Jean Pascal devait remonter dans le ring en juin, face à Marcus Browne ou Badou Jack, qu’il a battu en décembre dernier. Son clan n’a aucune idée du moment où ce combat aura maintenant lieu.

La pause forcée aura des conséquences sur les boxeurs d’ici

Le monde de la boxe n’est pas épargné par la pandémie de la COVID-19. Chaque semaine, de nouveaux galas et combats de championnat du monde sont repoussés. Mais chaque boxeur n’en subira pas les contrecoups de la même façon.

«Attention : on n’est pas à plaindre. Nous sommes conscients que bien des gens souffrent davantage de cette situation que le monde de la boxe, précise Stéphan Larouche, qui n’a pas connu pareille interruption depuis le 11-Septembre. Mais encore là, après quelques semaines tout était rentré dans l’ordre.»

Pour Larouche, qui entraîne notamment le champion du monde Jean Pascal, l’impact sera différent selon l’âge et l’étape dans la carrière de chaque boxeur.

«Il y a trois types d’évaluations, explique-t-il. Tu as le boxeur débutant, qui a besoin de beaucoup d’activités dans ses deux premières années. Lui, il perd son momentum, mais en théorie il est jeune et il va pouvoir se reprendre.

«Tu as le boxeur qui est plus avancé dans sa carrière, qui veut sa chance en championnat du monde et qui est sur le point de l’obtenir. Lui va devoir repousser ça. Ce n’est que partie remise pour lui aussi, mais c’est plus difficile pour ce type de boxeur.

«Finalement, tu as le boxeur qui est champion du monde et qui défend son titre, ou qui est en fin de carrière. Pour lui, ce sont des mois extrêmement exigeants, au cours desquels il doit reconsidérer chacun des mois en fonction de ce qui va suivre, de ce qui peut arriver. Par exemple, un gars comme Jean Pascal.»

Marc Ramsay, entraîneur du double champion des mi-lourds Artur Beterbiev et qui a déjà entraîné Pascal, abonde dans le même sens.

«C’est très variable d’un individu à l’autre, selon où ils se trouvent dans leur carrière et de leur âge. On parle d’un gars comme (Arslanbek) Makhmudov : oui, il est en début de carrière, mais il a déjà 30 ans. On venait de signer une entente qui me donnait les outils pour le faire progresser rapidement, ça aura un impact. On n’a pas des années à perdre dans son cas.

«Pour des vétérans, c’est assez catastrophique. Je regarde un gars comme Jean Pascal, il doit y avoir une certaine urgence dans son cas. Tu ne veux pas étirer trop l’élastique.»

«Je trouverais ça égoïste de ma part de penser à ma boxe présentement, laisse tomber Pascal en début d’entretien. J’ai été chanceux ces dernières années en étant très actif. (...) C’est certain que je ne rajeunis pas, mais cet arrêt ne durera pas assez longtemps pour affecter ma carrière.»

Beterbiev, qui devait mettre en jeu ses ceintures du World Boxing Council et de l’International Boxing Federation face à Fenlong Meng, le 28 mars à Québec, prend quant à lui les choses avec philosophie.

«Il n’y a rien que je puisse faire, alors je dois être patient et tenter de faire quelque chose de constructif malgré tout. Je dois attendre comme tout le monde. L’entraînement est différent : avec tous les gyms fermés, je fais du jogging ou du shadow boxing à l’extérieur. On n’y peut rien.»

«Le 14 mars, je devais disputer un combat de championnat NABF, a pour sa part indiqué le super-moyen de Québec Lexson Mathieu la semaine dernière. Je suis prêt à faire le saut vers ces combats, vers des combats de championnat du monde même... si le gouvernement le permet cette année! Disons que cette interruption retarde mes plans.»

«Il y a le facteur temps, poursuit Ramsay. Si ça ne dure qu’un mois ou deux, ce n’est pas grand-chose et c’est correct. Un gars comme Artur, ce qui est dommage, c’est qu’on a fait un camp complet et qu’on arrive au bout sans qu’il ne touche sa paie. Mais d’un point de vue boxe, performance, il y a de ces gars qui n’ont pas eu beaucoup de congés ces dernières années : ça va leur permettre de se remettre de leurs petits bobos.»

Activités décalées

Selon Larouche, il y a fort à parier également que les activités de la boxe seront décalées : quand les activités reprendront, les combats reportés auront préséances sur les combats prévus plus tard dans l’été et cet automne et ceux-ci seront aussi déplacés.

«Tous ceux qui devaient se battre en mars, ça va être repoussé au retour des activités et tous les autres seront décalés, estime-t-il. Ils vont y aller par priorité. (Dans le cas de Jean Pascal), on se doutait que ça allait être remis, alors on était prêt. L’an dernier, (pour le combat contre Marcus Browne) on parlait de mai. Ça avait été reporté à juin, ensuite en juillet, pour qu’on se batte finalement en août.»

Pascal devait remonter dans le ring en juin, face à Browne ou Badou Jack, qu’il a battu en décembre dernier. Son clan n’a aucune idée du moment où ce combat aura maintenant lieu.

«Jean Pascal a battu trois fois des gars de Al Haymon : Ahmed Elbiali, Browne et Jack. Les trois fois, ils ont tenté d’étirer la sauce en repoussant les combats pour nous obliger à avoir une longue préparation. Pour Jean, en quelque part, c’est du déjà vu pour lui. Pas le virus, mais les reports de dates. En théorie, on se battait en juin, c’est de moins en moins probable. Pour un gars qui veut se battre deux fois par année, les fenêtres se referment tranquillement. Il sera toutefois prêt à remettre la machine en marche rapidement.»

«C’est certain que c’est dommage, mais il y a des choses beaucoup plus importantes présentement», conclut Pascal.