Malgré la position précaire dans laquelle se trouve l’Allemagne, l’entraîneur Joachim Loew croit encore que sa formation peut accéder aux rondes éliminatoires.

L’Allemagne presque obligée de gagner samedi

SOTCHI — Championne du monde en titre, l'Allemagne est toute proche d'une humiliation historique : en cas de défaite samedi (14h) contre la Suède à Sotchi, elle risquerait fort de quitter un Mondial avant les huitièmes, pour la première fois de son histoire.

«La pression est énorme», reconnaît Thomas Müller, l'homme aux dix buts en Coupe du monde, guère brillant lors de la défaite inaugurale de 1-0 contre le Mexique. Sauf en cas de revers des Mexicains contre la Corée du Sud un peu plus tôt, une défaite condamnerait les tenants du titre.

En Allemagne, la presse et la majorité des anciennes gloires de la Mannschaft, les Breitner, Matthäus et autre Effenberg ont éreinté l'équipe, pointant non seulement les lacunes tactiques et techniques, mais aussi, et surtout, l'état d'esprit de champions du monde qui ont semblé endormis sur leurs lauriers désormais fanés...

«Il est dur de maintenir un niveau d'appétit suffisant pour reproduire les exploits», a reconnu le sélectionneur Joachim Löw, refusant néanmoins tout défaitisme : «Si nous gagnons, nous revenons dans la course!»

Contre des Suédois solides défensivement et en pleine confiance, la tâche s'annonce rude. Les Scandinaves, qui ont privé l'Italie d’une participation au Mondial en s'imposant en tirs de barrage, ont tout à gagner et peu à perdre. S'ils l'emportent, ils peuvent décrocher dès samedi leur billet pour le tour suivant, à condition que, parallèlement, la Corée du Sud ne batte pas le Mexique.

«C'est le genre de match qu'on attend dans une vie, dans une carrière entière, et pour lequel on travaille», a lancé le sélectionneur Janne Andersson.

Gérer la pression

Dans le camp des Allemands, à Sotchi, sous le soleil de la mer Noire, après l'auto-critique du début de semaine, on cultive désormais la pensée positive. «Nous devons gagner, nous n'avons plus de joker», admet le milieu défensif Sami Khedira, très décevant contre le Mexique dimanche dernier.

«Cette équipe et cet entraîneur ont souvent prouvé qu'ils savaient gérer la pression», renchérit Hans-Dieter Hermann, le préparateur mental qui accompagne la Mannschaft depuis 2004.

Cette fois pourtant, la situation est quasi-inédite : jamais depuis 1982 l'Allemagne ne s'est trouvée en position d'être éliminée d'un Mondial dès le deuxième match. Cette année-là, après une surprenante défaite d'entrée de jeu contre l'Algérie, elle avait tout de même atteint la finale.

Pour les amateurs de frissons, deux autres statistiques circulent : Löw a plutôt raté ses deuxièmes matchs dans les six tournois (deux Mondiaux, trois Euros, une Coupe des confédérations) qu'il a dirigés : son bilan est de deux défaites, trois nuls et une seule victoire.

Et au XXIe siècle, le tenant du titre a été éliminé trois fois sur quatre en phase de groupes (en 2002, en 2010 et en 2014).

Mais la vérité, samedi, sera sur le terrain où la Mannschaft devra retrouver un équilibre qui lui a totalement fait défaut contre le Mexique, lorsque ses latéraux partis à l'assaut ont laissé des trous béants derrière.

Hummels, le coup dur

«Notre positionnement en attaque n'était pas bon parce que tout le monde voulait participer», a analysé Löw. «Nous en avons parlé toute la semaine et nous avons travaillé cet aspect», a-t-il promis.

Les consignes semblent claires. Mais qui les mettra en pratique? Sûrement pas le défenseur central Mats Hummels, qui ne jouera probablement pas, lui qui s’est déplacé un vertèbre du cou à l’entraînement jeudi, selon Löw. 

Un premier gros coup dur. Et l'opinion réclame des têtes à l'expérimenté technicien de 58 ans, connu pour sa fidélité à ses joueurs-clés.

«Peu importe qui sera sur le terrain», répond Miroslav Klose, le recordman des buts en coupe du monde (16) aujourd'hui entraîneur adjoint chargé plus spécialement de préparer les attaquants. «Tout le monde doit savoir ce qu'il a à faire et être là pour aider les autres, c'est le plus important. Les joueurs cadres doivent entraîner les autres, ils ont plus d'expérience, ils savent exactement comment agir dans de telles situations».

Dimanche dernier contre le Mexique, ils ne l'ont pas montré. Le match de samedi est peut-être leur dernière chance de rappeler à la planète foot qu'ils sont encore champions du monde... jusqu'au 15 juillet au moins. «Pourquoi douterais-je de mes joueurs?» a lancé Löw vendredi, promettant un sursaut. Pour l'Allemagne, c'est déjà vital.