En 1988, Barry Sanders avait facilement remporté le trophée Heisman après avoir établi des marques qui tiennent encore, 30 ans plus tard.

La saison spéciale de Barry Sanders

STILLWATER, Oklahoma — C’est seulement après quatre matchs que Barry Sanders a commencé à réaliser que sa saison 1988 à Oklahoma State pourrait être spéciale.

Avoir retourné pour un touché le botté d’envoi du premier match contre Miami (Ohio), avoir récolté 304 verges au sol contre Texas A&M ou avoir inscrit cinq touchés contre Tulsa ne lui avait pas paru si extraordinaire. Lors du quatrième match, contre Colorado, Sanders a finalement dû se résoudre à l’idée qu’il se passait quelque chose d’exceptionnel.

Ce jour-là, Sanders a brisé les reins des Buffaloes avec une course de touché de 65 verges au troisième quart. Au final, il a bouclé la journée avec 174 verges et quatre majeurs dans un gain de 41-21.

«C’est lors de ce match que des fans ont commencé à crier que je gagnerais le trophée Heisman. Moi, je ne pensais pas du tout à ça», se souvient Sanders.

Au final, ces fans ont eu raison, haut la main. À l’issue de la saison, Sanders a facilement remporté le Heisman, remis au meilleur joueur universitaire américain, en récoltant deux fois plus de points au scrutin que son plus proche poursuivant, le quart-arrière Rodney Peete.

Trente ans plus tard, les exploits de Sanders sont encore bien clairs dans la mémoire de ceux qui ont affronté le porteur de ballon élu au Temple de la renommée en 2004. 

Le même jour où Sanders a dépecé la défense du Colarado, les grands rivaux d’Oklahoma State, l’Université d’Oklahoma, avaient goûté à la médecine du demi offensif Eric Metcalf, du Texas. Pourtant, l’entraîneur d’Oklahoma à ce moment, Barry Switzer, avait osé dire que Metcalf n’était pas le meilleur joueur universitaire au pays. 

«J’avais répondu que le meilleur joueur au pays se trouvait à environ 80 milles au nord de nous», se remémore Switzer, qui a par la suite dirigé les Cowboys de Dallas dans la NFL. «Tout le monde était sous le choc, les gens ne savaient pas de qui je parlais. J’ai précisé que je parlais du porteur de ballon de nos grands adversaires d’Oklahoma State.»

Plus tard dans la saison, Switzer et ses protégés ont vaincu Oklahoma State 31-28, mais Sanders qui avait volé la vedette, avec des gains de 215 verges et deux touchés.

Comme une ronde de 56...

En fait, ce n’était qu’une journée au bureau pour Sanders qui, en 1988, a terminé la campagne de 11 matchs avec 2628 verges de gains, 37 touchés au sol et une incroyable moyenne de 238,9 verges au sol par rencontre. Et ces chiffres n’incluent même pas ceux du Holiday Bowl, où il avait empilé 222 verges au sol et marqué cinq touchés. À l’époque, les chiffres récoltés lors des Bowls n’étaient pas additionnés à ceux de la saison.

«Cette saison-là arrivait de nulle part, et je sais que pour plusieurs amateurs, j’arrivais de nulle part également», estime Sanders, un natif de Wichita, au Kansas, qui a marqué au moins deux touchés à chaque match cette année-là. Il s’est même permis sept rencontres de quatre touchés ou plus.

«Dans mon livre à moi, ce qu’il a fait cette saison-là est l’équivalent d’avoir frappé 90 ou 100 circuits dans les majeures ou bien d’avoir joué 56 lors de la dernière ronde de l’Omnium des États-Unis», lance Pat Jones, qui dirigeait Oklahoma State à cette époque.

Un autre moment spécial pour Sanders en 1988 est survenu contre l’Université du Nebraska. Lors de cette rencontre, l’athlète de 5’8’’ avait marqué quatre touchés et cumulé 189 verges, dans une cause perdante (63-42).

«C’était quelque chose de gros pour moi, de pouvoir jouer à Lincoln», explique l’ancien numéro 20 des Lions de Detroit, qui vient au troisième rang de tous les temps pour les verges au sol dans la NFL. «J’ai grandi dans le Midwest en observant [l’ancien entraîneur de Nebraska] Tom Osborne et toutes les grandes équipes du Nebraska, qui était une dynastie à cette époque.»

Après une performance de «seulement» 154 verges contre Missouri la semaine suivante, Sanders a amassé au moins 215 verges lors des six derniers matchs. Notons lors de cette séquence des gains de 320 verges (trois touchés) contre Kansas State, de 312 verges (cinq touchés) contre Kansas et de 293 verges (quatre touchés) contre Iowa State et, contre Texas Tech, une journée «typique» de 332 verges (cinq touchés). 

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DES RECORDS ATTEIGNABLES?

Même s’il a remporté de multiples honneurs dans la NFL (joueur le plus utile en 1997, deux fois joueur offensif de l’année, six sélections sur la première équipe d’étoiles et dix participations au Pro Bowl), l’ancien porteur de ballon Barry Sanders garde une place spéciale pour son Heisman remporté en 1988. «Il y a tellement de grands joueurs qui ont gagné ce trophée. D’avoir réussi à m’élever au sommet cette année--là demeure à mes yeux très spécial et unique», dit celui qui a eu 50 ans cette année. 

D’un naturel humble, Sanders croit que ses records dans la NCAA ne sont pas inatteignables. «Honnêtement, je ne pense pas vraiment à ça», souligne celui qui est propriétaire d’un concessionnaire automobile à Stillwater, dans l’État où il a réalisé ses exploits universitaires. «Je crois que c’est possible [que ses records soient battus]. Je crois que quelques joueurs ont presque réussi. Si je l’ai fait, quelqu’un d’autre peut le faire.»