Mario Götze célèbre avec Thomas Mueller après avoir marqué le but victorieux en finale de la Coupe du monde contre l’Argentine, en 2014.

La descente aux enfers de Mario Götze

BERLIN — Il avait 22 ans et le monde était à ses pieds! Mario Götze, buteur unique en finale de la Coupe du monde 2014 pour l'Allemagne contre l'Argentine, devait devenir le «Messi allemand», postuler au Ballon d'or et porter la Mannschaft pour une décennie.

Puis, bang! Il n'était même pas en Russie en juin, après quatre ans de galère entre méforme, blessure et maladie.

Rien ne peut mieux illustrer le destin de ce talent perdu que l'étonnant spot publicitaire qu'une marque d'électronique vient de lancer après l'élimination allemande au Mondial. Dans une ambiance très noire, une succession d'images rapides suggèrent un Götze au fond du trou. On entend brièvement Joachim Löw, le sélectionneur, annonçant qu'il ne l'emmène pas au Mondial.

Puis le «Petit Prince» de 2014 se transforme en combattant, revenant par son travail et sa sueur au meilleur niveau dans l'espoir de réintégrer l'équipe en 2020 pour l'Euro. «What matters more is to keep trying» (Ce qui compte le plus c'est de continuer d'essayer), dit le slogan.

Löw n'a rien dit d'autre, lorsqu'il a justifié l'absence du joueur de Dortmund dans sa sélection en mai. «Mario est lucide, il sait qu'il n'a pas livré cette saison les performances qu'il aurait lui-même voulu livrer [...] J'espère qu'il prendra un nouveau départ avec Dortmund la saison prochaine et qu'il reviendra. Ça me fait beaucoup de peine».

«Meilleur que Messi...»

«Il a déjà tant donné à l'Allemagne dans ses jeunes années. C'est pour cela qu'il est perçu par tout le monde comme un joueur particulier. Nous tous lui devons beaucoup», ajoutait le sélectionneur qui avait pourtant tout fait pour lui donner sa chance, allant jusqu'à le titulariser en équipe nationale à des périodes où il ne jouait plus en club.

Le corps de Götze l'a-t-il trahi? A-t-il cédé sous le poids des attentes placées en lui? Difficile à dire. Löw a affirmé récemment avoir regretté le mot glissé à l'oreille du jeune Mario lorsqu'il l'a fait entrer en jeu en finale du Mondial 2014 contre l'Argentine. «Montre-leur que tu es meilleur que Messi...» lui avait-il soufflé. «Avec le recul, je ne sais pas si c'était une bonne idée», dit le coach.

Surdoué, Götze est arrivé à 8 ans au Borussia Dortmund. Dans ce club, pouponnière de talents et tourné vers la formation, il révèle rapidement des capacités hors du commun. Son travail est récompensé par une première sélection en équipe nationale, en novembre 2010 : il a alors 18 ans et l'avenir lui appartient.

Pour beaucoup, le mauvais virage de sa carrière intervient en fait un an avant sa nuit de gloire à Rio de Janeiro. Fin 2013, il décide en effet de quitter Dortmund pour le Bayern Munich, le rival historique du club de la Ruhr. Il sort d'un cocon où il se sentait bien pour plonger dans les eaux froides du très haut niveau, avec un entraîneur, Pep Guardiola, plus connu pour son génie tactique que pour sa proximité avec les joueurs.

Maladie

C'est là que l'histoire dérape. Malgré sa popularité auprès du public, il ne parvient pas vraiment à s'imposer dans son nouveau club et, en 2015-2016, une blessure aux adducteurs l'écarte des terrains d'octobre à janvier.

À son retour, il n'est plus dans les plans de Guardiola, qui lui offre royalement 6 minutes de jeu dans les phases finales de Ligue des champions, où le Bayern échoue en demi-finales contre l'Atletico Madrid. À l'Euro 2016 en France, il perd sa place de titulaire après la phase de groupes.

Tête basse, mais plein de volonté, il revient à Dortmund en 2016 et Löw lui rouvre tout grand les portes de la sélection, avec l'espoir de le voir revenir à son meilleur niveau pour le Mondial. Malheureusement, son retour est gâché par des troubles du métabolisme qui le laissent hors jeu pendant sept mois.

Et cette saison, ses performances en dents de scie n'ont pas suffi à convaincre le sélectionneur.

«Je peux trébucher parfois, mais j'irai toujours de l'avant. C'est ce que vous devez faire aussi. J'espère que mon histoire vous inspirera», a écrit le joueur sur Twitter, avec un lien vers le spot qui décrit sa descente aux enfers.