Membre des deux premières équipes de l’histoire des Capitales de Québec, le lanceur Yves Martineau demeure un passionné de baseball 18 ans après avoir été obligé d’accrocher son gant à cause de maux de bras.

La personnalité cachée d'Yves Martineau

Du temps où il était lanceur partant dans le baseball affilié ou qu’il jouait le rôle de releveur avec les Capitales, Yves Martineau n’avait qu’un seul objectif : ne rien donner à ses adversaires. Obligé de prendre sa retraite en 2000 à cause d’une blessure, il s’est depuis découvert dans son travail d’assistant-technique en hémodialyse une personnalité qui est toute autre.

«Je suis un gars généreux», avoue l’ex-joueur de baseball qui travaille à l’hôpital Le Gardeur. «Avec les patients, c’est inné. J’aime donner et faire plaisir aux gens parce que j’aime que le monde autour de moi soit heureux. Je pense que cette facette de ma personnalité était cachée en moi et que c’est mon travail à l’hôpital qui m’a permis de la faire ressortir.»

C’est toute l’attitude du Mont­réalais qui a changé. Autant il était froid quand il avait un uniforme de baseball sur le dos, autant aujourd’hui, il est souriant et il dégage une bonne humeur contagieuse. «Beaucoup de gens me disaient que j’avais l’air bête lorsque j’étais sur le terrain. C’est parce que j’étais là pour faire ma job. J’étais concentré. Je jouais au baseball pour gagner, pas pour m’amuser.»

À la recherche de moyens afin de distraire les patients pendant leur dialyse, Martineau a eu l’idée d’inviter le groupe 2Frères à donner une prestation sur son unité. Il a répété son initiative avec Patrick Normand, Étienne Drapeau, Guylaine Tanguay, Christian-Marc Gendron et Manon Séguin. «Marc Déry viendra bientôt chanter et je travaille pour avoir Ginette Reno. C’est en relevant des défis comme ceux-là que je retrouve un peu l’adrénaline que j’avais quand je jouais au baseball.»

Heureux dans son travail, Martineau rappelle que les lendemains de sa retraite n’avaient pas été faciles. «À l’époque, ma conjointe et moi avions un garçon de deux ans. Il fallait que je me trouve un travail rapidement. Et j’avais juste un secondaire cinq. J’ai été chanceux. J’ai trouvé un travail dans l’entretien ménager à l’hôpital Le Gardeur. Mais j’aimais trop aider les patients. C’est ce qui m’a incité à prendre un cours de préposé. J’ai travaillé en psychiatrie avant d’aller en dialyse.»

Même s’il gagnait sa vie honorablement, Martineau a dû faire face au jugement et aux préjugés de certains à ses débuts dans sa nouvelle carrière. Comme la fois où une personne l’avait reconnue alors qu’il lavait le plancher de l’urgence. «Elle m’a demandé pourquoi je passais la moppe. Et quand je lui ai répondu que c’était mon travail, elle m’a lancé : “Mais tu n’étais pas un joueur de baseball toi?” À ce moment-là, mon estime en a pris un coup.»

Repêché par les Braves

Sélectionné en 50e ronde par Atlanta lors du repêchage de 1991, Martineau avait 19 ans quand il a pris la direction des États-Unis. Il a passé trois saisons dans l’organisation des Braves. Libéré, il a ensuite lancé deux saisons pour Corpus Christi de la Ligue Texas-Louisiane, dans le baseball indépendant. Il a par la suite pris sa retraite.

Martineau jouait au baseball senior depuis trois ans quand l’occasion d’évoluer pour les Capitales s’est présentée. Membre d’une équipe qui devait affronter la formation québécoise lors d’un match hors-concours, il a attiré l’attention de Michel Laplante. «Je vais toujours me souvenir quand j’ai traversé le tunnel pour me rendre sur le terrain du Stade municipal. Je me suis dit que j’allais rejouer ici. C’est par la suite que les Capitales m’ont offert un contrat.

«En évoluant à Québec, je n’aurais pas pu avoir une plus belle fin de carrière. Mon père, qui ne m’avait jamais vu jouer chez les pros, a passé son été au stade. C’était mon héros... et un passionné de baseball. Il a capoté. Ç’a été son plus bel été, je pense. Ma conjointe avec mon petit garçon et les membres de ma famille sont aussi venus me voir. Mes deux années à Québec ont été mes plus belles années dans le baseball.»

L’ex-baseballeur dit qu’il est fier de sa carrière. Mais même s’il ne vit pas dans le passé, il ressent toujours une certaine déception de ne pas avoir réussi à aller plus loin, de ne pas avoir réalisé son rêve et de s’être retrouvé à 29 ans avec juste un secondaire cinq. «J’imagine que pour mon chum Dominic Therrien, qui avait toujours des clauses d’études payées dans ses contrats et qui est aujourd’hui avocat, la déception est moins grande. Si c’était à recommencer, je referais peut-être les choses autrement au niveau de mes études.

«Je garde cependant de beaux souvenirs de ma carrière. Elle m’a permis d’apprendre l’anglais, de voyager partout aux États-Unis, au Mexique et en France, de me faire plein d’amis et de côtoyer de grands athlètes comme Greg Maddux, Tom Glavine, Steve Avery et Deion Sanders. Le baseball m’a aussi permis de sortir de ma coquille. J’étais un petit gars gêné. Mais le fait de performer m’a permis de prendre de l’assurance.»

Dix-huit ans après avoir arrêté de jouer, Martineau demeure passionné de baseball. «Tu ne peux pas mettre de côté une passion aussi forte. À 72 ans, mon père se lançait encore la balle avec moi. Et je ferai probablement comme lui.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q Fait marquant

R Mon match sans point ni coup sûr avec les Braves d’Idaho Falls dans la Ligue Pioneer contre les Brewers (1993) à Helena. On jouait dans un vieux stade comme celui de Québec, l’ambiance était super et j’étais en plein contrôle. Aussi quand j’ai été joueur du mois de l’organisation des Braves d’Atlanta.

Q Ce dont tu t’ennuies le plus

R De finir des matchs. À cause de toute l’adrénaline que ça apporte. Arriver en neuvième manche, te réchauffer et de jogger jusqu’au monticule. Ça, c’est un trip. À ce moment-là, il n’y a rien qui pouvait me sortir de ma bulle

Q Personne t’ayant causé la plus forte impression

R Greg Maddux. Alors que je faisais un échauffement avec un élastique, il est venu me corriger par deux fois. Il m’a aussi dit qu’il m’avait vu lancer et de continuer mon beau travail. Aussi Paul Runge, un coach qui m’avait dit que j’avais un bras d’un million. 

Q Entraîneurs qui t’ont le plus marqué

R Brian Snitker des Braves. C’était un gars enjoué sur le terrain. Mais celui qui m’a donné le plus solide coup de main c’est Eddie Watt. Quand je suis arrivé dans l’organisation des Braves, je ne parlais pas anglais. Il m’a pris sous son aile et il m’a beaucoup aidé.

Q Dans 10 ans

R Je me vois encore prendre part aux matchs des anciens organisés par les Capitales. Et si jamais je suis grand-père, que j’ai des petits-fils qu’ils ont la piqûre pour le baseball, c’est certain que je vais les aider dans leur développement. J’aurai peut-être aussi à m’occuper de la carrière de mon plus jeune. Il va avoir 19 ans à ce moment-là. Il faudra peut-être que je me serve de mes contacts pour lui ouvrir des portes.

Q Défi

Rendre ma famille heureuse. Je suis rendu là. Mes quatre enfants (deux gars et deux filles) sont très importants pour moi. Je veux les garder proches de moi.