Lance Stroll au volant de sa Williams lors des premiers essais libres en vue du Grand Prix d'Australie.

L'argent a ouvert des portes à Lance Stroll

L'argent ne fait pas le bonheur, sauf que... Parfois, il ouvre plus facilement les portes du sport professionnel.
Lance Stroll, qui amorce sa carrière en F1 cette fin de semaine au Grand Prix d'Australie, n'est pas le seul à avoir profité de la fortune familiale pour faciliter son cheminement vers le sport professionnel. Le pilote de course Kami Laliberté, entre autres, de même que la joueuse de tennis Eugenie Bouchard proviennent eux aussi de familles aisées de la société québécoise.
Le père de Stroll, Lawrence, est un milliardaire propriétaire du circuit de Mont-Tremblant, notamment, tandis que le père de Kami, Guy, est le fondateur du Cirque du Soleil. Quant aux parents d'Eugenie, ils ont géré sa carrière et élevé leurs enfants dans une maison cossue du secteur Westmount.
Tout n'est cependant pas rose lorsqu'on vient d'une famille aisée et qu'on tente de percer dans le sport professionnel. Cette bénédiction est souvent accompagnée d'un stigmate, surtout au Québec, où la relation à l'argent est tabou. D'ailleurs, en juin dernier, Jacques Villeneuve, le dernier pilote québécois en F1, avait déclaré que Stroll n'était qu'un «fils de riche». Et il n'est pas le seul à le dire.
L'impression que Stroll a obtenu son volant en F1 grâce à l'argent a été amplifiée par les nombreuses rumeurs qui ont circulé vers la fin 2016 selon lesquelles son père aurait versé des dizaines de millions de dollars à l'équipe britannique pour faciliter son embauche. Hugo Mousseau, qui a été le gérant de Stroll pendant neuf ans, a confié avoir abordé cet enjeu avec son protégé.
«Une fois, j'avais discuté de ça avec Lance. Nous avions évalué qu'il y avait en karting environ 6 à 7 millions de pilotes de tous âges à travers le monde, et donc qu'il devait y en avoir plusieurs milliers qui avaient du talent et dont nous n'entendrions jamais parler. Ce que nous avons réalisé, c'est qu'il n'y a pas de mauvais pilote en F1. C'est la crème de la crème. Même ceux que les gens qualifient de "mauvais" - par exemple Pastor Maldonado, qui a la réputation d'être casse-cou et de provoquer de nombreux accidents - est un excellent pilote. Peut-être pas le meilleur en F1, mais il fait partie des meilleurs au monde.»
Développement plus rapide
Évidemment, Mousseau n'a pas caché que l'argent avait permis à Stroll de se développer plus rapidement que d'autres pilotes moins bien nantis, surtout après leur décision de faire le saut en Europe ensemble en 2010. Il n'a pas caché non plus qu'il fallait beaucoup, beaucoup d'argent en course automobile afin d'aspirer aux plus grands honneurs.
«Ça dépend ce que tu recherches comme succès», a-t-il dit, après avoir pris une longue pause pour réfléchir. «J'ai déjà vu des gens franchir de nombreuses étapes sans mettre autant de moyens financiers que d'autres pilotes. Mais ceci étant dit, c'est très, très rare aujourd'hui. Chaque pilote doit être appuyé par des personnes aisées, ou encore par des commanditaires aux reins solides. Dire que le père de Lance est milliardaire et que c'est pour cette raison qu'il est en Formule 1, c'est faux. Pour percer en F1, le pilote doit être excellent.»
Selon l'ex-pilote de course Patrick Carpentier, l'omnipotence de l'argent en course automobile est indéniable. «C'est beaucoup plus difficile que ça ne l'était à l'époque, surtout depuis qu'ils ont décidé de retirer toutes les compagnies de tabac.
«Moi, par exemple, je n'ai jamais pu aller courir en Europe parce que je ne venais pas d'une famille archi-riche», a ajouté  l'homme de 45 ans originaire de LaSalle. «Je ne pouvais pas y penser, sauf si j'étais parvenu à me trouver un commanditaire majeur. Donc, je me suis rabattu sur le NASCAR.»
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Valtteri Bottas, formule humble
En quatre saisons et 77 départs  avec Williams, Valtteri Bottas est monté sur le podium à neuf reprises, mais n'a toujours pas remporté de victoire.
En 2009 déjà, à 19 ans, Valtteri Bottas s'imaginait au volant d'une Formule 1 capable de lui offrir le titre mondial. Huit ans plus tard, la recrue finlandaise de Mercedes n'a jamais été aussi près du Graal.
Pilote de F1 depuis 2013, Bottas a hérité du baquet du champion du monde allemand et jeune retraité Nico Rosberg, pour faire équipe avec Lewis Hamilton. À 27 ans, le «Finntastic» peut enfin rêver d'inscrire son nom au panthéon des Finlandais champions du monde après Keijo «Keke» Rosberg (1982), père de Nico, Mika Hakkinen (1998, 1999) et Kimi Raikkonen (2007).
Né le 28 août 1989 à Nastola, une bourgade lacustre cernée par la forêt de conifères dans le sud de la Finlande, Bottas n'a que six ans quand il découvre le karting. Comme son modèle Raikkonen, il fait ses gammes sur des routes boueuses et verglacées. Et comme lui, le «petit» Finlandais (1,73 m, 5'7'', 69 kilos, 152 lb) préfère l'action aux grands discours. «Il est très analytique et calme. Crédible, sans airs de diva, un homme qui garde les pieds sur terre», confie Ari Vatanen, l'ancien champion de rallye. En quatre saisons et 77 départs de GP avec Williams, Bottas est monté sur le podium à neuf reprises, sans jamais gagner. 
Bottas est à la ville un homme tranquille, sans aspérités visibles. Enfant, il a pratiqué le hockey. Dans ses temps libres, il s'adonne au tir au pigeon d'argile et au cyclisme. En septembre 2016, il a épousé sa petite amie, la nageuse finlandaise Emilia Pikkarainen. Après la cérémonie dans une église d'Helsinki, les jeunes mariés ont été conduits par Mika Hakkinen dans une rutilante... Mercedes. En janvier, c'est Bottas qui a pris les commandes d'un traîneau tiré par un renne pour les noces de Hakkinen et Marketa Remesova dans le nord de la Finlande. Aucun ne portait de casque...  AFP