Les Serbes, dont Aleksandar Mitrovic, avaient la mine basse après leur défaite contre les Suisses.

La Suisse renverse la Serbie grâce à ses «Kosovars»

KALININGRAD — Les «Kosovars» helvètes ont offert à la Suisse le «derby» à résonance balkanique! Grâce à Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri, la «Nati» a arraché la victoire contre la Serbie (2-1), rejoignant le Brésil en tête du groupe E et se rapprochant d’une qualification pour le 2e tour du Mondia 2018, vendredi à Kaliningrad.

Tout un symbole. Menée au score pendant près d’une heure de jeu par la talentueuse équipe de Serbie, qui aurait pu d’ores et déjà valider son billet pour les 8es de finales en cas de succès, la «Nati» a réussi à renverser la situation grâce à ses milieux Xhaka (52e), né en Suisse de famille kosovare, et Shaqiri (90e), né au Kosovo, une ancienne province serbe qui a déclaré son indépendance en 2008. 

La Serbie ne reconnaît toutefois pas l’indépendance du Kosovo et les relations demeurent tendues entre les deux nations. Les parents de Xhaka sont originaires du Kosovo avec un héritage albanais.

Les deux hommes ont célébré en croisant les mains en se touchant les pouces pour imiter l’aigle à deux têtes que l’on retrouve sur le drapeau de l’Albanie. Les pouces représentent les têtes et les doigts, les ailes.

Ces gestes risquent de galvaniser les tensions entre les nationalistes serbes et les Albanais.

Avec ce résultat, la Suisse (2e, 4 points) passe devant la Serbie (3e, 3 points), alors que le Brésil, vainqueur plus tôt contre du Costa Rica (2-0), s’est emparé de la tête du groupe E grâce à une meilleure différence de but. Le duel Brésil-Serbie mercredi prochain à Moscou aura tout d’une «finale», tandis que la Suisse devra s’imposer face à des «Ticos» déjà éliminés pour espérer arracher la première place.

Si les deux sélectionneurs natifs de Bosnie-Herzégovine, Vladimir Petkovic pour la Suisse et Mladen Krstajic pour la Serbie, se sont refusés à accréditer l’idée d’un «derby» entre les deux pays, en raison des nombreux joueurs d’origine balkanique dans les rangs helvètes, sur le terrain en tout cas, cela en avait tout l’air.

Il suffisait de voir Mitrovic narguer le «Kosovar» Shaqiri après une «virgule» manquée, ou les puissants sifflets d’un stade acquis à la Serbie sur chacune de ses prises de balle, pour s’en rendre compte.

Et après à peine cinq minutes de jeu, les dizaines de milliers de fans serbes présents dans le stade de Kaliningrad ont pu chambrer et exulter. Après avoir vu sa première tentative repoussée par Sommer (4e), Mitrovic, parfaitement servi par Tadic dans la surface, n’a pas manqué sa deuxième chance pour ouvrir le score (5e).

Shaqiri délivre la «Nati»

Toute proche d’inscrire le but du 2-0 sur corner, avec un Tosic à un rien de catapulter le ballon dans le but (44e), ou sur une demi-volée incroyable de Tadic (45e), la jeune équipe serbe a vu finalement son inexpérience être sanctionnée par la redoutable formation suisse.

Car malgré les «Serbija, Rossiya», les banderoles en sa défaveur comme ce «Serbia welcome home», et les nombreux ratés du «Macédonien» Blerim Dzemaili en première période (11e, 19e, 34e), la «Nati» a réussi à revenir dans la partie... grâce à deux de ses trois joueurs originaires du Kosovo.

Après une tentative contrée de Shaqiri par Kolarov, Xhaka a bien suivi pour loger le ballon dans le petit filet de Stojkovic d’une lumineuse frappe du gauche (52e).

Chaud bouillant, Shaqiri a failli marquer l’un des plus beaux buts de la compétition, comme lors de l’Euro 2016, avec une frappe en pivot dans un angle impossible qui est venue heurter la barre transversale du portier serbe (58e).

Dans une fin de match à sens unique, la Suisse a poussé jusqu’au bout pour faire la décision, mais l’arrière garde serbe a bien tenu. Jusqu’à l’échappée fantastique de Shaqiri.

Au bout d’une course de trente mètres, le feu-follet suisse n’a pas tremblé pour inscrire le but de la victoire à la dernière minute du temps réglementaire (90e). Et faire briller son pays d’origine dans un Mondial qu’il ne dispute pas... face à son meilleur ennemi sportif.