Même si la NFL est accusée depuis quelques années de négliger la santé de ses joueurs, elle déploie pourtant un protocole très complexe afin d’intervenir le plus rapidement possible auprès des joueurs. Ce protocole a probablement sauvé l’ailier rapproché Zach Miller, qui aurait pu perdre sa jambe gauche en octobre dernier lors d’un match à La Nouvelle-Orléans.

La NFL soucieuse de la santé de ses joueurs

MINNEAPOLIS — Ceux qui pensent que les livres de jeux et la planification des matchs sont complexes dans la NFL devraient jeter un coup d’œil aux mesures qui seront déployées en fin de semaine pour assurer la santé des joueurs pendant le Super Bowl, la grand-messe du football.

La Ligue en a donné un exemple il y a quelques jours au stade US Bank de Minneapolis, où s’affronteront les Patriots de la Nouvelle-Angleterre et les Eagles de Philadelphie dimanche. De la cabine du guetteur dans les hauteurs du stade jusqu’aux salles d’examen, vestiaires et installations ambulancières dans ses entrailles, en passant par la tente bleue sur les lignes de côté, des dizaines de personnes contribuent aux protocoles de santé et de sécurité.

Qu’il s’agisse de médecins spécialisés en traumatismes neurologiques, de soigneurs, de techniciens spécialisés en données, de conducteurs d’ambulances ou de personnel d’urgence, une trentaine d’employés médicaux seront déployés. Même l’arbitre sera mis à contribution.

La NFL est critiquée depuis plusieurs années pour son manque d’intérêt envers la santé de ses joueurs, et elle y accorde dorénavant une grande importance. Nouveauté la saison dernière : tous les employés médicaux assignés à un match se rencontrent une heure avant le botté d’envoi.

Ce groupe épluche le plan d’action d’urgence, qui explique en détail qui fait quoi lors de pratiquement n’importe quelle blessure ou situation d’urgence. Le document est si détaillé qu’on y retrouve même des gestes du bras ou de la main pour guider tous les intervenants.

«L’effort de collaboration entre les équipes est exemplaire... sans failles», assure le soigneur en chef des Vikings du Minnesota, Eric Sugarman.

La pertinence de la rencontre d’avant-match d’une heure est devenue évidente lors d’un match de la huitième semaine à La Nouvelle-Orléans quand l’ailier rapproché Zach Miller (Chicago) s’est disloqué le genou gauche, sectionnant du même coup l’artère qui alimente en sang tout le bas de sa jambe. Il aurait pu perdre le membre sans l’intervention rapide du personnel médical bien entraîné.

«C’est le genre de situation pour laquelle on se pratique», a dit le Dr Allen Sills, directeur médical de la NFL. «Elles sont incroyablement rares, mais on veut être prêts.»

Rôle crucial

Le stade US Bank, comme tous les autres de la ligue, est équipé d’une «salle tranquille» spéciale réservée à l’évaluation des commotions cérébrales. Les entraîneurs, dirigeants et propriétaires des équipes y sont interdits d’accès, tout comme dans la tente bleue à quelques mètres des lignes de côté.

Le rôle des guetteurs, qui doivent repérer d’éventuelles commotions cérébrales, est maintenant plus crucial que jamais. Il y aura donc quatre spécialistes indépendants des traumatismes neurologiques au Super Bowl, alors qu’on en retrouve habituellement un de chaque côté du terrain.

Ces postes sont habituellement confiés à des soigneurs qui doivent repérer, des airs, les blessures à la tête des joueurs. Ils sont jumelés à des techniciens vidéo qui regardent le match à la télévision et identifient les jeux qui causent des blessures, même s’ils ne sont pas toujours faciles à repérer.

Un guetteur peut communiquer avec le personnel médical le long des lignes de côté. S’il y a lieu d’interrompre le match pour déplacer un joueur blessé hors du terrain, il en a le pouvoir et n’a qu’à crier «Temps d’arrêt médical» dans son micro. Selon le Dr Sills, cela s’est produit huit ou dix fois au cours de la dernière saison.

Sugarman salue la technologie qui rend tout ça possible. «Des gens comme moi auraient pu regarder ça de travers. Big Brother qui regarde par-dessus ton épaule. Mais on ne pourrait pas s’en passer. On ne peut pas tout voir. C’est très rassurant d’avoir une telle protection», admet-il en souriant. 

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PROTOCOLE PRÉCIS ET PENSÉ

Le Dr Allen Sills se hérisse quand il entend que la NFL ne fait pas assez pour combattre les blessures à la tête. Debout dans la salle à rayons X du stade où se décidera le Super Bowl, le directeur médical de la NFL défend vigoureusement la politique du circuit concernant les commotions cérébrales. «J’aime dire que ça n’a pas été écrit au dos d’une enveloppe dans un ascenseur. Ça implique une grande quantité de planification, d’étude, de préparation, d’opinions d’experts. Et honnêtement, je trouve ça très insultant d’entendre les gens dire  : “Le protocole de commotions cérébrales est une vraie farce.” Parce que c’est un document scientifique très rare. Aucun protocole n’est parfait. Aucun protocole ne prévoit chaque scénario médical, et c’est pourquoi il faut continuer à l’améliorer. Mais nous sommes incroyablement dévoués à le rendre aussi bon que possible.»