Ken Hill a lancé trois saisons avec les Expos, de 1992 à 1994, récoltant 41 victoires.

Ken Hill, un homme intense

Le Soleil a profité du passage de l’ancien lanceur Ken Hill à Québec, en mars, pour faire un survol de sa riche carrière dans le baseball majeur. En s’attardant, bien sûr, sur son glorieux passage avec les Expos de Montréal. Rencontre avec un homme intense.

Ken Hill n’a pas beaucoup changé depuis ses années avec les Expos, même si elles datent de 25 ans. Quelques livres en plus, sans doute, mais toujours un corps sculpté. Et la même prestance, le même regard intense.

Il répond aux questions avec une certaine lenteur dans la voix. Semble aimer prendre son temps. Même chose lorsqu’il se déplace sous le dôme du Stade Canac, domicile des Capitales (Ligue Can-Am) à Québec. Une démarche assurée, quasi nonchalante. Droit comme un I. Aucun doute, il s’agit d’un athlète.

L’homme de 52 ans passe malgré tout relativement inaperçu pendant ce rendez-vous organisé par Baseball Canada. Normal, la majorité de la foule massée sur le terrain synthétique est composée d’enfants qui n’ont jamais connu les Expos de Montréal, encore moins les années 1992 à 1994, celles où Hill a brillé au Stade olympique.

Brillé, c’est le bon mot. En 1992, il a conservé une fiche de 16-9 et une moyenne de points mérités de 2,68. Une blessure à l’aine l’a ralenti en 1993, mais il est revenu encore plus fort lors de la mythique saison 1994 : une fiche de 16-5, une moyenne de points mérités de 3,32. Tout ça bon pour le deuxième rang au scrutin du trophée Cy Young. Devancé seulement par Greg Maddux.

Une équipe spéciale

Le brio de Hill cette année-là n’était qu’une histoire parmi tant d’autres chez les Expos, meilleure équipe du baseball majeur lors du déclenchement d’une grève des joueurs. Impossible de discuter avec l’ex-artilleur sans passer un bon moment sur cette saison de rêve terminée trop tôt. Et de poser l’hypothétique question d’entrée de jeu : auriez-vous remporté la Série mondiale?

«Je suis pas mal certain qu’on l’aurait gagnée», répond-il avec un brin de prudence. «Je suis allé à la Série mondiale l’année suivante avec Cleveland. Et en 1996 avec les Rangers du Texas, on a gagné le titre de la division. Mais point de vue talent, les Expos de 1994 étaient spéciaux», souligne-t-il.

Avec les Larry Walker, Moises Alou, Pedro Martinez et John Wetteland, le talent ne manquait pas, en effet. Mais il y avait aussi une belle ambiance dans le vestiaire, se souvient Hill. «Le vieux cliché, c’est que tu dois avoir une bonne camaraderie. Et c’est vrai! Et on l’avait! Même si nous étions jeunes, nous avions un excellent noyau de joueurs. Et on s’entendait à merveille.»

Mais tout ça a pris fin abruptement, le 12 août 1994. Joueurs et propriétaires du baseball majeur ne s’entendent plus. Les premiers déclarent la grève. Et Montréal est en deuil.

Les membres des Expos vivent alors un mélange de déception et de sens du devoir. «Nous étions tous déçus», se souvient Hill. «Mais nous comprenions l’importance de la grève. On regarde l’argent que les joueurs font aujourd’hui... C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons fait ce que nous avons fait. Les gars qui nous ont suivis en ont vraiment bénéficié.»

«Qui sait où on aurait pu se rendre?»

Cette saison-là, les Expos étaient non seulement excellents, mais ils s’amélioraient avec le temps. La meilleure preuve : leur fiche de 20-3 dans les 23 dernières rencontres avant le déclenchement du conflit. C’est beaucoup cette séquence irrésistible qui laisse croire au meilleur des dénouements, n’eut été cette fin de saison prématurée.

«Certains d’entre nous n’étaient même pas à leur meilleur», remarque Hill. «De penser à ce que l’avenir aurait réservé à cette équipe si nous étions restés ensemble... Qui sait où on aurait pu se rendre? C’est un peu comme les Warriors de Golden State. Ils ont un groupe qui sera difficile à battre», a même comparé l’ex-lanceur, parlant des champions en titre de la NBA.

L'ancien lanceur des majeures lors de son passage sous le dôme du Stade Canac, en mars

Mais la situation financière des Expos empêchera la création d’une dynastie. Pendant la saison morte, l’équipe procède à l’une des plus radicales vente de feu de l’histoire du sport. Hill n’est pas épargné. Il est échangé aux Cards de St. Louis contre Kirk Bullinger, Bryan Eversgerd et DaRond Stovall, le 5 avril 1995. Ces trois joueurs disputeront un total combiné de 95 matchs avec les Expos.

«Je savais que ça s’en venait. C’était simplement de savoir où je m’en allais.» Hill retourne dans l’équipe de ses débuts en 1988, celle qui l’avait échangé à Montréal en retour d’Andres Galarraga, après la saison 1991.

Mais les Cards sont alors dans un creux de vague. En 1995, ils sont même plus mauvais que les Expos, qui viennent pourtant de se départir d’une majorité de leurs meilleurs joueurs.

Expérience douce-amère

Le retour de Hill à St. Louis devient rapidement une aventure douce-amère. «St. Louis est une super ville. Mais d’un point de vue baseball, à l’époque, je ne voulais pas être là», explique-t-il.

En 18 départs avec les Cards cette saison-là, il montre une fiche perdante (6-7) et une moyenne de points mérités de 5,06, loin de ses statistiques de la saison précédente. L’état-major décide de l’échanger. Il atterrit dans une bien meilleure équipe, les Indians de Cleveland.

Avec laquelle il vit finalement le rêve qui lui semblait promis un an plus tôt : il atteint la Série mondiale. Les Braves d’Atlanta renversent toutefois les Indians en six rencontres. Hill est victime de l’une des défaites, celle du match numéro 4. Trois jours plus tôt, son ancien coéquipier chez les Expos, Dennis Martinez, s’était aussi incliné pour les Indians.

«C’est l’une de ces situations où tu es déçu de ne pas gagner, sachant que tu ne sais pas si tu auras une autre chance... Ce que je n’ai jamais eu!» lance Hill, préférant en rire de bon cœur, 23 ans plus tard.

Le déclin

Hill connaît une autre excellente saison (16-10) avec les Rangers du Texas, en 1996, mais ses statistiques déclinent ensuite.

Après trois saisons à Anaheim et un bref séjour chez les White Sox de Chicago, il participe en 2001 au camp d’entraînement des Devil Rays de Tampa Bay et se taille un poste comme releveur. Mais les choses ne sont plus pareilles. Il accorde 10 points mérités en sept manches et un tiers. «J’en arrachais un peu. Mon bras n’était plus le même», reconnaît-il.

Il est libéré dès le mois d’avril. Les Reds le «repêchent», mais l’envoient au niveau AAA. Des moments ardus. «D’avoir été dans les grandes ligues pendant 14 ans, et soudainement tu régresses. Avec les voyages [en autobus] et ce genre de choses. Je voulais une autre opportunité de revenir, voir ce que je pouvais faire. Mais j’ai décidé de rentrer à la maison et d’élever mes garçons. […] C’était difficile, mais je savais ce qui m’attendait avec mes enfants. J’étais mieux de m’occuper d’eux à cet âge, quand ils avaient besoin de papa à la maison.»

Ken Hill s'est dit confiant de voir Montréal ravoir une équipe dans le baseball majeur.

Deux garçons aujourd’hui grands. Deux bons athlètes, selon Hill. L’aîné, Kenny, est quart-arrière pour les Horned Frogs de la Texas Christian University. Lors de sa rencontre avec Le Soleil, le paternel évoquait la possibilité qu’il soit sélectionné lors du repêchage de la NFL. Ça ne s’est pas concrétisé. Le plus jeune, Marcus, suit les traces de son père, mais comme voltigeur.

«La seule chose que je fais maintenant dans le baseball, c’est lancer des pratiques au bâton à mon fils. Et j’enseigne à ses amis comment effectuer certains lancers», explique ce natif du Massachusetts, qui réside maintenant à Dallas.

Hill assure ne pas s’ennuyer des ligues majeures, ni de faire partie d’une équipe ou de voyager aux quatre coins de l’Amérique. «Non», lance-t-il après une courte hésitation. «Plus maintenant. Tout de suite après la fin de ma carrière, oui ça me manquait. Mais il y a eu un délai de trois heures pour mon départ de Dallas vers ici, hier. Je ne m’ennuie pas de ça!» conclut-il en riant.

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LE RETOUR DES EXPOS? «ÇA VA ARRIVER»

Ken Hill est confiant de voir le baseball majeur revenir à Montréal, un jour. Il y voit même une très bonne idée. «Je crois que ça doit se produire. Si les bonnes personnes possèdent l’équipe et le font de la bonne façon, ça devrait arriver. Et je pense que ça va arriver. Regardez l’équipe à Tampa, avec ses assistances. Soit vous déménagez l’équipe de l’autre côté du pont, soit vous la sortez de la ville. On ne peut pas continuer à gérer des équipes comme celles-là. De gaspiller de l’argent et de se retrouver avec du petit change chaque année.»

L’ancien lanceur des Expos dit avoir savouré ses trois saisons passées à Montréal, même si le Stade olympique n’était pas l’endroit le plus accueillant du baseball majeur. «Mes trois saisons à Montréal ont été trois de mes favorites en carrière. […] J’adorais Montréal, c’est une ville extraordinaire. On ne peut pas demander mieux : une belle ville, propre, où tu peux te promener sans être dérangé. C’était super!»