Les deux atouts de Mbappé (à droite) : son incroyable vitesse et son aisance dans le drible.

La fusée Mbappé

BONDY — Son beau sourire à la une des plus grands magazines de la planète, des comparaisons avec rien moins que le «Roi» Pelé, autre talent précoce au destin exceptionnel, et même un édito du prestigieux «New Yorker», ébouriffé par ce jeune homme si «rapide». La fusée Mbappé a décollé en Russie et elle peut encore aller loin si la France vient à bout de la Belgique mardi (14h), en demi-finale.

Le message sur la fresque déployée par Nike sur le Stade de France ne manque pas d’humour : «1998 a été une année formidable pour le football français. Kylian Mbappé est né.» Il n’y a donc pas eu que le 12 juillet 1998 et la victoire de 3-0 contre le Brésil en finale de la Coupe du monde...

Cent soixante et un jours plus tard, à 10 kilomètres de là, à Bondy, le jeune Kylian voyait le jour. Déterminé à suivre l’exemple de Jirès Kembo, son frère adoptif devenu pro à Rennes après avoir commencé dans cette banlieue parisienne d’un peu plus de 53 000 habitants, Kylian tape ses premiers ballons à l’âge de quatre ans.

Quinze ans plus tard — de l’AS de Monaco à une demi-finale contre la Belgique en Coupe du monde en passant par un transfert record de 180 millions d’euros (un peu plus de 175 millions $CAN) au Paris Saint-Germain —, l’incroyable trajectoire de Mbappé fait rêver... De quoi ravir Athmane Airouche, le président du club de foot de Bondy.

Couvé par papa et maman

«L’exemple de Kylian fait que tous les petits se voient en lui. C’est le joueur le plus fort qu’on a sorti de Bondy, mais on en a sorti pas mal : plus de 30 professionnels! On travaille donc vraiment sur la formation. Les conseils que Kylian a eus, les petits les ont aussi. On ne fait pas de différences entre un bon et un joueur moyen.

«L’essentiel, c’est qu’on leur explique que si le foot c’est bien, les études c’est mieux. La chance qu’on a, comparé aux parents, c’est que nous on tient les petits avec leur plaisir. Cela veut dire que si à l’école ça ne va pas, au foot ça ne joue pas.»

«Kylian a très vite été identifié dans le milieu local. Sur des matchs de critérium, des tournois, c’était un peu la “starlette” locale. C’est un garçon qui n’a jamais été anonyme, ou un joueur parmi les autres», explique Ilyes Ramdani, ancien joueur dans les catégories de jeunes d’Aubervilliers qui l’a croisé sur les terrains franciliens, avant de devenir journaliste pour Eurosport et le Bondy Blog.

«Physiquement, il était beaucoup plus frêle, fluet, mais en terme de jeu il avait les mêmes choses, c’est-à-dire créativité, prise de risque, et capacité exceptionnelle en un contre un que je n’ai jamais revu de mes yeux. Il a progressé, c’est évident, mais tu as l’impression que c’est le même garçon aujourd’hui.»

Couvé par deux parents très impliqués dans le milieu sportif et associatif de la ville —Wilfried, le papa entraîneur et directeur sportif de l’AS Bondy, et Fayza, la maman ancienne joueuse de handball —, Kylian Mbappé a bénéficié de l’expertise familiale pour franchir les paliers un par un.

«Il veut qu’on devienne comme son fils. C’est-à-dire qu’on réussisse dans notre vie. Par exemple, il nous dit : “Continue, entraîne-toi dur, lâche pas”. Il nous montre comment mieux jouer en match, être plus efficace. C’est un très bon coach!» raconte Chakib, qui a évolué l’an dernier avec les moins de 15 ans de l’AS Bondy sous les ordres de... Wilfried Mbappé.

«Joueur, c’était extraordinaire... C’était un milieu de terrain, no 10. Il était très fort... Comme entraîneur, il est très dur, même envers ses amis», complète Athmane Airouche, qui a joué à la fois sous ses ordres et avec lui au niveau régional. Le secret de la réussite?

À 37 km/h!

Les deux atouts de Mbappé : son incroyable vitesse et son aisance dans le drible comme en témoigne le huitième de finale du 30 juin, où il a volé la vedette à Lionel Messi et fait la une de la presse sportive mondiale contre l’Argentine (4-3). Sa folle chevauchée de 70 mètres contre les Argentins — il a atteint la vitesse de 37 km/h! — a été à l’origine du penalty transformé par Antoine Griezmann pour ouvrir le score. Puis il a inscrit un doublé pour devenir à 19 ans et 6 mois le plus jeune joueur à réussir deux buts dans un match du Mondial depuis 1958 et un certain Pelé (17 ans et 8 mois).

Ce doublé retentissant lui a valu les comparaisons les plus flatteuses. mais Kylian Mbappé n’a que 19 ans et le chemin qui lui reste à parcourir pour devenir une superstar globale à l’égal de Cristiano Ronaldo, Lionel Messi ou Neymar est encore long. Sur les réseaux sociaux, il n’y a même pas de comparaison possible. Rien que sur Instagram, Ronaldo touche 133 millions des abonnés, suivi de Neymar (98,4 millions) et de Messi (96,3 millions)... pour seulement 10,2 millions pour Mbappé.

C’est la dure loi des superstars : devoir toujours faire plus, prouver, confirmer, durer... «J’ai voulu être en haut de l’affiche», disait Mbappé au magazine Paris Match avant le Mondial. «Un vestiaire de stars, un club ultra-médiatisé... Il faut assumer, mais j’ai choisi cette vie.»

Pour l’instant, il laisse bouche bée ses coéquipiers, même Paul Pogba. «Il a beaucoup plus de talent que moi. Ça n’a rien à voir. Je n’ai jamais eu son talent, sa vitesse, non! Et ça va être encore plus!» s’est enthousiasmé le grand milieu de terrain, pourtant pas forcément connu pour sa modestie. «Il a 19 ans et demi», rappelle Guy Stéphan, le bras droit de Didier Deschamps, sélectionneur de l’équipe de France. «Il s’est passé beaucoup de choses et il est toujours debout». Oui, Mbappé est bien debout. Et la planète foot s’incline devant la pépite de Bondy.