Après avoir traversé une période difficile, autant sur la glace qu'à l'extérieur de celle-ci, Pascal Laberge assure avoir retrouvé le plaisir de jouer au hockey.

L'après-tempête de Pascal Laberge

Les échanges, la maladie de ses parents, le deuil, les blessures. Pascal Laberge a vécu toutes les épreuves durant sa carrière junior. Dans la tempête, le hockey est toujours resté une forme de thérapie. Jusqu’à cet automne, où il a finalement perdu le plaisir d’enfiler les patins. En décembre, les Remparts ont acquis un joueur à la croisée des chemins. Il assure aujourd’hui avoir retrouvé sa vitesse de croisière.

Assis à une table dans les entrailles du Centre Vidéotron à l’aube des séries éliminatoires de la LHJMQ, Pascal Laberge ne se défile pas. Côté hockey, la saison régulière a été particulièrement éprouvante. 

«La première moitié de saison avec les Tigres, c’est vraiment la confiance qui n’était plus là. Je n’étais plus le joueur que j’étais avant et je n’avais plus de plaisir non plus. C’était la première fois de ma vie que ça m’arrivait. À l’aréna, c’était lourd.»

Laberge n’est pas le premier joueur junior à connaître un passage à vide ou à perdre de sa passion pour le hockey, mais dans son cas, l’aveu sonne comme un virage à 180 degrés. C’est qu’il y a à peine trois ans, quand la maladie a frappé sa famille de plein fouet, le hockey était tout, sauf un fardeau. Plutôt une échappatoire, un rare plaisir quand, en dehors de la patinoire, la vie semblait s’écrouler.

Espoir hautement convoité après avoir mené les Grenadiers de Châteauguay à la conquête du championnat midget AAA, au printemps 2014, Laberge est devenu quelques mois plus tard le deuxème choix au total du repêchage LHJMQ. Les Olympiques de Gatineau voyaient en lui leur grand joueur de centre d’avenir.

L’expérience n’a duré que quelques mois.  Le courant ne passait pas particulièrement avec Benoit Groulx, «un entraîneur assez intimidant pour un gars de 16 ans», et les Olympiques ont sacrifié Laberge pour mettre la main sur des vétérans les rapprochant d’un championnat. Après seulement 27 matchs en Outaouais, il refait ses valises vers Victoriaville, soulagé de retrouver son entraîneur midget AAA, Bruce Richardson, qui venait de faire le saut avec les Tigres. 

La maladie

Être échangé au milieu de sa première saison junior était une première épreuve pour le natif de Sainte-Martine, mais ce n’était rien par rapport à ce qui l’attendait l’été suivant, période où sa mère a été diagnostiquée avec une sclérose en plaques et sa belle-mère avec un virulent cancer. Puis, alors que le hockeyeur était de retour au foyer familial quelques jours après le camp d’entraînement des Tigres, son père lui a demandé de venir s’asseoir dans le salon avec ses frères. Lui aussi était frappé par la maladie : un cancer de la prostate. 

La belle-mère de Laberge est décédée en septembre. Avant sa maladie, elle ne manquait presque jamais un match de hockey de son beau-fils. Laberge a manqué un match des Tigres pour se rendre à ses funérailles. 

«À mon retour, Bruce m’a rencontré et il m’a dit que si j’arrivais à me concentrer sur le hockey et performer, ça allait m’aider et aider ta famille à passer à travers ça. J’ai pris ça pour du cash et j’ai tout donné cette année-là.»

Il y a eu des soirées difficiles, avoue-t-il. Frappée par un difficile épisode de sclérose, sa mère n’arrivait presque plus à marcher. Son père était en traitement, vivant le deuil de sa conjointe.

Il y a eu des soirées de réjouissance aussi, tout aussi émotives. Comme celle du match des meilleurs espoirs de la LCH. Sous les yeux des dépisteurs de la LNH, contre les meilleurs joueurs de 17 ans au monde, Laberge a explosé avec deux buts et une passe, étant nommé joueur du match. 

«Mon père n’était pas là parce qu’il venait de se faire enlever sa prostate. Je l’ai appelé après le match. Je pouvais entendre dans sa voix au téléphone qu’il était ému. Il était tellement fier de ce que je venais de faire. Je vais toujours me rappeler de ce moment-là.»

Quelques mois plus tard, toute la famille était dans les estrades du First Niagara Center, à Buffalo, lorsque les Flyers de Philadephie ont fait de Pascal Laberge leur choix de 2e ronde, 36e au total du repêchage de la LNH. 

Son père en rémission, sa mère prenant du mieux, la tempête des 12 derniers mois était passée. Laberge en ressortait grandi.

La blessure

De retour de son premier camp professionnel, il a toutefois retrouvé une organisation des Tigres transformée par le renvoi de Richardson. L’attaquant étoile n’allait avoir que très peu de temps pour faire ses preuves auprès de son nouvel entraîneur, Louis Robitaille, avant que l’adversité ne frappe à nouveau en la personne de Zachary Malatesta. 

Le robuste défenseur des Wildcats de Moncton était de passage au Colisée Desjardins de Victoriaville pour y affronter les Tigres, le 15 octobre 2016. À la sixième minute, Laberge récupère une rondelle le long de la bande, en sortie de zone, lorsque Malatesta s’amène à toute vitesse dans son angle mort. Il n’a jamais eu le temps de réaliser ce qu’il se passait, reçevant le coude de l’Américain en plein visage et s’écroulant sur la glace. 

«J’ai senti que je m’étais fait frapper solide, puis je n’ai comme rien vu. C’était noir. Je me suis relevé après, mais j’étais sonné ben raide.»

Le simple fait que Laberge réussisse à quitter la glace sur ses deux jambes était surprenant. L’impact était à ce point violent. Suffisamment pour que son agent Alan Walsh apostrophe le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, le soir même sur le réseau social Twitter. «Allez-vous attendre qu’un joueur meure sur la glace?» demande-t-il, se disant révolté que pareil geste ait encore lieu dans la LHJMQ.  

Pascal Laberge a récolté 27 points en 33 matchs dans l'uniforme des Remparts.

«C’était vraiment salaud comme coup», se contente aujourd’hui de dire Laberge, qui n’a jamais reparlé à Malatesta. La suspension de sept matchs décernée à ce dernier était sa quatrième en trois ans. Mais dans les semaines suivant l’incident, ce n’est pas son agresseur qui était dans ses pensées. Plutôt sa santé et son avenir. Pendant un mois, l’espoir des Flyers n’a pratiquement pas quitté son lit, dormant jour et nuit.  

«J’avais des migraines. Je me sentais un peu comme dans un nuage et je ne faisais que dormir. Je n’étais pas toute là. Ma famille de pension s’inquiétait pas mal.»

Au bout d’un mois, Laberge a finalement commencé à se sentir mieux. Deux semaines plus tard, il était de retour sur la glace avec les Tigres. «Si c’était à refaire, je prendrais plus de temps avant de revenir. Je sentais un peu la pression de l’équipe, mais aussi celle que je me mettais moi-même. Ça s’est fait un peu trop vite, surtout pour l’aspect mental.»

Dans les mois suivant son retour, fouler la glace est devenu un combat entre son corps et sa tête. «Quand tu reviens après un coup comme ça, dès que tu te retrouves dans la même situation le long de la bande, ton cerveau t’envoie un signal de panique. J’ai dû vraiment travailler là-dessus. Ça a été une année difficile.»

Le mur

L’automne dernier, par contre, Laberge assure que la crainte d’aller le long des rampes avait disparu. Il était en santé. La situation chez les Tigres était stable, le noyau de vétérans et l’entraîneur Robitaille étant de retour. À l’extérieur de la glace, la vie suivait son cours paisiblement.  Ironiquement, c’est là qu’il a frappé un mur. Tout aurait dû bien aller, mais ce n’était pas le cas. Il ne jouait plus comme avant et ne comprenait pas pourquoi. «Je me cherchais. J’avais de la difficulté à retrouver ma confiance.»

Puis est arrivé l’échange aux Remparts, mi-décembre. Un échange que le centre de 19 ans n’a jamais demandé, mais qu’il a accueilli comme une bénédiction. «Dans toute carrière, parfois, tu as besoin d’un nouveau départ», croit-il. «À Québec, ça a pris un petit bout avant que je décolle, mais là je sens que j’ai retrouvé mes repères et que je suis reparti», assure l’auteur de 27 points en 33 matchs dans l’uniforme des Remparts. 

«Ce n’est pas juste une question de production. Je cherchais à redevenir le joueur de hockey que j’étais. Je l’ai fait. La passion est revenue et le plaisir aussi.»

Le simple fait de ne plus jouer un match sur deux au Colisée Desjardins, où était survenu le coup de Malatesta, l’a aussi aidé mentalement, avoue-t-il. Puis il faut dire qu’après sa commotion, il a craint pour sa carrière professionnelle. Ses performances en demi-teintes l’ont fait douter qu’il puisse faire le saut chez les pros dès l’an prochain, comme il l’avait toujours anticipé. 

Des discussions avec l’organisation des Flyers, dans les dernières semaines, l’ont toutefois rassuré. Ils ont été convaincus par son jeu à Québec. Il pourrait rejoindre les Phantoms, dans la Ligue américaine, dès ce printemps, une fois la saison des Remparts terminée. 

À deux semaines de son 20e anniversaire, alors que s’égraine le dernier acte de sa carrière de quatre saisons dans la LHJMQ, Laberge peut donc finalement jouer la tête en paix et tenter d’amener les Remparts le plus loin possible. «J’ai seulement deux victoires en séries en carrière. On va essayer d’en ajouter cette année. On a une équipe avec beaucoup de caractère qui trouve des moyens de gagner à chaque match», analyse--t-il, avant de jeter un regard sur ses années dans le hockey junior. 

«Le junior, c’est une école de vie. Il y a eu des moments difficiles, mais il y en a eu des beaux aussi. J’ai forgé mon caractère à un jeune âge et ça ne peut qu’être bénéfique pour la suite des choses. Je serai prêt à affronter les creux d’une carrière de joueur de hockey professionnel.»

Si ce qui ne nous détruit pas nous rend plus forts, Pascal Laberge est aujourd’hui plus fort que jamais.