Maintenant âgé de 75 ans, Langis Caron s’amuse toujours autant à piloter. Obligé de renoncer à la course automobile en 1984, il a pu renouer avec sa passion en 2006 quand Patrick Verner lui a offert un volant en série Vintage.

Langis Caron: une légende bien vivante

Les légendes ne meurent pas dit le diction. Mais dans le cas du coureur automobile Langis Caron, on peut dire que la légende est toujours bien vivante. C’est certain, il ne fait plus la manchette comme au temps où il s’imposait dans le monde du stock-car, mais malgré ses 75 ans, il est un régulier de la Série Vintage.

«Tant que le désir de courir est là et que j’ai a encore du plaisir à être en piste, à prendre des départs et à dépasser et que je suis encore dans la course, je continue, lance le pilote originaire de Saint-Georges de Beauce. «De plus, mes réflexes sont encore bons, je ne brise pas souvent et c’est rare qu’on s’accroche. Il m’arrive parfois de penser à la retraite. Dans cinq ans, j’aurai 80 ans. Vais-je alors avoir le même désir? Je ne le sais pas.»

Caron avait six ou sept ans quand il s’est intéressé à la mécanique. Ses frères et lui, des «patenteux», avaient construit une petite JEEP avec les moyens du bord. Ils avaient ainsi fabriqué la conduite, qui fonctionnait, avec des pièces d’une vieille laveuse à tordeur. Puis à l’âge de 15 ans, il a eu son baptême de pilotage dans un go kart. Rapidement, il a voulu faire de la compétition et les succès ont suivi. Il a ensuite profité de l’ouverture de la piste sur terre battue de Saint-Georges, le Mécanodrome, pour faire ses débuts en stock-car. Il courait avec une voiture et un moteur, remis en condition pour 175$, qui lui avaient été donnés. 

«Un petit moteur que j’ai utilisé pendant plusieurs années et avec lequel, je crémais des gros blocs. À notre premier départ, un 50 tours, il y avait tellement de poussière que lorsqu’un signaleur a annoncé la fin de la course on a tous continué à faire des tours parce qu’on ne voyait pas le drapeau.»

Dominant dans son patelin, Caron décida, après trois campagnes, d’aller courir sur l’asphalte aux circuits de Val-Bélair et de Sainte-Thérèse-de-Lisieux. Il ne perdit pas de temps à faire sa place et à livrer des batailles épiques à Marcel Corriveau, la vedette locale. «À ma première saison, j’ai pris part à 52 finales. J’en ai gagné 22. On courait le jour, on voyageait la nuit et on dormait dans nos véhicules. Quand j’allais voir ma blonde, cinq minutes après m’être assis sur le divan, je dormais. Elle ne comprenait pas pourquoi.»

C’est à Montréal, puis sur la Côte est américaine que le Beauceron a poursuivi sa carrière. D’abord au Vermont, puis dans le Maine et même en Virginie, à Martinsville où il a gagné une qualification — c’est l’actrice Elizabeth Taylor qui lui a remis son trophée — et au Delaware à Dover. Il a notamment couru dans la série NASCAR North Tour. Parallèlement à sa carrière de coureur, il a travaillé pendant la saison hivernale pour des équipes à Daytona à préparer des voitures.

La tragédie

Caron vivait la vie dont il avait rêvé lorsque le mauvais sort est venu le frapper en 1984. Un incendie a ravagé le garage de mécanique qu’il possédait. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, son principal commanditaire en course l’a largué.

«J’avais perdu tous les outils et les instruments dont j’avais besoin pour travailler. Et là, je n’avais plus d’argent pour continuer à courir. J’ai vendu mon auto et j’ai réouvert un autre garage. Je possédais des connaissances et une expertise que j’avais chèrement acquises et dont je devais profiter.

«Arrêter la course été un des moments les plus durs de ma vie. Ça faisait une trentaine d’années que je traînais dans ce monde-là. Tout ce que j’y avais bâti, je devais l’enterrer parce que je ne pouvais plus m’en servir. Mais je n’ai jamais baissé les bras. Aujourd’hui, je travaille toujours en mécanique. J’ai mon garage ou je remets en état des véhicules légèrement accidentés que je revends.»

Faisant le bilan de sa carrière en stock-car, Caron dit que sa plus grande fierté est d’avoir terminé la grande majorité de ses courses. «Il n’y a pratiquement que les bris mécaniques qui m’ont empêché de le faire. Mes autos, je les gardais en une pièce. D’abord, parce que je n’avais pas de budget ouvert pour les réparer. Moi je devais rafistoler. Mais aussi à cause de mon style. Je n’avais pas le couteau entre les dents et je ne fonçais pas comme un enragé lors du départ. J’étais patient et stratégique.»

Caron a renoué avec sa grande passion en 2006 quand le coureur Patrick Verner lui a offert de joindre son équipe dans la série Vintage. «La passion n’était pas éteinte. Je l’ai vu quand je me suis assis dans le Vintage et que je suis parti avec. Je me suis dit ‘’Oh mon Dieu, c’est dont le fun faire ça.’’

«Aujourd’hui, ça me plaît toujours autant de courir dans la série. On est un petit groupe d’amis, on court de temps en temps et on a beaucoup de plaisir.... mais on a encore le désir de performer. Au début, on faisait des tours pour s’amuser, mais là, quand on prend le départ, c’est pour gagner. Et parce que les autos de Patrick sont bien préparées, on roule en avant. Notre objectif, c’est de prendre part au Oxford 250 de cette année dans une classe Vintage. Je me suis même trouvé un commanditaire là-bas.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Faits marquants

R Mes participations au Grand Prix Esso de courses sur glace présenté dans le cadre du Carnaval de Québec (1973-1974-1975). La deuxième année, j’ai gagné la finale au terme d’une belle guerre sur les plaines d’Abraham. Cette victoire m’a permis de me faire un nom. Et ma septième place au Oxford 250, où j’avais dû remonter le peloton trois fois.

Q Idoles de jeunesse

R Jean-Paul Cabana, un gars performant, avec beaucoup d’expérience, capable d’être dur s’il le faut. Il était à surveiller. À Québec, c’était notre Marcel (Corriveau) national, qui était un coureur extrêmement performant. Jamais je ne pensais, quand j’ai commencé à courir sur terre battue, qu’un jour je serais roue dans roue avec ce gars-là.

Q Plus féroce compétiteur

R Quand j’ai commencé à courir à Québec, ce fut Marcel Corriveau, le gars de la place à l’époque. Se retrouver contre lui était un peu intimidant. Mais quand tu connaissais le personnage, tu t’habituais à son style, à sa manière de courir, etc. On s’est livré de bonnes batailles. Quand je suis allé à Montréal, ce fut Jean-Claude Gratton.  Aux États-Unis, j’ai souvent dû me méfier d’un certain Hector Leclaire, un gars imprévisible. Il était vite, mais il n’avait pas de trajectoire précise. Et il pouvait être salaud.