Philipp Kurashev était tout sourire au moment de poser avec sa mère Elena et son père Konstantin près du vestiaire des Remparts.

Kurashev, tombé dans la marmite du hockey

Avec un père et un oncle entraîneurs, Philipp Kurashev était prédestiné à devenir joueur de hockey. Plus que jamais cette saison, le talentueux Suisse de 17 ans s'approche de son but : les rangs professionnels. Pour y parvenir, le meilleur marqueur des Remparts en 2016-2017 sait qu'il devra encore élever son jeu d'un cran. Rencontre avec un jeune homme déterminé à réussir, malgré le poids des attentes.
Sous un ton posé et un air réservé, Philipp Kurashev cache un esprit vif et une personnalité attachante. Parlant couramment le russe, l'allemand, l'anglais et le français, c'est toutefois sur la glace que le prolifique attaquant des Remparts s'exprime le mieux. Et pour cause!
Tombé dans la marmite du hockey dès sa plus tendre enfance, le jeune Kurashev, qui fêtera ses 18 ans le 12 octobre, ne pouvait que suivre les traces de son père Konstantin et de son oncle maternel, Sergei Zvyagin. Cet ancien gardien de but a évolué dans diverses ligues professionnelles en Amérique du Nord - il a notamment joué au Colisée dans les années 90 lorsqu'il défendait les couleurs de Michigan et San Antonio dans la Ligue internationale - et en Russie, avant de devenir entraîneur des gardiens de but, fonction qu'il occupe chez le Metallurg de Magnitogorsk (KHL), avec qui il a remporté une Coupe Gagarin, en 2016.
Quant au paternel Konstantin, il a connu une longue carrière de joueur comme défenseur dans la Ligue soviétique, avant de conclure son parcours professionnel en Autriche, en 1997. Il est ensuite devenu entraîneur à Davos, où Philipp est né deux ans plus tard, puis à Berne. Depuis cette époque, il a tenu la barre de plusieurs équipes juniors ou professionnels en Suisse, avant de faire le saut cette saison dans la KHL, où il vient juste de quitter un poste d'entraîneur adjoint chez le HK Sotchi.
En russe à la maison
«Mes parents sont tous les deux nés en Russie. Tous mes grands-parents sont russes. C'est parce que mon père travaillait en Suisse que je suis né là. Auparavant, il avait joué la majorité de sa carrière en Russie. À la maison, tout s'est toujours passé en russe. Quand j'ai commencé à fréquenter l'école en Suisse, j'ai appris l'allemand. Nous avions aussi des cours de français», confirme le numéro 96, qui détient la nationalité suisse et russe.
Du plus loin qu'il se souvienne, Philipp a hanté les patinoires de son patelin. Quand il ne suivait pas son père à l'aréna pour assister aux entraînements de son club, il évoluait avec les formations d'élite de sa région - il a participé au tournoi de hockey pee-wee de Québec et rejoint, plus tard, la programme national suisse (2014-2015) - ou pratiquait sur une glace extérieure, où il s'amusait à tenter d'imiter les feintes de ses idoles, particulièrement Pavel Datsyuk et Alexander Ovechkin.
«J'aimais regarder jouer ces gars-là, Datsyuk, Ovechkin, Malkin... Mes amis et moi, on regardait des vidéos de faits saillants sur YouTube et après on essayait de faire la même chose. À Berne, on pratiquait sur une patinoire, qui n'avait de toit, mais on jouait nos matchs dans un gros aréna», raconte-t-il.
C'est d'ailleurs à Berne, où il a joué jusqu'à l'âge de 16 ans, que l'attaquant s'est lié d'amitié avec un talentueux coéquipier, Nico Hischier, qu'il allait retrouver deux saisons plus tard, dans la LHJMQ. «J'ai joué une saison avec lui. Après avoir joué ensemble, nous sommes devenus de très bons amis. C'est un très bon gars. Je regardais le repêchage, lorsqu'il est sorti au tout premier rang, en juin, et j'étais très heureux pour lui», poursuit Kurashev au sujet de l'attaquant étoile des Mooseheads d'Halifax sélectionné par les Devils du New Jersey.
Maman... et agente! 
Le hockey prenant toute la place, Kurashev s'est très peu investi dans d'autres sports lorsqu'il était plus jeune, même s'il lui arrivait d'en pratiquer occasionnellement. «C'était le seul sport que je pratiquais sérieusement, dans une équipe. Avec mes amis, il m'arrivait de jouer au soccer ou au tennis, à l'extérieur, mais j'ai toujours seulement voulu jouer au hockey», admet celui qui relaxe en regardant la télé, en jouant aux cartes ou aux jeux vidéo.
Philipp Kurashev vit à Québec avec sa mère Elena, dont les talents «d'agente» ont permis au Suisse de se retrouver avec les Remparts.
Il n'a pas non plus vécu l'expérience, comme plusieurs autres joueurs dans sa situation, de vouloir imiter son père en devenant défenseur - «J'ai toujours voulu être attaquant.» - ou d'être dirigé par lui, même s'il lui prodigue ses conseils. À l'époque, il travaillait toujours avec des professionnels ou des joueurs plus vieux que moi. Mon père m'a tout de même toujours appuyé. Et ma mère était celle qui me conduisait toujours à la patinoire, parce que mon père était toujours occupé avec son équipe», explique-t-il en rendant un hommage mérité à sa mère Elena.
Elle-même une ancienne athlète, elle n'a jamais compté les heures investies à accompagner Philipp dans les arénas. Sa passion, l'ancienne patineuse artistique (et sprinteuse) l'a plutôt transmise à l'aînée de ses deux enfants, sa fille Christina.
«Nous aimons tous le sport, dans ma famille. Nous sommes une famille sportive. Ma mère était également très sportive. Elle a fait du patinage artistique. Christina, qui est deux ans plus vieille que moi, a elle aussi pratiqué le patinage artistique à un assez haut niveau. Elle pratique toujours le sport aujourd'hui, mais pas autant qu'avant, parce qu'elle étudie à l'université, en Suisse», précise Kurashev, qui vit avec sa mère à Québec, où son père les a rejoints pour la première fois, cette semaine.
Maman Elena a en outre déjà joué le rôle d'agent pour son fils Philipp, qui rêvait de venir évoluer au Canada. «Ma mère et Phil [Boucher, entraîneur-chef des Remparts] étaient assis côte à côte sur le même vol, alors qu'ils se rendaient au Championnat mondial des moins de 18 ans, où je jouais, au printemps 2016. Ils se sont rencontrés par hasard. Et ça s'est réglé je ne sais pas trop comment!» lance-t-il, visiblement impressionné par les talents de négociatrice de sa mère.
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La saison de tous les défis
Philipp Kurashev s'est fixé de grands objectifs : participer au Mondial junior, mener les Remparts le plus loin possible et être repêché par une équipe de la Ligue nationale en juin prochain.
À sa deuxième saison chez les Remparts, Philipp Kurashev devient l'un des principaux rouages offensifs de la formation. Une situation qui, plutôt que d'ajouter de la pression à l'attaquant suisse, l'aidera à atteindre ses objectifs pour la saison.
À 17 ans, Kurashev se dit prêt à assurer la part du lion de la production offensive des Remparts. Aux yeux de l'espoir au prochain repêchage de la LNH, seule la qualité de son jeu lui permettra de participer au Mondial junior, d'amener les Remparts le plus loin possible en séries et d'être repêché dans la Ligue nationale de hockey.
«Mon rêve, c'est de jouer dans la LNH, alors bien sûr, j'ai le repêchage en tête. Je dois jouer du mieux que je peux pour que ça arrive. Je vais donc me concentrer sur mon jeu, cette saison. Parce que même si j'ai considéré la KHL, mon principal but, c'est de jouer dans la LNH, un jour. Je pense que c'est la meilleure ligue au monde. J'ai toujours rêvé d'y jouer», indique le dynamique attaquant de 6' et de 183 livres.
Pour se préparer à cette saison déterminante, Kurashev a passé une partie de l'été à s'entraîner à Detroit avec son oncle Sergei Zvyagin, dont l'épouse est américaine, et son ancien coéquipier des Remparts Igor Larionov Jr, mais non sans avoir d'abord pris quelques jours de vacances en famille à Disney World, à Orlando.
Il s'ennuie de ses anciens coéquipiers russophones
Kurashev attaque maintenant la nouvelle campagne avec excitation, lui qui n'aura pas, contrairement à l'année dernière, à s'acclimater à une nouvelle équipe, un nouveau pays, une nouvelle culture. «L'année passée, c'était différent. Je devais m'habituer à tout. Maintenant, je sais à quoi m'attendre. Je connais l'équipe, les entraîneurs. Je me suis adapté à tout et je suis prêt à entreprendre la saison. Ça aide beaucoup de tout savoir. Maintenant, je peux me concentrer seulement sur mon jeu.»
Seule différence : il se retrouve seul russophone dans le vestiaire des Remparts, qui en comptait quatre l'année passée, avec le Russe Evgeny Kiselev, l'Américain Larionov et le Biélorusse Dmitry Buynitskiy.
«Je m'ennuie beaucoup d'eux. Sur la glace, ça ne change rien qu'ils ne soient pas là, mais en dehors de la patinoire, je ressens davantage leur absence. Après les pratiques, dans nos temps libres, on avait l'habitude de faire des choses ensemble. C'est différent sans eux cette année, mais j'aime ça aussi», fait savoir celui qui compose le nouveau duo européen des Remparts avec le défenseur tchèque Tomas Dajcar.
«Mon rêve, c'est de jouer dans la LNH, alors bien sûr, j'ai le repêchage en tête. Je dois jouer du mieux que je peux pour que ça arrive. Je vais donc me concentrer sur mon jeu, cette saison. Parce que même si j'ai considéré la KHL, mon principal but, c'est de jouer dans la LNH, un jour. Je pense que c'est la meilleure ligue au monde. J'ai toujours rêvé d'y jouer.»
De toute façon, Kurashev aura fort à faire au cours de la présente saison, qui lui donnera peu de répit, particulièrement s'il s'aligne avec la sélection suisse lors du prochain Mondial junior, à Buffalo. «Je vais faire tout ce que je peux pour jouer dans ce tournoi. Parce que l'année dernière, j'ai été coupé juste avant le début du tournoi. C'est l'un des plus gros tournois pour l'équipe nationale et le plus gros au niveau junior. Tout le monde veut y participer. C'est toujours difficile de faire l'équipe, mais je vais donner tout ce que j'ai.»
Au festival olympique
Dans le passé, Kurashev a défendu les couleurs de la Suisse lors de deux Mondiaux des moins de 18 ans, du prestigieux tournoi Ivan Hlinka et du Festival olympique de la jeunesse européenne, en Autriche, il y a deux ans.
«Les Olympiques juniors, c'était une expérience incroyable! J'ai aimé participer à cet événement et pouvoir assister à des compétitions d'autres sports. Seulement six équipes participaient au tournoi de hockey et nous avons terminé quatrièmes. J'avais connu un bon tournoi, même si j'étais un an plus jeune que la plupart des autres joueurs...» s'est rappelé l'auteur de 21 buts et 33 passes en 65 matchs avec les Remparts, la saison dernière.