Ce n'est pas une baisse de production qui pousse Éric Chouinard vers la retraite à 36 ans, lui qui vient de connaître sa meilleure saison en Ligue Magnus, avec 23 buts et 34 passes en 44 matchs.

La fin pour Éric Chouinard?

Au terme d'une fructueuse carrière de 17 ans, Éric Chouinard envisage sérieusement de prendre sa retraite du hockey professionnel. Chose certaine, il a disputé sa dernière saison complète en Europe.
S'il devait poursuivre, celui qui était jusqu'à récemment capitaine des Brûleurs de Loups de Grenoble ne jouerait que «les matchs qui comptent», en fin de saison. En attendant de trouver sa nouvelle voie dans le hockey.
De retour à Québec au lendemain d'une conquête «très spéciale» de la Coupe de France, l'attaquant de 36 ans explique faire tranquillement la transition vers le deuxième chapitre d'une carrière qu'il espère poursuivre dans le hockey. Cette réflexion, l'ancienne vedette des Remparts l'a amorcée d'abord et avant tout afin de faciliter la vie familiale. Ses enfants vieillissent et il est devenu de plus en plus difficile de les déraciner chaque année du port d'attache de Cap-Rouge.
«C'est pourquoi cette année, je suis parti seul. Ce n'est pas l'idéal et ça me porte à réfléchir. J'ai quand même fait un bon bout de chemin. Ça fait 17 ans que je joue dans le hockey pro. Alors je veux prendre le temps de revenir à la maison, de passer beaucoup de temps en famille et de réfléchir à mon avenir», a raconté Chouinard qui, après un court passage dans la LNH, a évolué en Autriche, en Suisse, en Allemagne, en Biélorussie, en Norvège et en France.
Ce qui est sûr, c'est que ce ne sont pas des performances déclinantes qui le poussent vers la retraite. À sa troisième et dernière saison à Grenoble, le doyen du club a connu sa meilleure production offensive en Ligue Magnus, avec 23 buts et 34 passes en 44 matchs, ce qui a fait de lui - et de loin - le meilleur marqueur de son équipe et le troisième du circuit, portant sa production totale à 73 buts et 79 passes en 116 matchs avec les Brûleurs de Loups. À juste titre, l'attaquant se croit encore capable d'aider une équipe la saison prochaine, mais à ses conditions.
«J'ai avisé le club que si je jouais l'an prochain, ce serait une saison écourtée. Je pourrais peut-être me joindre à une équipe en fin de saison pour un dernier push avant les séries et jouer les matchs les plus importants. C'est donc deux options pour moi : soit je prends ma retraite, et je passe à autre chose; soit je joue une deuxième moitié de saison, et je finirai probablement après ça.»
De la graine de dg
Ce qui attend Chouinard au terme de la prochaine année est toutefois moins clair. S'il est à peu près certain de ne pas vouloir suivre les traces de son père Guy dans le coaching, il ne sait pas exactement quel chapeau il aimerait porter dans le hockey et quel chemin prendre pour s'y rendre.
«Il va falloir que j'essaie certaines choses. Il va y avoir des opportunités qui vont se présenter à moi. Ça va être à moi de voir si je me plais à faire ces choses-là. À première vue, j'ai plus la personnalité d'être un directeur général. J'ai toujours eu un intérêt pour ça. Quand je suis le hockey, j'aime beaucoup regarder comment une équipe est bâtie. Ça m'a toujours attiré», a-t-il raconté, ajoutant avoir déjà quelques offres sur la table à considérer.
Ses nombreuses connaissances dans le monde du hockey junior québécois, notamment, lui seront fort utiles quand viendra le temps de déterminer la suite des choses. «J'ai plusieurs amis qui ont des jobs dans le hockey junior. Je suis en contact avec eux. Je vois ce qui se passe. Je suis les résultats, que ce soit la LNH ou le junior. Avec la technologie aujourd'hui, c'est assez facile de se communiquer», a-t-il noté, expliquant apprendre beaucoup de ses discussions avec ces hommes de hockey.
Le prochain chandail retiré des Remparts?
Éric Chouinard
Lors du retrait du chandail de Guy Chouinard en décembre, le nouvel immortel des Remparts avait milité en faveur d'un honneur similaire pour son fils Éric, qui s'est lui aussi montré dominant lors de son passage avec l'équipe, entre 1997 et 2000.
En 181 matchs, Éric Chouinard a inscrit 149 buts et 148 passes, pour un total de 297 points. «C'est hors de mon contrôle. Mais évidemment, si j'étais considéré pour ça, ce serait un bel honneur. En même temps, ce n'est pas une chose à laquelle on pense à tous les jours et qu'on veut voir absolument arriver. Si ça arrive, c'est tant mieux, et si ça n'arrive pas, la vie va continuer», a soutenu celui qui, comme son père, endossait le numéro 7.
Chouinard garde néanmoins de précieux souvenirs de cette époque et a regretté de ne pas avoir pu participer aux cérémonies du 20e anniversaire de l'équipe. «Il y a eu des soirées où je recevais des paquets de messages d'anciens Remparts, qui avaient tellement de plaisir à se réunir. Ç'a été plate de manquer ça.»
L'Europe, plus qu'un plan B
Pour y avoir évolué 12 ans, Éric Chouinard estime que les préjugés sont tenaces envers l'Europe et que même s'il s'agit d'un plan B pour certains, il s'accompagne d'une obligation de résultat.
«L'être humain en veut toujours plus et c'est correct. Mais c'est toujours bon de savoir que tu peux avoir une carrière en Europe et que c'est très bien aussi. De gagner sa vie à jouer une game, c'est bien. C'est ta passion dont tu vis à tous les jours. C'est plaisant. Mais il y a une chose que je dois dire, c'est que des joueurs ont la perception de l'Europe que ça va être facile. Le calibre de jeu en Europe peut être très relevé. À certains endroits, tu n'as pas beaucoup de joueurs étrangers dans une équipe, alors il faut que tu performes, parce que si tu ne performes pas, ils ont le doigt assez rapide sur la gâchette.»
Chouinard ne regrette pas son passage chez le CH
Éric Chouinard
Un des choix de première ronde les plus controversés de l'histoire du Canadien, Éric Chouinard en est à ses derniers milles dans le hockey professionnel, qu'il quitte sans regret, jetant même un regard positif sur son court passage de deux ans dans l'organisation montréalaise. Réclamé au 16e rang en 1998, il est arrivé chez le Tricolore au terme d'une impressionnante carrière junior, précédé d'énormes attentes. Les choses ne se sont toutefois pas passées comme il l'espérait, lui qui n'avait jusque-là jamais rencontré d'adversité.
«J'ai rencontré une période plus difficile, où je n'ai peut-être pas réagi de la bonne façon. J'étais jeune, inexpérimenté, et je n'avais peut-être pas les outils pour passer à travers ça. Quand tu regardes en arrière, tu te dis que c'est quelque chose que tu as vécu et qui t'as permis d'être plus fort mentalement. Aujourd'hui, je ne pense pas que je ne changerais rien de mon passage dans la LNH, parce que je suis une meilleure personne à cause de ces expériences-là», estime celui qui a passé le plus clair des saisons 2000-2001 et 2001-2002 avec les Citadelles de Québec, n'ayant disputé que 13 matchs avec le Tricolore.
C'est donc avec une certaine sérénité que l'attaquant de 36 ans s'apprête à accrocher ses patins, au terme d'une carrière de 17 ans chez les professionnels, dont 90 matchs dans la LNH avec le Canadien, les Flyers et le Wild. «C'est certain que l'être humain en veut toujours plus. Est-ce que j'aurai voulu jouer plus longtemps dans la Ligue nationale? Oui. Est-ce que j'aurais voulu gagner 13 championnats? C'est sûr. J'ai quand même goûté à la LNH. Il y a beaucoup de jeunes qui rêvent de jouer un match. J'ai été capable de jouer deux ans et de réaliser mon rêve. Si on m'avait dit à l'âge de 16 ans que je gagnerais ma vie pendant 17 ans comme joueur professionnel, j'aurais sauté là-dessus, alors je ne peux pas avoir de regrets et être négatif.»
Une étape européenne enrichissante
Selon Chouinard, l'ensemble des expériences vécues constitue un parcours mémorable qu'il n'échangerait pour rien au monde, jugeant notamment l'étape européenne comme extrêmement enrichissante pour sa famille et lui. «J'ai goûté à tout. J'ai goûté à la Ligue nationale. J'ai eu une belle carrière de hockey junior. Après mon bout de chemin en Amérique du Nord, je suis parti en Europe. J'ai goûté à la Russie, j'ai goûté à l'Allemagne, que j'ai beaucoup aimée, et j'ai été en mesure d'être stable dans les endroits où je suis allé jouer. Ce sont des choses le fun à vivre. Et encore aujourd'hui, je suis capable d'être performant sur la glace, ce dont je suis très fier, et de suivre les petits jeunes!»
Chez les Brûleurs de Loups de Grenoble, son statut de capitaine l'a notamment amené à conseiller l'un de ces jeunes, Alexandre Texier, 16e espoir européen en vue du prochain repêchage de la LNH, cette saison. Un rôle de grand frère qu'il l'a passionné. «Il était assis à côté de moi dans le vestiaire. Ç'a été plaisant de passer toute l'année avec le jeune. J'ai du vécu et j'ai pu le partager avec lui. C'est quelque chose que j'ai adoré faire.»