Associé à la LHJMQ depuis 37 ans, Raymond Bolduc a tiré sa révérence à la fin des séries éliminatoires du circuit Courteau.

La fin du beau tour de Raymond Bolduc

«Comme ils disent, ç’a été un beau tour!» Associé à la Ligue de hockey junior majeur du Québec depuis 37 ans, Raymond Bolduc a tiré sa révérence au terme de la finale de la Coupe du Président. À 67 ans, l’homme de hockey ayant occupé à tour de rôle les fonctions de dépisteur-chef, directeur général et préfet de discipline passe la rondelle à la nouvelle génération. Bilan de carrière, en trois périodes.

Première période : le dépisteur-chef

Né à Boischatel, Raymond Bolduc a passé ses étés d’adolescent à Saint-Tite-des-Caps. Après avoir joué jusqu’aux niveaux junior B et intermédiaire, il s’est impliqué dans le hockey mineur à titre d’entraîneur à Québec et à Beauport. Il ignorait à ce moment que son rôle de parrain d’équipes américaines au Tournoi international de hockey pee-wee lui ouvrirait la porte de la LHJMQ.

«Le Canadien Jr de Verdun avait commencé à recruter des joueurs aux États-Unis et les Olympiques de Hull voulaient en faire autant. Par l’entremise de Serge Larochelle [un ami de toujours], leur dépisteur-chef, René Young, m’avait demandé de surveiller les espoirs américains en raison de mes contacts dans la région de Detroit», raconte-t-il à propos de ses premiers pas dans le milieu.

C’était en 1981. Deux ans plus tard, le défenseur Rick Hayward, natif de l’Ohio, devenait le premier joueur du pays voisin recruté par Bolduc à se joindre aux Olympiques. Il avait aussi vendu le potentiel d’un gros défenseur nommé Cam Russell (aujourd’hui dg à Halifax) après l’avoir vu au tournoi midget de Beauport. Il se souvient aussi avoir moussé les sélections de Johnny Lorenzo et de Jeannot Ferland.

«Le dépistage, c’est un travail d’équipe. Dans chaque région, des recruteurs poussent leurs joueurs. Ça permet aussi de développer des relations. À mes débuts, Pat Burns était aussi dépisteur des Olympiques avant qu’il devienne l’entraîneur-chef qu’on a connu. Alain Vigneault a aussi été coach quand j’étais avec Hull, je l’ai embauché avec les Harfangs», note celui qui n’a pas oublié le championnat des Olympiques en 1986 avec Luc Robitaille, Guy Rouleau, Sam Lang et Pat Brisson, entre autres.

Lorsque Young devient le premier dg des Harfangs de Beauport, il amène Bolduc avec lui. Après leur première saison, il en fera son dépisteur-chef. Le repêchage de 1991 aura été l’un de ses meilleurs, avec les sélections d’Ian McIntyre, de Patrick Deraspe et de Patrice Paquin. En 1992, il recrute Jean-Yves Leroux en première ronde avant de devenir directeur général des Harfangs, un an plus tard. Le hockey l’occupe beaucoup, à ce moment, mais reste un passe-temps, puisqu’il était toujours actionnaire et vice-président aux finances chez (les camions) Mack.

Raymond Bolduc a été dg des Remparts jusqu’à l’entrée en scène de Patrick Roy, en 2003.

Deuxième période : le directeur général

Son premier geste comme dg des Harfangs sera la nomination de Jos Canale au poste d’entraîneur-chef, en 1993-1994. Il le remplacera quelques années plus tard par Vigneault. «J’ai fait de bons et de mauvais coups comme dg des Harfangs. Mon pire, ce fut d’échanger Patrick Deraspe en raison d’un conflit entre lui et Jos. J’avais effectué la transaction avant un match où il avait ensuite marqué cinq buts pour nous. Essaie donc ensuite d’expliquer aux journalistes et amateurs pourquoi on l’a échangé… Mon meilleur coup, ce fut la sélection de Simon Gagné en 1996.»

Ou plutôt ce qui a mené à celle-ci. La veille du repêchage, Jean-D. Legault l’avise que les Harfangs ne parleront pas en première ronde parce qu’il prévoit vendre son choix, ce qui était permis à l’époque.

«J’avais vu jouer Simon depuis son jeune âge, je le voulais absolument. J’ai dit à Jean-D. : “Si tu le vends, tu seras assis tout seul à la table au repêchage parce que ni moi ni les dépisteurs ne serons là.” Finalement, il ne l’avait pas fait et Simon a eu l’impact qu’on sait à Beauport et avec les Remparts», rappelle celui qui a navigué dans la houle de l’ère Jurg Staubli, ex-propriétaire suisse des Harfangs. «Une année, Alain [Vigneault] et moi, on avait payé les manteaux des joueurs de notre poche», donnera-t-il comme exemple.

Il est passé à une organisation «professionnelle» lorsque Jacques Tanguay, Michel Cadrin et Patrick Roy ont empêché le déménagement des Harfangs à Lewiston, au Maine, en faisant renaître les Remparts. Quelques semaines plus tôt, Bolduc avait rencontré Maurice Tanguay sous les gradins du vieil aréna de Rivière-du-Loup en compagnie de Mike Griffin pour lui indiquer que s’il voulait sauver le hockey junior à Québec, c’était le temps.

Avant la naissance des Remparts, il échangera Éric Bélanger et Derrick Walser à l’Océanic en retour d’un montant d’argent et d’un choix de première ronde, qui sera plus tard cédé à Laval pour Éric Chouinard. Une transaction qui fait partie de ses trois meilleures, avec celles d’Éric Dazé (contre Jamie Bird) et de Martin Moïse (en retour de Bramwell Beck).

Il sera le dg des Remparts jusqu’à l’entrée en scène de Patrick Roy, en 2003-2004. Sous son règne, Bolduc verra les Flyers de Philadelphie lui ravir Simon Gagné; il devra compenser sa perte en acquérant Mike Ribeiro; il remplacera Guy Chouinard par Éric Lavigne; et il occupera la double fonction de dg des Remparts et des Citadelles, de la Ligue américaine.

«Bobby Clarke m’avait envoyé le chandail du Match des étoiles autographié par Simon. Je l’avais remercié, mais je lui avais aussi dit qu’il avait coûté la Coupe Memorial aux Remparts. Si on avait eu Simon, on n’aurait pas transigé pour Mike, on aurait fait autre chose pour améliorer l’équipe. Mike était tout un joueur, mais à son départ, j’avais déclaré qu’il devait démêler son riz. Ç’a avait fait les manchettes à Montréal. Quelques mois plus tard, qui n’es-tu pas revenu à Québec pour jouer avec les Citadelles? Mike Ribeiro. Il n’était pas fâché, il m’avait dit : “T’as raison”.»

Sa pire décision comme dg aura été de mettre son veto au repêchage de 2001. Ses dépisteurs lui parlaient d’un petit centre de 15 ans nommé Patrice Bergeron.

«Dans le temps, j’aimais ça avoir des équipes à craindre. C’était le hockey de l’époque, je ne détestais pas les gros et les grands, surtout s’ils savaient jouer en plus. J’avais dit non pour Bergeron, je trouvais qu’on avait assez de petits joueurs. Bathurst l’a pris en cinquième ronde. L’année suivante, il était dans le midget AAA et faisait six pieds. La seule bonne affaire, c’est qu’il n’a joué qu’un an dans la LHJMQ. La morale de cette histoire, au repêchage : ce sont les dépisteurs qui prennent les décisions, ne t’en mêle pas!» rigole celui qui se reprendra quelques années plus tard avec la sélection de Marc-Édouard Vlasic.

Comme dg des Remparts et des Citadelles, ses entraîneurs devaient vivre avec les hauts et les bas de ses humeurs. «Je déteste perdre. Quand un club gagnait, l’autre perdait… Je me souviens qu’une année, les Citadelles avaient été éliminés le vendredi soir à Providence, et les Remparts le lendemain, à Moncton, tu parles d’une belle fin de semaine…  Avec du recul, j’ai eu la chance de travailler avec du monde extraordinaire, comme Jos, Alain, Guy, Éric Lavigne et Michel Therrien, et des dépisteurs comme Serge, Denys Faucher, Denis Héon et plusieurs autres.»

Le 11 juin 2003, Raymond Bolduc joignait «l’équipe» du commissaire Gilles Courteau.

Troisième période : le préfet de discipline

Copropriétaire des Remparts, Patrick Roy met fin à sa carrière active dans la LNH en 2003, et devient le deuxième directeur général de l’histoire de l’équipe. Bolduc aurait pu rester, mais il ne tenait pas à être adjoint. Un poste l’attendait plutôt à la LHJMQ.

«Dès le jour où Gilles Courteau, une personne pour qui j’ai énormément de respect, m’a repêché au ballottage, ç’a été une aventure extraordinaire. La Ligue, c’est la 19e équipe sans qui les 18 autres ne pourraient pas jouer. Si j’avais un conseil à donner, je suggèrerais à quiconque de travailler à la Ligue si la chance se présente. On comprend plus de choses lorsqu’on découvre l’autre côté de l’organisation du hockey.»

Bolduc est devenu le responsable de la sécurité avec les joueurs. «Un préfet de discipline qui gère… l’indiscipline», dit celui qui n’hésitait pas à critiquer décisions des arbitres et suspensions lorsqu’il était de l’autre bord.

«Les pires jobs, c’est commissaire, arbitre en chef et préfet. Quand la rondelle tombe en septembre, tu sais que ça va chialer. Le hockey est joué, dirigé et arbitré par des humains, il va y avoir des erreurs, ce n’est pas un jeu vidéo», dit celui qui n’a jamais été rancunier et qui pouvait reconnaître s’être trompé, à l’occasion.

Son humour — il a toujours une nouvelle blague à raconter — l’a aidé. «On discute avec des coachs, des dg, il faut être capable de détendre l’atmosphère. Les gars savent qu’il y a des décisions à prendre. On peut se parler dans la face, mais après, on tourne la page. J’ai zéro rancœur, je n’en aurai jamais non plus.»

Bolduc pense avoir fait progresser le poste qu’il a occupé jusqu’à tout récemment. «Avant moi, Maurice Filion a fait le travail avec rien, il recevait des cassettes deux jours après les gestes, on ne voyait même pas le nom et le numéro dans le dos des joueurs. Avec la technologie d’aujourd’hui et le comité en place, on a amené ça à un autre niveau. Éric [Chouinard] pourra aussi le faire progresser parce qu’il a déjà joué, il peut se placer dans la peau des joueurs.

«Éric m’a demandé de faire partie de son comité, j’ai refusé. Je ne veux pas être son ombre. Il ne faut pas vivre dans le passé, je suis rendu là, la page est tournée et j’ai pu faire mon deuil tout au long de la saison», note celui qui a aussi apprécié ses liens avec Richard Trottier (arbitre en chef). «Je suis allé partout voir du hockey dans la Ligue, mais je n’avais pas besoin d’aller souvent à Boisbriand, il avait son billet de saison là-bas. Tu peux l’écrire, il va être en maudit», glisse-t-il, amusé.

Hèlène Dufresne peut maintenant retenir son mari Raymond Bolduc sans encourir les foudres du préfet de discipline...

Prolongation : l'homme de famille

On la voyait moins souvent aux matchs, ces dernières années, mais son épouse Hélène Dufresne reste un pilier de l’équipe Bolduc. Un brin d’émotion apparaît lorsqu’il en parle.

«Dans le hockey, si tu n’as pas une conjointe autonome, c’est un divorce. Regarde autour, c’est pas mal ça, c’est l’un ou l’autre. Hélène l’a toujours été, elle s’occupait des enfants, courait à la garderie, etc. Elle aimait ça voir des matchs, surtout à la Coupe Memorial et dans la Ligue américaine, où elle en profitait pour visiter des villes qu’on connaissait moins. Elle a aimé le hockey, mais tu peux finir par te tanner. Vers la fin, elle a pogné l’écœurite...» note-t-il, emballé par leur long voyage à venir en Europe, à l’automne.

Ils sont les parents de deux garçons maintenant adultes adoptés à Haïti, Kevin et Tommy, qui auraient sûrement eu rendez-vous avec le préfet de discipline qu’il était lorsqu’ils jouaient… «Dans le temps, c’était comme ça, ils jouaient à leur manière. Il y a juste leur passage dans la Ligue nord-américaine dont je n’étais pas fervent, mais eux, ils aimaient ça.»

Bolduc a bouclé la boucle, il est revenu vivre à Boischatel. Il a conservé la compliquée confection du calendrier, mais la relève se chargera de tout le reste. «Le hockey a été bon pour moi, mais sans prétention, je pense aussi avoir donné au hockey.»

Personne n’aura besoin d’envoyer une séquence vidéo au préfet de discipline pour le confirmer!