Simon Kean a subi au quatrième round sa première défaite en 16 combats professionnels en carrière.

Kean tombe devant Carman

QUÉBEC — Simon Kean avait plus à perdre qu'à gagner contre Dillon Carman, un ancien champion canadien que plusieurs sous-estimaient. Le poids lourd trifluvien a visité le tapis deux fois, la dernière au quatrième round, confirmant la victoire de Carman (14-3, 13 K.-O.), à la stupéfaction générale, samedi soir au Centre Vidéotron.

Pour Kean, il s’agit d’une première défaite chez les professionnels (15-1, 14 K.-O.). Il cède ainsi ses ceintures WBC Francophone et NABA des poids lourds à l’Ontarien de 32 ans.

«Le crédit lui revient, il était prêt et il m’a surpris. Je ne sais pas quoi dire, je ne m’attendais vraiment pas à ça», a soufflé Kean, en entrevue à TVA Sports, sur le ring, alors que des centaines de
personnes continuaient à l’applaudir, malgré leur consternation. Kean a ajouté qu’un combat revanche l’intéressait.

Deux fois au sol

C’est un crochet à la tête de Carman qui a causé la perte de Kean, à 1:28 du quatrième round. Le favori de la foule était aussi tombé au deuxième assaut, après avoir eu l’avantage au premier. On a d’ailleurs cru que le combat prendrait fin au deuxième round, tant Kean ne semblait pu avoir de jambes. Il titubait, cherchant son souffle.

Mais le Grizzly est revenu plus fort au troisième et il a à son tour envoyé Carman au tapis, provoquant une très forte réaction dans les gradins. Les spectateurs appuyaient massivement Kean, qui en était à sa huitième finale chez les pros, sa deuxième à Québec en quelques mois.

Durant la semaine précédant ce choc, Simon Kean avait mentionné dans les médias que son opposant misait sur une bonne main droite, qu’il était très puissant. Il en aura malheureusement payé le prix samedi.

Le promoteur de Eye of the Tiger Management, Camille Estephan, prévoyait qu’une victoire propulserait Kean dans le top 10 mondial des aspirants aux couronnes WBA et WBC. Le chemin sera plus long que prévu.

«Il a peut-être pris ce combat moins au sérieux», a déclaré Estephan, plus tard en soirée, alors que Kean restait dans le vestiaire, sous la recommandation du médecin.

«On avait peur du high, que les émotions vécues contre Adam Braidwood ne se transmettent pas face à Carman. C’est un pas derrière, mais Simon va apprendre de ça. Il est un guerrier, il reviendra plus fort.»

Le promoteur et l’entraîneur de Kean, Jimmy Boisvert, s’entendaient pour dire que le pugiliste devrait changer des choses dans son entourage.

«Oui, il faudra éviter les distractions», convenait Boisvert. «Simon a eu un bon camp d’entraînement, il est arrivé à 245 livres. Il était à environ 237 livres contre Braidwood. Je ne le sentais pas aussi aguerri ce soir, ses jambes n’étaient pas mobiles. Je m’attendais à mieux. On connaît le moineau, Simon a eu de la difficulté avec la notion de repos pendant le camp.»

«Simon n’est pas un party animal, a renchéri Estephan. Je crois cependant qu’il est un peu trop généreux de son temps.»


Simon Kean et Dillon Carman ont offert un court mais grand spectacle aux amateurs présents au Centre Vidéotron.

Carman jubile

Dillon Carman a causé toute une surprise. Et il l’avouait avec jubilation.

«Bien sûr que c’est une surprise, une grosse surprise! Kean était le meilleur au Canada, mais maintenant, c’est moi! Il est plus gros, il est plus fort, mais je suis juste meilleur!» a scandé le mastodonte de 6 pieds 5 pouces après sa victoire, n’arrêtant pas de sourire malgré ses deux yeux au beurre noir.

Carman est persuadé que Kean l’a sous-estimé. Ce qu’il comprend, vu que le Québécois entretenait une séquence de 15 victoires consécutives, dont les sept dernières par knock-out.

«Il ne s’attendait pas à être frappé si fort. Je l’ai vu dans ses yeux dès le premier round quand je l’ai touché avec mon jab. C’est là que j’ai su que j’avais juste à attendre le bon moment», a expliqué celui qui identifie la défensive et le menton de Kean comme ses principales faiblesses.

«Au deuxième round, je voulais sortir le gros coup, mais quand je suis retourné dans mon coin, mon entraîneur m’a dit que je l’aurais à l’aide de coups multiples. Et c’est ça qui s’est passé.»

Carman se dit enclin à offrir une revanche à Kean n’importe quand. «C’est sûr, 100%. Il m’a donné ma chance, je vais lui donner la sienne! Maintenant, si j’ai une offre encore plus intéressante ailleurs, ce sera normal que je privilégie celle-ci.»

Le nom d’Oscar Rivas a été évoqué durant le point de presse. «Si l’argent est là, pas de problème, assure Carman. Ce sont des affaires. J’ai déjà boxé pour la fierté au début de ma carrière, mais ça ne marche plus comme ça. J’affronterai Anthony Joshua ou Deontay Wilder, si l’offre est la bonne.»

Celui qui a perdu son titre de champion canadien des poids lourds l’an passé se retrouve avec les ceintures WBA nord-américaine (NABA) et WBC francophone. «Tout ce que je peux dire en français, c’est: “Merci! Merci! Merci!” Merci mille fois de m’avoir mis sur cette carte, merci à tout le monde!» a répété l’étoile du jour.