Considéré comme l’avenir de la boxe au Québec, Lexson Mathieu a beaucoup réfléchi à la suite du K.-O. qui a plongé Adonis Stevenson dans le coma, samedi.

K.-O. de Stevenson: grosse prise de conscience pour Lexson Mathieu

Lexson Mathieu a 19 ans. Il livrera son premier combat pro au début de la prochaine année. Le rêve devenu réalité. Samedi soir, il était au Centre Vidéotron. Il a vu Adonis Stevenson se faire passer le knock-out qui allait plus tard le plonger dans le coma et provoquer une sérieuse prise de conscience chez le jeune boxeur.

«J’ai réalisé que ça peut arriver à n’importe quel boxeur, n’importe quand! Tu dois vraiment y penser à deux fois avant de monter dans le ring», a commenté Mathieu, lundi midi, après son entraînement habituel au gym Empire de Sainte-Foy avec l’entraîneur François Duguay.

L’athlète de Québec est considéré comme l’avenir de la boxe au Québec depuis déjà quelques années. Il y a un mois, Mathieu a annoncé son passage des rangs amateurs aux professionnels sous l’égide du promoteur montréalais Eye of the Tiger Management. Pas question de revenir sur sa décision.

«La boxe est un choix de vie que j’ai fait et je ne reviens pas là-dessus. Mais là, je comprends à quel point c’est un sport dangereux. Ce n’est pas un jeu. Contrairement aux autres sports, on ne joue pas à la boxe.»

«Tu ne dois jamais entrer dans le ring pour rien, pour faire plaisir à quelqu’un d’autre, pour un promoteur ou pour de l’argent», poursuit-il. «Je ne vais pas aller risquer ma vie si ça ne vient pas totalement de moi.»

En famille

La mère d’Adonis Stevenson, Colette, était dans la foule de quelque 3000 spectateurs réunis au Centre Vidéotron pour voir sa 10e défense du titre mondial WBC contre Oleksandr Gvozdyk.

Les parents de Mathieu aussi ont vu le champion s’écrouler. Ils ont ensuite lu les nouvelles sombres sur son état de santé très précaire depuis la nuit de samedi à dimanche. Ils ont trois fils boxeurs : Lexson, 19 ans, Kensley, 15, et Wilkens, 13, à qui l’on prévoit déjà un brillant avenir dans le ring.

«Mes parents l’ont vu, le K.-O. On a eu un souper dimanche et tout le monde était autour de la table avec Éric Martel-Bahoéli», raconte l’aîné de la famille. Martel-Bahoéli est cet ex-boxeur poids lourd de Québec qui a livré 20 combats professionnels de 2008 à 2018. Il s’occupe dorénavant des affaires de Lexson Mathieu, commandites et autres.

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«On a jasé pas mal. Pourquoi je boxe et pourquoi j’aime la boxe», résume-t-il, ayant manifestement beaucoup réfléchi à la question ces derniers jours. Dimanche, il a changé la photo de couverture de son profil Facebook. On y voit ses deux frères avec Stevenson et sa fameuse ceinture verte des mi-lourds de la WBC. «Force à lui», a-t-il ajouté à la publication.

L’ombre de Whittom

Formé dans les clubs de boxe de Québec, à plus forte raison Empire, Mathieu a été marqué par la mort de David Whittom, en mars dernier. Le boxeur de 39 ans succombait à des blessures au cerveau subies dans le ring 10 mois plus tôt.

Whittom avait essuyé 24 défaites en 37 combats pros, dont 19 en 21 au cours de ses 10 dernières années. Il n’avait non plus jamais fait de cachette de ses problèmes passés d’alcool et de drogue. Après plusieurs séparations de sport et d’amitié, l’entraîneur Duguay, le même que Mathieu, et le boxeur Whittom avaient renoué à la fin de sa carrière.

«J’ai vu ça avec David et ça m’a ébranlé. Mais ça s’expliquait par son accumulation de défaites, parce qu’il avait subi trop de K.-O., pris trop de coups», avance le jeune pugiliste, avouant s’être alors lui-même promis d’«arrêter après quelques défaites. Mais Adonis, ce n’est pas ça du tout! Entre guillemets, il a eu une carrière relativement facile dans le ring. Il n’a pas reçu beaucoup de gros coups et n’a jamais fait de guerres comme Jean Pascal peut l’avoir fait, par exemple. Mais ce qui se passe là est la preuve que ça peut arriver à n’importe qui, n’importe quand.»

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STEVENSON DANS UN ÉTAT STABLE

Après les rares micromessages du promoteur Yvon Michel publiés dimanche dans les réseaux sociaux comme seule information officielle sur l’état de santé d’Adonis Stevenson, le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec a pris le relais des communications, lundi. «À la suite de l’hospitalisation de M. Adonis Stevenson à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus le 2 décembre dernier, le CHU de Québec-Université Laval confirme qu’il est toujours hospitalisé à l’unité des soins intensifs et que ce dernier est actuellement sous sédation contrôlée. Son état demeure stable», peut-on lire dans un court communiqué. On y demande de plus aux médias «de permettre aux proches de M. Stevenson de traverser cette épreuve dans l’intimité».

À noter que le titre du communiqué est «État de santé de M. Stevenson Adonis», son véritable nom qu’il inverse depuis qu’il est boxeur. Dans le premier paragraphe, on le nomme «M. Adonis Stevenson», ensuite «M. Adonis» dans le deuxième paragraphe et au troisième, «M. Stevenson».