Jonathan Goulet a décidé de s’attaquer à la route. Du 29 février au 13 novembre, il parcourra à la marche la distance séparant Montréal de St. John’s, à Terre-Neuve. Un total de 4000 km de marche (et quelques km en traversier) en 258 jours pour celui qui souhaite sensibiliser les gens à la prévention du suicide et aux bienfaits de l’entraînement physique sur la santé mentale.
Jonathan Goulet a décidé de s’attaquer à la route. Du 29 février au 13 novembre, il parcourra à la marche la distance séparant Montréal de St. John’s, à Terre-Neuve. Un total de 4000 km de marche (et quelques km en traversier) en 258 jours pour celui qui souhaite sensibiliser les gens à la prévention du suicide et aux bienfaits de l’entraînement physique sur la santé mentale.

La grande odyssée de Jonathan Goulet, le «Road Warrior» [VIDÉO]

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
Surnommé le «Road Warrior» à l’époque où il combattait dans la prestigieuse Ultimate Fighting Championship (UFC), le Victoriavillois Jonathan Goulet a décidé cette année de s’attaquer à la route. Littéralement. Du 29 février au 13 novembre, il parcourra à la marche la distance séparant Montréal de St. John’s, à Terre-Neuve. Un total de 4000 km de marche (et quelques km en traversier) en 258 jours pour celui qui souhaite sensibiliser les gens à la prévention du suicide et aux bienfaits de l’entraînement physique sur la santé mentale.

Pour l’athlète de 40 ans maintenant établi à Montréal, il était devenu impératif de faire quelque chose pour cette cause. D’abord, il a souffert la perte de son meilleur ami, qui s’est enlevé la vie l’an dernier. «Je me rappelle avoir lu son message Facebook et lui avoir répondu que j’étais occupé et que j’allais lui répondre plus tard... Il est décédé avant que j’aie pu lui répondre. Je me suis promis que ça n’allait plus jamais arriver...», raconte avec émotion le solide gaillard qui est passé à un doigt de commettre l’irréparable lui aussi après sa carrière dans le domaine des arts martiaux mixtes.

«Je croyais devenir millionnaire comme Georges Saint-Pierre et ce n’est pas arrivé. Je n’avais pas de secondaire 5, j’ai essayé plusieurs emplois et à un moment donné j’ai sombré... Je me suis retrouvé en haut d’une grue, les pieds dans le vide, et j’étais prêt à me jeter en bas», raconte-t-il. C’est une pensée pour sa fille, aujourd’hui âgée de 20 ans, qui l’a incité à reconsidérer sa décision. «Mon père est mort à 34 ans d’un cancer généralisé et je le pleure encore aujourd’hui... J’avais le même âge que lui à sa mort, j’ai pensé à ma fille et je me suis dit que je ne voulais pas qu’elle vive ce que j’ai vécu. Alors j’ai fini ma bière, je l’ai mise dans mon sac et je suis descendu... de la bonne façon, par les escaliers.»

Retour au sport

Les événements qui ont suivi ont fait que celui qui avait cessé l’entraînement depuis son dernier combat en novembre 2010 s’est finalement rapproché à nouveau du sport qui l’a fait connaître. «Je ne faisais plus du tout d’activité physique : je jouais aux jeux vidéos, je buvais de la bière et je travaillais 80 heures par semaine dans le domaine de l’aéronautique. Je faisais des heures supplémentaires, je travaillais tout le temps! J’essayais d’oublier la tristesse de ma carrière en arts martiaux mixtes dont je pensais à l’époque qu’elle avait été un échec alors que ce n’était pas le cas.»

C’est en 2016 que Jonathan a finalement repris l’entraînement au jiu-jitsu brésilien. «Après une peine d’amour!», précise celui qui avoue avoir vécu des épisodes de dépression depuis l’âge de 10 ans. «J’ai remarqué que quand je m’entraînais, j’avais toujours un sourire sur le visage, je voyais le bien que ça faisait à mon corps et à mon esprit.»

Un an plus tard, il devenait entraîneur au gymnase Tristar et il transmet depuis ce temps son savoir à ses élèves, qui ne sont pour la plupart pas de aspirants à une carrière dans les arts martiaux mixtes, mais plutôt des gens ordinaires à qui il aime apprendre à se défendre et à ne jamais arrêter de bouger.

Route des guerriers

Mais cette année, qui marquera dix ans après la fin de sa carrière professionnelle de combattant, Jonathan voulait pousser la machine un peu plus loin. «L’an dernier, je suis allé au mont Sainte-Anne et j’ai trouvé les paysages et la nature tellement beaux. J’ai aussi rencontré l’instructeur de survie Mathieu Hébert qui m’a enseigné comment survivre en nature. Ensuite, j’ai fait un road trip vers Vancouver avec ma fille et j’enseignais les arts martiaux mixtes à chaque arrêt que l’on faisait», raconte-t-il.

Toutes ces expériences ont jeté les bases de ce qu’il appelle maintenant «La Route des Guerriers». «Je partirai de l’île Sainte-Hélène le 29 février pour arriver à St. John’s le 13 novembre, 10 ans après mon dernier combat. Je m’entraîne présentement à faire 20 km par jour à la marche et c’est le rythme que j’aimerais maintenir durant mon défi. J’enseignerai aussi les arts martiaux mixtes aux endroits où je m’arrêterai. Les gens pourront suivre ma progression sur mon site lrdg.ca», poursuit celui qui aimerait aussi associer sa démarche à des commanditaires et à un organisme de prévention du suicide. «Il y a trois suicides par jour au Québec et c’est beaucoup trop. Je veux contribuer à faire diminuer cette statistique.»

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UNE CONJOINTE COMPRÉHENSIVE

Alors qu’il se prépare à passer la majeure partie de l’année dans son odyssée à pied vers St. John’s, Jonathan Goulet est heureux d’avoir un employeur et une conjointe compréhensifs.

L’employeur, c’est lui-même. À titre d’entraîneur d’arts martiaux mixtes, Jonathan est son propre patron. Il entend d’ailleurs dispenser des formations au rythme de ses arrêts dans différentes communautés. 

Quant à sa conjointe Marie Parent, qui réside à Québec, elle sait composer avec l’éloignement puisqu’elle est militaire au sein des Forces canadiennes à Valcartier.

«Je reviens de deux missions : une au Koweït et une autre au Liban... Je comprends ce que c’est, j’ai déjà vécu l’éloignement à cause de mes missions et je suis capable de composer avec ça», explique-t-elle. «Avec le projet de Jonathan, je pense cependant que je vais être capable d’accumuler des “air-lousses” pour ma prochaine mission», ajoute-t-elle, sourire en coin. Ian Bussières