L’Américaine Sofia Kenin a causé une grande surprise aux Internationaux d’Australie en éliminant la numéro un mondiale Ashleigh Barty.

Kenin surprend Barty

MELBOURNE, Australie — Sonia Kenin n’a jamais cillé. Pas une seule fois alors qu’elle s’est retrouvée à deux reprises à un point de concéder le premier set de son premier match de demi-finales en carrière dans un tournoi du Grand Chelem, aux Internationaux d’Australie. Pas une seule fois, non plus, lorsqu’elle s’est retrouvée à deux reprises à un point de concéder le deuxième set.

L’Américaine a causé à la fois surprise et déception à l’Aréna Rod-Laver en éliminant l’Australienne Ashleigh Barty, no 1 mondiale, 7-6 (6), 7-5 jeudi.

«Je me répétais : “Je crois en moi. Si je perds cette manche, alors je reviendrai plus forte dans la prochaine et je dois y croire”, a commenté la 14e tête de série, qui n’avait jamais franchi le quatrième tour auparavant dans un tournoi majeur. Oui, j’ai vraiment bien géré mes émotions. Je n’ai jamais abandonné.»

Sous un soleil de plomb et par une température de 38o Celsius, Kenin a étalé toutes ses habiletés face à une joueuse qui évoluait devant ses compatriotes, et qui attendent depuis plus de 40 ans la chance d’acclamer l’un ou l’une des leurs au premier tournoi du Grand Chelem de l’année.

En finale, samedi, Kenin affrontera l’Espagnole Garbine Muguruza, qui a évincé la Roumaine Simona Halep 7-6 (8), 7-5 dans un duel entre deux joueuses qui ont remporté Wimbledon et les Internationaux de France — mais jamais les Internationaux d’Australie.

Ce fut un match en dents de scie : Muguruza a pris les devants 5-3 au premier set avant de concéder 15 des 17 points suivants à Halep, lui permettant d’obtenir deux balles de manche. L’Espagnole a ensuite enlevé les sept points suivants. Et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’Alep claque un retour dans le filet, avant de fracasser sa raquette contre le sol et de s’asseoir au sol, l’air désemparé.

«J’ai affronté plusieurs joueuses du top 10, et j’ai gagné. Je crois que ça veut dire que je joue du tennis de qualité, a commenté Muguruza. Peu importe le nombre de titres du Grand Chelem à ton actif. Même si tu en as 15, lorsque tu te retrouves sur le terrain, ton adversaire veut te battre.

«Je suis heureuse de pouvoir disputer un autre match ici», a-t-elle conclu.

Balles de manche sauvées

Kenin, 14e tête de série, a sauvé deux balles de manche lors du bris d’égalité du premier set et inscrit les quatre derniers points pour boucler la manche initiale en 61 minutes.

Aucune des deux joueuses n’est parvenue à récolter un bris lors de ce premier set, bien que Barty ait eu trois chances lors du sixième jeu. Mais l’Américaine de 21 ans, qui participait aux demi-finales d’un tournoi du Grand Chelem pour la première fois, a tenu le coup.

Barty n’a pas raté sa chance lors du troisième jeu du deuxième set pour se donner une avance de 2-1. Barty a ensuite été intraitable à son service jusqu’au 10e jeu, lorsqu’elle a donné deux chances de bris à sa jeune rivale.

Kenin n’a pas su profiter de la première, mais à la deuxième occasion elle a vu Barty rater une volée du coup droit, ramenant le match à service égal, 5-5. Gonflée à bloc, Kenin a gagné le jeu suivant à son service sans concéder un seul point et s’est donné deux balles de match au service de Barty.

L’Australienne a sauvé la première grâce à un incisif coup droit en croisé, mais pas la seconde alors qu’elle a expédié un coup droit loin au-delà de la ligne de fond.

Espoirs déçus

Barty était la première Australienne depuis Wendy Turnbull, en 1984, à se qualifier pour les demi-finales des Internationaux d’Australie. Elle espérait devenir la première joueuse de son pays, homme ou femme, à gagner le championnat national depuis Chris O’Neil, victorieuse du simple féminin en 1978.

«Malheureusement, je n’ai pas pu maintenir le rythme suffisamment pour sortir victorieuse, a dit Barty, qui tenait sa nièce sur ses genoux pour l’entrevue d’après-match. Je n’ai tout simplement pas été en mesure de hausser mon niveau de jeu suffisamment pendant les points cruciaux du match.»

Outre les sœurs Williams, Kenin est la première joueuse américaine depuis Lindsay Davenport en 2005 à atteindre la finale des Internationaux d’Australie. Et Kenin est la première joueuse des États-Unis à vaincre la numéro 1 mondiale dans un tournoi majeur depuis que Serena a défait Venus à Wimbledon en 2002.

«Elle a une belle capacité d’adaptation, a noté Barty. De plus, elle est extrêmement confiante en ce moment.»

Les experts qui gravitent dans cet univers le savent. Mais Kenin est toujours demeurée dans l’ombre des autres joueuses américaines qui ont défrayé les manchettes ces dernières années.

«Ouais, je sais que personne ne m’a véritablement pris au sérieux ces dernières années. J’ai dû m’établir, et c’est ce que j’ai fait, a évoqué Kenin. Certes, les gens me reconnaissent maintenant, et j’aime ça. Ce serait faux de prétendre le contraire.»