Un petit égoportrait du champion... Lewis Hamilton ne semblait guère nerveux avant de s’élancer pour la deuxième séance d’essais libres du Grand Prix d’Australie, première épreuve de la saison 2018 de Formule 1.

La F1, toujours plus rapide et «dangereuse»

MELBOURNE — Hamilton et Vettel sur les traces de Fangio à bord de monoplaces toujours plus rapides : le scénario de la saison 2018 de Formule 1, dont le départ du premier Grand Prix sera donné dimanche (1h10, heure du Québec) à Melbourne, en Australie, est digne du spectacle à l’américaine que souhaitent ses nouveaux propriétaires.

Au volant de la F1 depuis janvier 2017, le groupe américain Liberty Media dynamise le championnat, notamment auprès du jeune public, en le faisant entrer dans l’ère du digital (accord avec Snapchat, compétition de e-sport...) et privilégiant le spectacle (démonstration dans les rues de Londres, mise en scène façon combat de boxe au GP des États-Unis...).

En 2018, Liberty  Media passe en deuxième vitesse avec le lancement d’un service de télévision à la demande ou encore des horaires de départ modifiés pour permettre aux diffuseurs de mettre en valeur la grille de départ, sa tension et ses invités de marque.

Autre première, un hymne officiel de la F1 va être joué. L’Américain Brian Tyler, son auteur, a également composé la bande originale de plusieurs épisodes de la saga hollywoodienne Rapides et dangereux. Exactement ce que Liberty Media, la Fédération internationale automobile et les spectateurs espèrent voir sur la piste pour la saison à venir.

Un pneu ultra rapide

La 69e saison de F1 va se jouer à des vitesses encore plus élevées que l’an dernier, quand des monoplaces plus larges, plus basses et plus performantes avaient permis d’améliorer le record du tour en course sur dix circuits.

Pirelli inaugure en effet le pneu le plus tendre et donc le plus rapide jamais utilisé : l’hyper-tendre rose, qui a permis à Vettel de pulvériser le record du circuit de Barcelone lors des essais de présaison (1:17,182 contre 1:18,339 pour le Brésilien Felipe Massa en 2008). Un chrono prometteur, même en tenant compte du resurfaçage du tracé catalan pendant l’hiver, qui améliore aussi les performances.

Confrontée aux reproches nourris des fans sur le manque de spectacle en course, la FIA a aussi ajouté une troisième zone de Drs (Drag Reduction System, Système de réduction de la traînée en français) où les pilotes peuvent activer leur aileron arrière, afin de tenter de provoquer plus de dépassements. Il s’agit de la première fois depuis son intronisation en 2011 que trois zones de Drs sont installées sur un circuit.

Aux rayons des nouveautés en 2018, signalons le retour le 24 juin du GP de France après 10 ans d’absence et celui d’Allemagne, qui avait été annulé en 2015 et en 2017.

Premier signal

La saison 2017 a marqué le retour de Ferrari au plus haut niveau, huit et neuf ans respectivement après ses derniers titres mondiaux chez les constructeurs et les pilotes. Mais la Scuderia, en mal de fiabilité en fin de saison, n’est pas parvenue à détrôner l’ogre Mercedes et le Britannique Lewis Hamilton a coiffé la couronne mondiale devant l’Allemand Sebastian Vettel, parfois trop nerveux.

La saison 2018 s’annonce comme la revanche de ce duel épique, avec un enjeu supplémentaire : les deux hommes peuvent désormais égaler les cinq titres mondiaux de l’Argentin Juan Manuel Fangio. L’an passé, Vettel s’était imposé en Australie, donnant le ton d’une saison où la Scuderia a longtemps cru que son pilote parviendrait à conquérir un cinquième titre.

Encore cette année, détrôner Hamilton s’annonce difficile. Depuis 2014, seul l’Allemand Nico Rosberg a pu lui résister tout au long d’une saison grâce surtout à une meilleure fiabilité et en disposant de la même voiture.

Le Britannique de 33 ans a envoyé un premier signal en réalisant le meilleur temps (1:23,931) des premiers essais libres de la saison. Sur le circuit de l’Albert Park de Melbourne, seul Max Verstappen (Red Bull) lui a tenu tête avec un meilleur chrono 127 millièmes de seconde plus lent. Bien qu’il soit encore envisageable que certaines écuries cachent leur jeu, la fenêtre d’incertitude tend sérieusement à se refermer et le quadruple champion du monde a tenu à démontrer d’entrée qu’il faudrait encore compter sur lui.

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EN BREF

Ricciardo très attendu

«Être un pilote de F1 ne me suffit plus, je veux être champion du monde», a récemment déclaré Daniel Ricciardo. À Melbourne, l’Australien de Red Bull sera très attendu, et pas seulement par ses fans. À 28 ans, l’éternel boute-en-train doit démontrer sa capacité à s’installer véritablement dans la peau d’un candidat sérieux au titre, lui dont l’avenir en fin de saison pourrait s’inscrire chez Ferrari ou Mercedes. Le natif de Perth a écopé vendredi de trois places de pénalité sur la grille de départ pour ne pas avoir respecté la limite de vitesse lorsqu’un câble s’est détaché sur la ligne de départ. La sanction est moins forte que ce que prévoit le règlement car il a admis son erreur, prétextant une mauvaise lecture de son tableau de bord, et a ralenti de manière conséquente dans les trois derniers virages. Il a par ailleurs reçu deux points de pénalité sur sa Super Licence. Si un pilote écope de 12 points de pénalité en 12 mois, il est sanctionné d’un GP de suspension, ce qui pour l’instant ne s’est jamais produit. 

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UN CHIFFRE QUI PARLE...

Les chiffres sont implacables : depuis l’adoption du moteur V6 turbo hybride début 2014, presque 80 % des Grand Prix ont été remportées par Mercedes (63 sur 79). Les écuries Red Bull et Ferrari sont les deux seules autres équipes à avoir gagné un GP avec huit victoires  chacune. On comprend mieux pourquoi Christian Horner, dont l’écurie sortait d’une période de domination quasiment aussi écrasante avant ce changement, affirme que «ces moteurs n’ont rien fait si ce n’est du mal à la F1. Malheureusement, il y a un contrat entre les constructeurs actuels et la FIA qui garantit que ce moteur sera en place jusqu’en 2020», déplore le patron de Red Bull.

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ILS ONT DIT...

«Ne cherchez pas noise à Sergio Marchionne. La Formule 1 a bien plus besoin de Ferrari que Ferrari a besoin de la Formule 1.» – Toto Wolff. Le grand patron de Mercedes prend au sérieux la menace du président de Ferrari de quitter la F1 et de former sa propre série. La Scuderia n’apprécie pas les propositions de Liberty Media, propriétaire de la F1 depuis l’an dernier, de simplifier les moteurs et de redistribuer les bourses parmi les écuries une fois que le contrat actuel viendra à échéance à la fin de 2020.

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«Il faut toujours croire en soi et je suis comme ça depuis le karting. Je n’ai jamais été de ces enfants qui se demandent : “Est-ce que ça va bien se passer?” Si tu commences  à douter de toi, à te demander si tu es assez bon, il y a peut-être une raison.» – Max Verstappen. Devenu à 18 ans le plus jeune pilote à remporter un Grand Prix de F1 (Espagne, 2016), le pilote néerlandais de Red Bull a depuis ajouté deux victoires à son palmarès. Il n’explique pas son succès précoce par sa force mentale, mais simplement par le «plaisir» qu’il prend à «conduire aussi vite que possible», a-t-il révélé dans The Guardian. «Tellement de personnes pensent que la psychologie est vraiment importante. Pour moi, ce n’est pas nécessaire. Je ne pense jamais à l’aspect mental des choses parce que je n’ai jamais eu de problème.»