Le Français Julian Alaphilippe a eu droit aux intenses encouragements d'un spectateur lors de l'ascension qui l'a menée vers la première victoire d'étape d'un cycliste tricolore lors du présent Tour de France.

Julian Alaphilippe remporte la première victoire française du Tour de France

LE GRAND-BORNAND — L’entrée dans les Alpes a coïncidé avec le premier succès français : Julian Alaphilippe a gagné la 10e étape du Tour de France, mardi au Grand-Bornand, où le Belge Greg Van Avermaet a prolongé son bail avec le maillot jaune.

Alaphilippe, qui a hérité du maillot à pois du meilleur grimpeur, a signé sa première victoire dans le Tour, lui qui était passé à plusieurs reprises près du succès en 2016.

La première des trois étapes alpestres, au lendemain de la journée de repos, a laissé les écarts inchangés entre la plupart des favoris. Hormis pour le grand perdant du jour, le Colombien Rigoberto Uran, dauphin de Chris Froome l’an passé dans le Tour.

Uran, couvert de pansements après sa chute dimanche sur les pavés de l’étape de Roubaix, a lâché prise sur le haut du col de la Colombière, la dernière ascension du jour. Il a cédé finalement plus de deux minutes et demie à ses adversaires directs.

«Aller chercher une victoire sur le Tour de France, c’était un rêve pour moi. Je l’ai réalisé aujourd’hui, avec la manière en plus. J’ai tout qui se mélange dans ma tête, le travail pour en arriver là, la famille. Je pense à eux et je suis content», a réagi Alaphilippe après avoir passé la ligne d’arrivée.

«Je savais que c’était une étape où, si je voulais gagner, je devais être en échappée», a expliqué le Français. «J’ai tout donné dans le final, j’ai puisé au fond de moi-même, j’ai mis mes tripes sur la table.»

À 26 ans, le puncheur de Montluçon a mis fin à une série de frustrations. Première classique, la Flèche Wallonne, en avril. Et première étape du Tour, la 12e victoire de sa carrière.

«Des frustrations, j’en ai eu pas mal depuis quelques saisons. Que ce soit ma chute aux JO, le fait d’être repris à la flamme rouge aux Championnats du monde, d’être battu par Peter Sagan dès la deuxième étape de mon premier Tour, d’avoir enchaîné les places de deuxième derrière Alejandro Valverde dans les classiques», a énuméré le vainqueur du jour.

«Ce sont des choses qui font grandir et qui rendent plus fort dans la tête», a conclu le Français, qui court pour l’équipe Quick-Step depuis ses débuts en 2014.

Pour gagner, Alaphilippe a rejoint avant le sommet de Romme, l’avant-dernier col de la journée, l’Estonien Rein Taaramae qui avait pris les devants. Dans la Colombière, dernière difficulté, «Alafpolak» (son surnom sur Twitter) a creusé l’écart et a basculé au sommet avec une marge d’une minute et demie.

Le cran de Van Avermaet

Les 14,5 derniers kilomètres, en descente pour l’essentiel, n’ont été qu’une formalité sous le soleil des Alpes pour celui qui est un des meilleurs spécialistes du peloton.

Dans sa volonté de défendre son maillot jaune, Van Avermaet a eu le cran de se mêler à l’échappée du jour. Il a suivi une tactique déjà adoptée en 2016 dans les Pyrénées, lors de l’étape du lac de Payolle.

Le champion olympique de Rio a lâché prise dans le col de Romme. Mais il a franchi la ligne, bien avant le premier peloton regroupant la plupart des favoris. «J’ai de bonnes jambes encore», s’est félicité le Belge (quatrième de l’étape) qui a porté à 2:22 son avance sur le Gallois Geraint Thomas.

Jusqu’où ira-t-il? «Je sais que je suis capable d’aller au-delà des limites au lendemain d’une journée de repos, mais généralement je le paye le surlendemain», a répondu Van Avermaet, pessimiste sur ses chances.

La 11e étape, ramassée à 108,5 kilomètres entre Albertville et La Rosière, alterne montées et descentes pour se conclure sur les pentes du col du Petit-Saint-Bernard. «Trois ascensions dures, c’est trop pour moi», a annoncé le Belge. «J’ai zéro chance d’être en jaune à La Rosière».

+

DES KILOMÈTRES POUR LA FAMILLE

En larmes après avoir franchi la ligne d’arrivée, Julian Alaphilippe est tout de suite tombé dans les bras de son cousin, Franck Alaphilippe, qui est également son entraîneur. «C’est une relation particulière. C’est pour ça que j’ai beaucoup pensé à eux dans les derniers kilomètres. Franck qui est là, je savais qu’il allait être là sur la ligne d’arrivée. J’ai toute ma petite famille chez moi, mes frangins, mon père Jo, ma mère Catherine.» À 26 ans, Julian est l’aîné d’une fratrie de trois garçons. Et dans la famille Alaphilippe, tout le monde baigne dans le milieu du vélo. Bryan, 22 ans est professionnel dans l’équipe de l’armée de terre. Et le cadet, Léo, pratique lui aussi le cyclisme.

+

HOMMAGE À LA RÉSISTANCE

La 10e étape du Tour de France est passée pour la première fois par le plateau des Glières, qui abrite le monument national de la Résistance, inauguré en 1973 par le ministre de la Culture de l’époque, André Malraux. Ce site est un hommage aux maquisards qui ont fait le choix de «Vivre libre ou mourir», la devise du maquis des Glières. Avant le passage des 165 coureurs du peloton du Tour, le site a été survolé par le Noratlas, un avion militaire de la Seconde Guerre mondiale. Une vingtaine de parachutistes ont sauté du Noratlas vers le plateau, en écho au largage de matériel par les Alliés en 1944.

+

CREVAISON POUR FROOME

Le Britannique Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour de France (2013, 2015, 2016 et 2017), a été victime d’une crevaison sur le secteur empierré de la montée du plateau des Glières. Chose curieuse : le leader de la formation Sky s’est retrouvé esseulé pour rentrer dans le peloton. Il a mis ainsi près de cinq minutes à rejoindre seul le groupe des principaux favoris, où se trouvait notamment son coéquipier Geraint Thomas, deuxième au classement général.

+

CAVENDISH, L'ANTI-GRIMPEUR

C’est une habitude pour le sprinteur britannique Mark Cavendish : une fois que la route s’élève, que ce soit dans les Alpes ou dans les Pyrénées, le champion du monde 2011 est immédiatement distancé. Ce fut encore une fois le cas, mardi, dès le col de la Croix Fry, accompagné du Belge Julien Vermote, son coéquipier au sein de la formation sud-africaine Dimension Data. Leur calvaire s’est prolongé dans les Glières, le col de Romme et de la Colombière. Pour terminer à plus de 34 minutes du vainqueur, Julian Alaphilippe, mais dans les délais impartis.