Les pleurs de Neymar après le match contre le Costa Rica vendredi ont laissé l'impression que le Brésil est davantage impliqué dans un feuilleton télé que dans un tournoi de soccer...

La Seleçao à fleur de peau

SOTCHI — Après le pied de Neymar, les pleurs de Neymar! Comme dans un épisode larmoyant de telenovela, le Brésil affiche une émotivité inquiétante avant d’affronter la Serbie mercredi (14h) pour une place en huitièmes de finale du Mondial-2018.

Cette Seleçao est-elle aussi friable mentalement qu’en 2014? L’image de Neymar à genoux et secoué de sanglots vendredi contre le Costa Rica (2-0) a fait le tour du monde et rappelé un autre épisode peu glorieux de l’histoire récente de la Canarinha : les larmes du défenseur Thiago Silva lors du Mondial au Brésil en 2014.

Silva avait été incapable de tenir son rang de capitaine lors d’une séance de tirs au but contre le Chili, avant le fiasco planétaire de l’élimination contre l’Allemagne en demi-finales (7-1). Cette fois, avant d’affronter la Serbie à Moscou, les critiques ont plu sur les épaules de Neymar, son manque de maîtrise émotionnelle étant jugé «inquiétant» par le plus grand quotidien du Brésil, O Globo.

D’autres y voient une comédie médiatique destinée à émouvoir dans les chaumières, même si au Brésil il est courant d’exprimer ses émotions et de pleurer en public. «C’étaient des larmes de joie, de dépassement, de force», a répliqué Neymar, qui a abordé ce Mondial sous pression après trois mois de convalescence à cause d’une fracture au pied droit.

Dimanche, ses joues avaient séché et Neymar avait retrouvé le sourire à l’entraînement au camp de base de Sotchi. Et tout le Brésil attend désormais de lui qu’il se comporte mercredi comme le véritable leader de cette Seleçao, rôle pour l’instant assumé par Philippe Coutinho (2 buts).

«Parfois, on a l’impression que Neymar est un extraterrestre, mais non, c’est un être humain», a confié Rai, champion du monde 1994 avec le Brésil, qui considère que la pression autour de la star de la Seleçao, en larmes après la victoire contre le Costa Rica, est «limite inhumaine».

À l’image de Neymar, c’est toute la Seleçao qui semble à fleur de peau, loin de la sérénité affichée en matchs de préparation. Lors de l’entrée en lice contre la Suisse (1-1), le sélectionneur Tite avait reconnu le poids de «la pression» et de «l’anxiété».

Les simagrées de Neymar, coupable d’une simulation grossière contre le Costa Rica, puis averti pour un geste d’humeur qui le place sous la menace d’une suspension en cas de nouveau carton jaune, n’ont pas arrangé cette image de fébrilité.

Et puis il y a le mini-psychodrame avec Thiago Silva, à qui Neymar a vertement reproché d’avoir rendu un ballon aux Costariciens. «Quand j’ai rendu la balle, il m’a beaucoup engueulé», s’est plaint le défenseur central. «J’ai la conscience tranquille avec ce que j’ai fait et je suis très triste qu’il m’ait engueulé.»

Gagner pour oublier

Missionné en conférence de presse, le latéral Fagner a dédramatisé les mouvements d’humeur des uns et des autres. «Tout sportif est un être humain avec des émotions», a déclaré le défenseur. «Nous soutenons tous Neymar. C’est un homme expérimenté et il est capable de faire face à tout cela de la meilleure des manières possible pour préserver son énergie lorsqu’il joue pour l’équipe.»

Pour chasser cette vulnérabilité, rien de tel qu’une victoire, convaincante si possible, face aux Serbes. Histoire de prouver que ce Brésil remanié peut graver un sixième titre mondial à son palmarès, sans se perdre dans des feuilletons à l’eau de rose.

«Je suis sûr que nous allons nous consolider et devenir de plus en plus forts au fil de la compétition», a promis Fagner.