La Fédération de soccer de Chine ne lésine pas en matière de sanctions. Elle tente de tente de faire des exemples afin de dissuader tout comportement déviant.

La Chine championne... des sanctions!

SHANGHAI — Longues suspensions, lourdes amendes... En Chine, la Fédération de soccer est l’une des plus impitoyables du monde lorsqu’il s’agit de sanctionner les frasques des joueurs et des entraîneurs, sur et en dehors des terrains.

Donner un coup de pied dans une bouteille d’eau sous le coup de la colère? Cela vaut 15 000 yuans (environ 2840 $CAN) et trois matchs de suspension. Porter un collier en jouant pour l’équipe de Chine? Vous serez exclu de la sélection pour 12 mois. Critiquer un arbitre? Ce sera une amende de 20 000 yuans (3790 $CAN) et une interdiction de stade pour deux rencontres...

Consciente de l’intérêt croissant dans le monde pour le football chinois, la Fédération (CFA) s’évertue à sanctionner durement des comportements qu’elle estime susceptibles de nuire à l’image du pays.

«La sévérité des suspensions est peut-être un moyen pour la CFA de renforcer son contrôle sur le football», juge Zhe, un expert du football chinois. «Et d’appliquer le proverbe chinois qui dit qu’il faut “tuer le poulet pour effrayer le singe”.» En clair : faire des exemples pour dissuader tout comportement déviant.

Les joueurs et entraîneurs étrangers, qui ont pourtant contribué à la visibilité mondiale de la Super League (première division chinoise), ne sont pas épargnés par les sanctions. Le Brésilien Oscar (ex-Chelsea), transféré en 2017 au Shanghai SIPG pour un montant record en Asie de 60 millions d’euros (89,4 millions $), a été suspendu huit matchs la saison dernière : il avait frappé le ballon en direction d’un adversaire lors d’une rencontre, provoquant une bagarre générale.

Et lorsque son coéquipier Hulk a dévoilé un t-shirt en soutien à son compatriote qu’il estimait injustement puni... il a lui-même écopé de deux matchs de suspension.

La même sanction a été imposée à Andre Villas-Boas, entraîneur du SIPG à l’époque, pour ce message publié sur Instagram et défendant Oscar : «Une carrière de 355 matchs; 5 ans en Premier League anglaise; 47 sélections pour le Brésil; 70 buts. ZERO CARTONS ROUGES!!! Et 8 matchs de suspension.»

Villas-Boas a ensuite été suspendu pour huit rencontres après avoir critiqué un arbitre. Le Portugais a passé seulement une saison en Chine, quittant le pays en novembre 2017. Les suspensions à répétition auraient été une raison majeure de son départ.

Punition douteuse

La Fédération chinoise est revenue dans l’actualité la semaine dernière, en suspendant pour six matchs Zhang Li, un joueur de Changchun Yatai, l’accusant d’avoir «perturbé le bon déroulement» d’une rencontre de championnat et entraîné «des répercussions sociales négatives».

Le footballeur était accusé d’avoir adressé une insulte raciste à l’international sénégalais du Shanghai Shenhua Demba Ba (ex-Chelsea). Une vive altercation entre les deux joueurs avait provoqué un début de bagarre générale.

Mais le communiqué de la CFA ne mentionne aucune insulte, ce qui suscite la perplexité des internautes. Pourquoi une si lourde sanction si le racisme n’est pas avéré?

Selon Ji Zhe, directeur à Londres du cabinet de marketing sportif Red Lantern, spécialisé sur la Chine, cette frénésie disciplinaire est «un signe que le règlement n’est peut-être pas aussi exhaustif qu’il devrait l’être. On a l’impression qu’ils ont une commission disciplinaire qui traite tout au cas par cas et impose ses sanctions selon leurs caprices.»