En tant qu'arbitre de chaise, l'objectif de Julie Auclair est de passer inaperçue. «Si on ne se souvient pas de toi, tu as fait la meilleure ''job''», affirme la native du secteur Saint-Émile.

Julie Auclair, la femme invisible

Elle est l’une des grosses pointures du tennis au Québec, mais reste inconnue du public. Elle a été de centaines de tournois et a même pris part aux Internationaux des États-Unis à plusieurs reprises, mais personne ne se déplace pour la voir en action sur un court. Julie Auclair est arbitre de chaise.

La native de Saint-Émile, à Québec, s’avère la seule femme arbitre de chaise professionnelle dans la province, l’une des rares au Canada à arbitrer des matchs d’hommes. Cette semaine, elle a officié en hauteur dans cinq rencontres de la Coupe Banque Nationale de tennis féminin, présentée au PEPS de l’Université Laval jusqu’à dimanche.

«Le but est de passer inaperçue», établit la femme de 43 ans, à la fois discrète et affirmée dans sa manière d’être. «Si tu ne sais pas qui a arbitré un match, c’est merveilleux! Si on ne se souvient pas de toi, tu as fait la meilleure job. Souvent, quand on se rappelle qui a arbitré un match, c’est qu’il s’est brassé des affaires. Ça ne veut pas dire que l’arbitre a fait une mauvaise job, mais c’est mieux quand tout coule.»

La Women’s Tennis Association (WTA), qui chapeaute les plus importants tournois professionnels féminins, dont celui de Québec, interdit à ses arbitres de se prononcer sur une situation précise impliquant l’une de ses joueuses et un ou une arbitre.

Vous ne lirez donc pas ici ce qu’Auclair pense du conflit survenu dimanche dernier entre Serena Williams et l’arbitre Carlos Ramos en finale des Internationaux des États-Unis, ni son opinion sur l’intervention bienveillante de l’arbitre Mohamed Lahyani auprès de Nick Kyrgios, plus tôt à Flushing Meadows.

Autoritaire sans être arrogant

Mais, avec 21 ans d’expérience et près de la moitié comme arbitre de chaise certifiée, parce qu’elle est aussi juge de lignes, Auclair souligne l’importance de sentir le pouls d’un match et de tenter de prévenir tout débordement avant qu’il ne se produise.

«Il faut faire appliquer les règles, mais être amical en même temps. Être autoritaire jusqu’à un certain point, mais ne pas démontrer d’arrogance, parce que les joueurs n’aimeront pas ça. Des fois, tu sais que ça va venir et quand ils sont fâchés, ils sont fâchés. Mais l’arbitre doit ensuite trouver la façon de les calmer, trouver les bons mots pour retourner jouer et passer à autre chose», explique-t-elle.

Il existe aussi une «no list» déclarée des possibles conflits d’intérêts. Comme cet arbitre dont la sœur jouait sur la WTA ou de cet athlète qu’un arbitre est mieux d’éviter un certain temps à la suite d’une sévère prise de bec.

«J’ai eu un joueur avec lequel ça allait vraiment mal. Le tournoi suivant, j’ai demandé au responsable des arbitres de ne pas faire ses matchs. C’est mieux pour l’arbitre et le joueur», reconnaît Auclair.

«En même temps, sur le terrain, quand on prend une décision, on ne pense pas qui la décision favorise. Ça va trop vite! Tu vois la balle out, tu dis “out” et tu réalises après à qui le point va.»

Ça reste un loisir

Être arbitre de tennis demeure néanmoins un loisir pour celle qui travaille à temps plein comme technicienne en laboratoire au centre de prélèvements du CLSC Maizerets, dans Limoilou. Le mot passion serait peut-être plus approprié.

Auclair s’est mise au tennis sur le tard, à 16 ans, au club Avantage de Québec. Elle est ensuite devenue bénévole à ce tournoi WTA qui s’appelait à l’époque le Challenge Bell, en 1997, aujourd’hui Coupe Banque Nationale. «Je regardais les juges de ligne et je trouvais que ç’avait l’air plaisant. Alors j’ai suivi le stage de formation et j’en fais depuis», raconte-t-elle tout simplement.

Ses 12 années passées aux États-Unis, à Salt Lake City, ont ralenti sa progression, mais son prochain objectif est d’acquérir sa certification bronze, deuxième niveau sur quatre, pour s’ouvrir les portes de tournois plus prestigieux.

Elle a quand même été arbitre de chaise aux qualifications des Internationaux des États-Unis de 2010 à 2014. WTA, ATP, Grands Chelems, Coupe Davis, ITF ou juniors, elle les a tous faits. Elle doit donc connaître chaque particularité du livre de règlements de chacun.

Elle arbitre en moyenne une quarantaine de rencontres par année, sans compter ses assignations aux lignes, mais aimerait bien s’y mettre bientôt pour une année ou deux à temps plein, question de voir jusqu’où cela la mènerait.

Même si elle n’est pas en fonction cette fin de semaine, vous pourriez voir Julie Auclair au PEPS comme spectatrice. Elle y amènera sa petite Coralie, 16 mois, qui aime applaudir et qui est déjà bonne copine avec Denis Shapovalov.