«Quand le match s’est terminé, je me suis mis à pleurer comme un petit bébé. Je voyais la scène de l’extérieur et c’était l’une des plus belles choses que j’avais vues dans ma vie!» raconte Pascal Lochard, au sujet de la victoire de Laval sur Calgary en 2013.

La Coupe aux souvenirs

Pour la cinquième fois en 54 ans d’histoire du Championnat canadien du football universitaire, le match de la Coupe Vanier se tient à Québec, samedi après-midi. Le Soleil a remonté le temps en compagnie des joueurs par excellence des quatre finales tenues jusqu’ici au stade de l’Université Laval. Vivez ou revivez ces moments uniques sous un nouvel éclairage truffé de souvenirs, d’anecdotes et même de révélations!

2009 › Queens’ 33/Calgary 30

DEUXIÈME DEMIE MAGIQUE

Ce n’est pas un ni deux, mais trois matchs de fous que les Gaels ont gagnés en ce mois de novembre 2009 afin d’être couronnés champions canadiens.

La plus importante remontée en deuxième demie dans l’histoire de la Coupe Vanier, Queen’s effaçant un déficit de 25-7, a suivi des victoires in extremis de 43-39 aux dépens de Western et d’un autre super quart-arrière, Michael Faulds, puis de 33-31 contre le Rouge et Or et le non moins fantastique Benoît Groulx sur le terrain boueux de Kingston.

«Ces trois matchs font partie des moments les plus excitants de toute ma carrière», atteste celui qui a ensuite évolué une saison dans la LCF, devenant le premier quart-arrière canadien à prendre une remise pour les Argonauts de Toronto en plus de 40 ans.

Cette première présentation du match de la Coupe Vanier au Québec coïncidait avec la première visite de Brannagan au PEPS et son dernier match universitaire. «C’était l’un des endroits où, en commençant ma carrière, j’espérais un jour avoir la chance de jouer. Malgré le vent et le froid, il y avait quand même beaucoup d’amateurs [18 628] et c’était très impressionnant», se remémore-t-il.

«Très divertissant»

Le match s’est de plus avéré «très divertissant», résume Brannagan. Un euphémisme. En retard par 18 points, les Gaels ont pour ainsi dire ouvert le troisième quart avec un jeu de passe de 60 verges pour le majeur à Devan Sheahan, le fils de l’entraîneur-chef Pat Sheahan.

«Les coachs n’ont pas eu besoin de parler beaucoup, à la demie. Notre équipe était expérimentée et on était habitués aux matchs serrés. On savait qu’il fallait juste s’en tenir à ce qu’on savait faire.»

En deuxième demie, Brannagan a réussi 11 de ses 19 passes pour 221 verges de gains, dont six en sept pour 117 verges juste au quatrième quart. «J’en garde plein de bons souvenirs, mais plus de la deuxième demie que de la première... Je ne pouvais pas demander une plus belle fin de carrière universitaire. Mon seul regret est de ne pas avoir eu le temps d’explorer la ville, alors je devrai y retourner pour découvrir Québec davantage», conclut-il, comme une promesse à lui-même.

Danny Brannagan
› Quart-arrière des Gaels :  17 en 33 pour 286 verges, 3 passes de touché et 1 interception
› Aujourd’hui directeur financier chez Covalon, entreprise ontarienne d’équipement médical

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2010 › Laval 29/Calgary 2

COURIR... AVANT LE MATCH!

Sébastien Lévesque a failli ne jamais participer à cette grande finale. Il avait raté cinq des neuf matchs de la saison régulière à cause d’une blessure au genou et ne se montrait pas aussi convaincant depuis son retour au jeu. Mais pire encore : ce samedi-là, il avait oublié son orthèse pour ledit genou à la maison!

«On couchait à l’hôtel, au Concorde», se remémore-t-il, huit ans plus tard. «J’étais stressé et j’ai réalisé juste avant le match, dans le vestiaire, que j’avais oublié mon orthèse chez nous! Je suis parti la chercher, en courant en plus! J’en ai jamais parlé à personne», révèle celui qui habitait alors l’avenue Myrand, située à 1 km du PEPS.

Donc un sprint aller-retour de 2 km, soit 20 fois la longueur d’un terrain de football! Terrain où, quelques instants plus tard, le porteur de ballon du Rouge et Or allait dominer.

Avec pas moins de 30 courses, ce qui le place deuxième à ce chapitre en 53 ans d’histoire de la Coupe Vanier, pour une récolte de 168 verges. C’est-à-dire plus que les 140 verges d’attaque nette amassées cet après-midi-là par l’attaque des Dinos de Calgary.

Lévesque a aussi marqué un touché. Et quel touché! Après avoir eu besoin de l’aide du personnel médical de l’équipe pour quitter le terrain sur le troisième jeu du match, le numéro 15 avait amorcé la série suivante avec une spectaculaire chevauchée de 41 verges pour le majeur. Les locaux ouvraient le pointage et n’ont plus regardé derrière.

Un dernier jeu

«Quand je suis sorti blessé, après le troisième jeu, le physio m’a dit que ma partie était probablement finie. Je suis allé sur le vélo stationnaire, mais j’étais incapable de pédaler. Là, je me suis dit : “Je suis dans la marde! Je ne serai pas capable de finir la game!”. Je suis quand même allé voir mon coach des porteurs pour lui dire : “J’essaie un dernier jeu et arrivera ce qui arrivera”. Et on a scoré

La veille, Lévesque avait assisté aux funérailles de son grand-père paternel, en Beauce. Alors sa préparation n’était déjà pas maximale. Ce sera la seule saison parfaite de 13 victoires, et non 12, dans l’histoire du football universitaire canadien.

 Sébastien Lévesque
› Porteur de ballon du Rouge et Or : 30 courses pour 168 verges et 1 touché
› Entraîneur des unités spéciales et des porteurs de ballon des Redmen de McGill de 2015 à 2018

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2013 › Laval 25/Calgary 14

PLEURER COMME UN BÉBÉ

«Quand le match s’est terminé, je me suis mis à pleurer comme un petit bébé. Je voyais la scène de l’extérieur et c’était l’une des plus belles choses que j’avais vues dans ma vie!»

Encore l’histoire d’un porteur de ballon du Rouge et Or qui a joué le match de la Coupe Vanier sur une jambe et a malgré tout été couronné meilleur joueur de la rencontre. L’émotion est toujours aussi fraîche à la mémoire de Pascal Lochard.

Spectateur l’année précédente en finale à cause d’une sévère entorse à la cheville, Pascal Lochard s’est demandé pourquoi le mauvais sort s’acharnait quand il s’est blessé au genou en demi-finale canadienne de 2013. Il n’a su que deux jours avant la finale qu’il jouerait, dans ce qui s’avérerait son dernier match avant de passer chez les professionnels.

«J’ai joué ce match-là avec un genou en moins, dit-il. Mais je tenais absolument à jouer, on a fait tout ce qui était possible. Je m’en rappellerai toujours, parce que quand la partie a pris fin, j’ai essayé de courir sur le terrain comme tout le monde. Mais je n’étais plus capable d’utiliser mon genou! J’avais vraiment trop mal. De voir tous les gars courir partout, les coachs... C’était la frénésie, un moment vraiment unique.»

Lochard a couru pour 184 verges dans une performance d’équipe record pour un match de la Coupe Vanier, soit 449 verges au sol. Maxime Boutin, joueur par excellence de la finale de 2012 avec 253 verges, en avait cette fois-ci amassé 190.

Mais le touché de Lochard, le seul du Rouge et Or, fera la différence en brisant une quasi-égalité de 15-14 au quatrième quart. Sa course de huit verges coiffait une séquence de huit jeux et 89 verges de l’offensive menée par le quart-arrière Alex Skinner. Pour qui ce serait aussi la dernière prestation dans l’uniforme de l’UL, lui qui sera ensuite suspendu par l’équipe et quittera en 2014 au profit de Hugo Richard.

«On avait vraiment une équipe unie», atteste Lochard, qui collectionnera trois bagues de champions de la Coupe Vanier en quatre ans. «On doit toujours se rappeler qu’on est tous unis malgré nos différences. C’est ça que le Rouge et Or m’a apporté.»

 Pascal Lochard
› Porteur de ballon du Rouge et Or : 25 courses pour 184 verges et 1 touché
›  Aujourd’hui joueur dans la Ligue canadienne de football avec les Eskimos d’Edmonton

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2015 › UBC 26/Montréal 23

FAVORIS LOCAUX À 5000 KM

Fraîchement rapatrié de Penn State, le pivot natif d’Ottawa est devenu en 2015 le premier quart-arrière recrue en 49 ans à mener son équipe aux grands honneurs canadiens. Seul Terry Dolan (St. F.X.) avait accompli l’exploit avant lui, en 1966, lors du deuxième match de la Coupe Vanier.

«Ça arrive à ta première année, alors tu penses que tu peux faire ça chaque année! Mais maintenant, à ma quatrième année, je réalise trop bien à quel point c’était difficile et spécial, comment tu ne peux pas réussir ça chaque année», explique O’Connor qui, après deux défaites crève-cœur en finale de conférence en 2016 et en 2017, a vu cette année sa bande se faire surprendre dès la première ronde.

Il y a trois ans, O’Connor et ses T-Birds étaient venus faire un tour de reconnaissance à Québec en présaison, découpant au passage le Rouge et Or 41-16. Ce qui les a donc le plus surpris lors de leur retour au PEPS, c’était d’affronter une équipe du Québec, en l’occurrence les Carabins de Montréal, et de quand même avoir la foule derrière eux!

«On était très au courant de la rivalité entre Laval et Montréal, que les partisans du Rouge et Or n’aimaient pas les Carabins», convient O’Connor. «On espérait un peu avoir l’avantage du terrain même si Montréal était à 250 km et que nous, on arrivait d’un peu plus loin...» C’est-à-dire Vancouver, à 5000 km!

«C’est ce qui s’est passé! Je me souviens très bien du match, surtout la fin. On était à égalité [23-23] et on allait botter un placement [de 42 verges]. Mais la remise était ratée et Montréal a repris le ballon. On pensait qu’on venait de perdre.

«Mais deux jeux plus tard, on réussit une interception! Puis dans une dernière minute complètement folle, on avance jusqu’à réussir un placement [de 20 verges] sur le dernier jeu. C’était fou! Tellement de hauts et de bas en si peu de temps, ça ne s’oublie pas.»

Après avoir établi plusieurs records d’équipe et récolté 9990 verges de gains aériens en saison régulière sur seulement quatre ans, il reste donc admissible pour une dernière saison, O’Connor espère passer chez les pros dès le printemps prochain.

 Michael O’Connor
› Quart-arrière des Thunderbirds : 31 en 51 pour 389 v. et 1 passe de touché
› Aujourd’hui quart-arrière des Thunderbirds de l’Université de la Colombie-Britannique