Samir El Akkati dirige les clubs féminins du Royal-Sélect de Beauport (AAA) et des Dynamiques de Sainte-Foy (collégial).
Samir El Akkati dirige les clubs féminins du Royal-Sélect de Beauport (AAA) et des Dynamiques de Sainte-Foy (collégial).

La saison royale de l’autre Samir

Leur prénom est devenu un symbole de succès. Si l’un a développé avec le temps une culture royale du soccer à Québec, l’autre l’a adoptée et amenée avec lui dans ses récentes conquêtes pancanadiennes. Formé à l’école de Samir Ghrib, Samir El Akkati fait aussi sa marque sur les lignes de touche des différents programmes qu’il dirige. Portrait d’un Samir à l’autre!

«Salut Sam, c’est Sam», blaguent-ils lorsqu’ils s’appellent régulièrement pour parler de soccer. La plupart du temps, ils se surnomment Samir 1 et Samir 2. «Il n’y a pas beaucoup de Samir, mais il y en a deux dans le même club. Quand j’avais dit au surveillant que je m’appelais Samir, il a pensé que je faisais une blague», rigole El Akkati, le cadet du duo, qui dirige les clubs féminins du Royal-Sélect de Beauport (AAA) et des Dynamiques de Sainte-Foy (collégial).

Les derniers mois lui ont permis de suivre les traces de celui qui est devenu plus que son mentor. «Je le qualifie de grand frère, car il a toujours été là pour m’aider. Il a toujours été très généreux de ses conseils et de son temps à un moment où j’avais besoin d’un modèle présent», admet l’entraîneur de 32 ans à propos de Ghrib, une figure importante du soccer à Québec.

En fait, El Akkati n’hésite pas à le considérer comme un pionnier dans ce sport dans la capitale.

«La région ne serait pas où elle en est présentement sans l’importante contribution de gens comme Samir, Helder [Duarte] et Fergus [Brett]», souligne celui qui profite maintenant de l’héritage de ces passionnés du «football».

Avec la saison qu’il vient de connaître, Samir El Akkati marche dans leur sillon et développe sa propre route du succès. L’automne dernier, il a réussi un tour de force peu ordinaire en l’espace de quelques semaines: remporter le Championnat canadien senior des clubs civils avec le Royal-Sélect de Beauport, gagner la bannière nationale du soccer féminin collégial avec les Dynamiques de Sainte-Foy, et, 10 jours plus tard, devenir le papa d’Olivia.

«J’avoue que ç’a été une bonne année», dit en riant celui qui a pu passer plus de temps à la maison en compagnie de la petite en raison de pandémie.

De l’histoire au ballon rond

Bachelier en histoire à l’Université Laval, Samir El Akkati est né à Québec d’une famille marocaine établie dans la région depuis plus de 30 ans. Il a commencé à jouer le sport qui occupe un large pan de sa vie à l’âge de huit ans et ses touches ont vite retenu l’attention de Samir Ghrib, qui allait lui faire vivre plusieurs aventures dans le monde du ballon rond.

Habile milieu de terrain, le petit Samir est vite sorti du lot, s’imposant dans les équipes du Québec des catégories U14, U15 et U16. Après avoir goûté au programme sport-études régional et au Centre national, à Montréal, il s’est retrouvé avec le Rouge et Or, remportant en 2009 le seul championnat canadien de l’histoire de l’équipe masculine dirigée par Ghrib, bien sûr.

Même s’il étudiait en histoire, le soccer restait au centre de ses priorités.

«Je toujours voulu m’ouvrir plus d’une porte. J’ai un diplôme en histoire et je suis coach de soccer. J’ai quitté le club de Beauport quelques années pour être directeur technique du club Chaudière-Est, mais l’implication directe sur le terrain me manquait», explique celui est rentré au bercail depuis et qui est aussi le responsable du programme de soccer de l’Externat Saint-Jean-Eudes, des tâches qui s’ajoutent à ses fonctions d’entraîneur des Dynamiques et du Royal-Sélect U21 et senior féminin.

Déjà à la tête du Royal-Sélect, où il a remporté le titre canadien avec le groupe senior féminin en 2016, il est devenu la même année le sélectionneur des Dynamiques, au niveau collégial. Il a pensé que la recette du succès pouvait s’importer d’une place à l’autre, mais a réalisé que ça ne fonctionnait pas toujours ainsi.

«On ne peut pas faire du copier-coller, on a essayé et ça n’a pas marché. Alors, on a commencé à réfléchir à quel genre de joueuses et de personnes on voulait, et après, quel style de jeu adopter», raconte celui dont la formation a remporté la bannière canadienne après avoir terminé sixième, la saison précédente. Cette victoire lui a valu la mention d’entraîneur collégial de l’année au pays en 2019.

Les Dynamiques ne pourront pas répéter leur exploit, en 2020, puisque les championnats nationaux collégiaux ont été annulés en raison de la pandémie. Mais l’entraîneur-chef espère qu’il y aura quand même une saison automnale, à la rentrée. Même chose dans le circuit civil, où aucun rendez-vous canadien n’est à l’affiche.

«On a gagné deux championnats avec des groupes différents, il n’y avait que deux joueuses du Royal-Sélect dans l’alignement des Dynamiques. Au cégep, on fait beaucoup de développement et l’objectif est de permettre aux filles d’accéder au niveau universitaire. À Beauport, c’est plus la performance d’équipe qui prime, c’est la crème de la crème, car il n’y a pas de limite d’âge», indique-t-il.

À 32 ans, Samir El Akkati ne rêve pas en couleur. Il ne s’imagine pas à la tête d’un club international, mais ne veut pas moins continuer à progresser.

«Je suis assez humble pour savoir que je ne serai pas coach à l’international, mais j’aimerais quand même vivre une expérience culturelle dans une autre province, dans un autre pays. J’aime savoir ce qui se fait ailleurs. Parmi mes prochains défis, j’aimerais atteindre le niveau universitaire, mais aussi diriger des équipes masculines», dit celui qui voudrait aussi visiter le Maroc, ce qu’il n’a jamais pu faire parce que les voyages familiaux tombaient toujours l’été. Or, il préférait toujours rester à la maison pour jouer au soccer. Les Pays-Bas font aussi partie de ses destinations de rêve.

Mais la plus plausible reste encore la prochaine ville qui présentera les Championnats canadiens, qu’ils soient au niveau civil ou collégial. Nul doute qu’une équipe dirigée par Samir El Akkati aurait des chances de s’y imposer à nouveau.

Samir El Akkati et Samir Ghrib

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LE PROTÉGÉ DEVENU COLLÈGUE

Dès qu’il l’a eu sous sa férule, Samir Ghrib a compris que le jeune homme qu’il avait devant lui possédait un potentiel illimité. Aujourd’hui, le capitaine qu’il a dirigé est son adjoint au poste de directeur technique de l’Association de soccer de Beauport.

Sa relation avec Samir El Akkati va au-delà des frontières du soccer et de l’amitié, elle en est une de respect. «Il a toujours été un meneur. Quand je l’ai dirigé la première fois dans la sélection régionale des U13, il a été mon capitaine. Même chose avec les équipes du Québec U14, U15 et U16», rappelle Ghrib à propos de son protégé devenu collègue.

L’homme de soccer savait qu’il pouvait compter sur ce milieu de terrain bien organisé et débrouillard. El Akkati n’avait que 17 ans lorsqu’il a rejoint les rangs de l’équipe senior du Royal-Sélect dirigée par Ghrib. Et après son passage comme joueur au Cégep Garneau, il a porté les couleurs du Rouge et Or, encore sous la direction de Ghrib, et mis la main sur l’unique bannière canadienne de soccer masculin du programme en 2009.

«J’ai vu grandir Samir comme adolescent, comme joueur, comme adulte, comme entraîneur, et maintenant, comme jeune père de famille. Je me réjouis beaucoup de le voir aller et de voler de ses propres ailes», admet celui qui s’est imposé comme un élément incontournable du soccer québécois depuis son arrivée au pays en provenance de la Tunisie, en 1984.

Ghrib se réjouira toujours de voir un ami connaître autant de succès, bien que la victoire demande une gestion différente de la défaite.

«Je suis fier de lui et je lui ai dit. Maintenant, l’important est de bien gérer le succès. Il faut redescendre dans la vallée pour remonter au sommet de la montagne, j’ai la certitude qu’il saura bien le faire.»

Car non seulement El Akkati est-il un bon meneur, mais il a aussi un grand sens de l’honneur.

«Quand Samir a été nommé entraîneur-chef des Dynamiques de Sainte-Foy, il a été courtisé par les Élans de Garneau, mais il a dit non et, quelques années plus tard, il a remporté le Championnat canadien de soccer féminin en plus d’être nommé l’entraîneur de l’année. Comme on dit au Québec, il a passé la gratte, il a tout ramassé», disait-il de façon imagée.

Vers la PLSQ

En plus d’être un candidat présélectionné pour le projet de certification des clubs de Soccer Canada, le Royal-Sélect de Beauport veut aussi se joindre à la Première Ligue de soccer du Québec (PLSQ) dès la prochaine saison. Si c’était le cas, les deux Samir dirigeraient fort probablement les équipes masculine et féminine installées au sommet de la structure hiérarchique des clubs.

Des 29 clubs québécois ayant fait la demande sur les 340 au pays, Soccer Canada en a présélectionné 12, dont le Royal-Sélect. Des rencontres prévues et aléatoires auront lieu à compter du 1er août et une décision sera rendue le 15 décembre.

«Si on se joint à la PLSQ, Samir va avoir la direction de l’équipe, c’est certain. Ce que j’aime de lui, c’est son humilité et sa soif d’apprendre», ajoutait Ghrib. Carl Tardif