, l’Espagnol Severiano Ballesteros, qui va devenir dans les années 1980 et 1990 l’un des plus grands golfeurs de tous les temps. Un autre Ibérique, Antonio Garrido, fait également partie de cette équipe européenne, battue à White Sulphur Springs (Virginie occidentale).

L’Espagne de «Seve», qui s’aligne à toutes les Coupes Ryder entre 1979 et 1995 à l’exception de 1981, devient alors l’élément clé de la reconquête européenne. C’est en toute logique que l’Espagne devient le premier hôte non britannique de la Coupe Ryder sur le sol européen, en 1997, à Sotogrande, sur le golf de Valderrama, pour la première de Tiger Woods, alors âgé de seulement 21 ans.

Et qui d’autre que Ballesteros pour prendre le capitanat de l’équipe européenne, qui ne compte que 5 joueurs britanniques sur 12 et s’impose sur le fil, notamment grâce à l’Allemand Bernhard Langer, vainqueur de deux Tournois des maîtres (1985 et 1993)?

Ce changement porte ses fruits. Les Européens ont gagné 10 des 19 Coupes Ryder depuis 1979, dont la mythique victoire de Medinah (Illinois) en 2012, laissant huit titres aux Américains.

En 2018, l’Europe comptera deux Espagnols, deux Suédois, un Italien, et un Danois, contre cinq Anglais et un Nord-Irlandais. Et son capitaine, Thomas Bjorn est également Danois.

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LES AMÉRICAINS FAVORIS MALGRÉ L'HISTOIRE

Les Américains n’ont pas remporté la Coupe Ryder à l’étranger depuis 1993. La victoire américaine à Hazeltine (Chaska, au Minnesota) il y a deux ans — Tiger Woods était vice-capitaine cette semaine-là — et la présence de neuf grands champions dans leur délégation font toutefois des États-Unis les favoris sur papier. Mais cela n’est pas synonyme de succès, comme le suggère l’histoire récente. Malgré la défaite subie il y a deux ans, l’Europe a néanmoins remporté 8 des 11 dernières éditions depuis la victoire américaine de 1993 sur le parcours du The Belfry, en Angleterre. Et malgré tout ce qu’il a réalisé, Woods n’a qu’un palmarès de 13-17-3 à la Coupe Ryder, et il n’a fait partie que d’une seule équipe victorieuse depuis sa première participation en 1997. De plus, l’équipe américaine n’est arrivée à Paris que lundi, alors que son vol nolisé s’est posé vers 12h45 à Roissy alors que le Suédois Alex Noren et l’Anglais Ian Poulter tapaient déjà des balles au terrain d’exercice... La première journée officielle d’entraînement est mardi.  AP et AFP

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LES CAPITAINES ONT DIT...

«Après avoir déjà fait tellement pour notre sport auprès du grand public, il continue à transcender le golf, mais la Coupe Ryder oppose les 24 meilleurs joueurs du monde et il ne sera qu’un adversaire parmi d’autres» – Thomas Bjorn,  capitaine de l’équipe européenne

«La victoire de Tiger lui a vraiment fait beaucoup de bien, mais il a déjà tourné la page pour se consacrer à cette semaine et à l’équipe» – Jim Furyk, capitaine de l’équipe américaine