Christopher Froome (en jaune)

Jour de paye pour Froome

L'hymne britannique a résonné encore sur les Champs-Élysées, dimanche, pour saluer le nouveau succès de Chris Froome, son quatrième dans le Tour qui a mis en valeur cette année le cyclisme français, souvent emballant.
Christopher Froome et son fils Kellan
Après le­ sprint gagné par le Néerlandais Dylan Groenewegen, au terme de la 21e étape, Romain Bardet a pris place pour la deuxième année consécutivement sur le podium. Mais les deux plus hautes marches ont été confisquées par Froome et son dauphin, le Colombien Rigoberto Uran, au terme de cette 104e édition, indécise jusqu'à la veille de l'arrivée.
«Le Tour le plus serré», a reconnu l'Anglais qui l'avait annoncé avant le départ de Düsseldorf, le 1er juillet. Au bout des 3540 kilomètres, l'écart le séparant du deuxième (54 secondes sur Uran) est le plus faible de ces dernières années. En revanche, la moyenne de vitesse est la deuxième plus élevée de l'histoire (40,995 km/h).
«Ce Tour a été le plus difficile de ma carrière», a ajouté le cycliste de Team Sky. Son équipe n'a pas gagné d'étape cette année, faisant écho à la troisième et dernière victoire de Greg Lemond, en 1990. «Je veux rendre hommage à tous les coureurs pour leur esprit sportif. Nous avons durement lutté ensemble, nous avons souffert ensemble.»
La tendance enregistrée l'an passé s'est confirmée. Froome, maintenant âgé de
32 ans, a perdu sa supériorité en montagne. Mais son équipe Sky reste la plus puissante du peloton et son registre personnel s'est considérablement élargi. «Il ne lâche vraiment rien», constate le directeur du Tour Christian Prudhomme. «Dès qu'il a la moindre possibilité, il cherche à l'exploiter».
Les espérances françaises
En retrait dans la grande étape des Pyrénées, où il a laissé le maillot jaune au champion d'Italie Fabio Aru pour un intérim de deux journées, Froome a contrôlé ses rivaux dans les autres massifs montagneux au programme, pour asseoir sa victoire dans ce qui reste son point fort, le contre-la-montre.
«Cette année, la montagne n'a quasiment pas fait de différence entre les tout meilleurs», relève le directeur du Tour. «En revanche, les contre-la-montre font beaucoup plus d'écart».
En 36,5 kilomètres, à Düsseldorf puis à Marseille, Froome a creusé l'écart. Il s'est appuyé, pour le reste, sur le soutien d'une équipe assez forte pour s'offrir le champion du monde 2014 (Kwiatkowski) en guise de lieutenant et suppléer à l'abandon du Gallois Geraint Thomas dès la 9e étape. Tout comme l'Australien Richie Porte, censé être le principal adversaire de Froome au départ d'Allemagne.
Les autres grands noms n'ont pas vraiment existé dans ce Tour. Le Colombien Nairo Quintana (12e) a payé la fatigue du Giro. L'Espagnol Alberto Contador (9e), au crépuscule de sa carrière, a accusé le poids des ans pour ce qu'il a annoncé être sa dernière apparition dans le Tour dont il a gagné deux éditions (2007, 2009).
L'opposition est venue seulement de trois coureurs. Uran a maintenu la présence colombienne sur le podium, mais sans jamais passer à l'attaque. Bardet a longtemps porté les espérances françaises, avant de céder brutalement à la veille de l'arrivée. Le grimpeur auvergnat a sauvé sa place sur le podium, pour une seconde, devant l'Espagnol Mikel Landa.
Froome a paru ému en soulevant le bouquet de fleurs du vainqueur, semblant avoir les larmes aux yeux. Avec un large sourire, il a levé le pouce en direction de la foule puis a soulevé son jeune fils, l'amenant ensuite avec lui sur le podium, dans ses bras. «Je veux dédier cette victoire à ma famille, a dit Froome. Votre amour et votre soutien rendent toute chose possible. Je veux aussi remercier mes coéquipiers avec Sky pour leur dévouement et leur passion.»
Quant au Français Warren Barguil a bouclé le Tour avec deux étapes dans la musette et le maillot à pois de meilleur grimpeur dans la valise. «Je suis toujours sur mon nuage. C'est complètement fou!», a souri Barguil, qui a touché le coeur des partisans.
Son compagnon de chambre, l'Australien Michael Matthews, a ramené le maillot vert du classement par points. Il a pris la suite du champion du monde, le Slovaque Peter Sagan (exclu dès le 4e jour pour sprint dangereux).
Si Froome, qui n'est plus qu'à une victoire du record codétenu par quatre champions (Anquetil, Merckx, Hinault, Indurain), est un habitué du cérémonial des Champs-Élysées, Barguil et Matthews en sont à une première expérience. Comme un nouveau signe que la classe née dans les années 1990 prend peu à peu le pouvoir.
Il reste encore à cette génération à détrôner le «roi» Froome.   Avec La Presse canadienne
Le «Kenyan blanc»
Il a appris le vélo en dévalant les pentes de son Kenya natal, loin de l'Europe et de sa culture cycliste. Mais Chris Froome s'est davantage rapproché des plus grands de l'histoire du vélo en remportant dimanche son quatrième Tour de France.
Le longiligne leader de l'équipe Sky à la peau diaphane n'est désormais plus qu'à une victoire du record détenu conjointement par Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain, qui ont dominé la Grande Boucle à cinq reprises.
Des coureurs dans la légende desquels «Froomey», âgé de 32 ans, n'a pas grandi. «Je ne suis pas trop du genre à chercher un modèle. J'ai beaucoup de respect pour eux. Mais j'ai commencé le cyclisme en Afrique, tardivement. Je n'ai pas regardé le Tour de France avant. À l'époque, mes premiers souvenirs du Tour étaient Armstrong et Basso», a-t-il raconté samedi.
Pour le jeune Chris - fils d'expatriés britanniques dont le divorce après la faillite de l'entreprise familiale le marquera profondément -, le vélo est avant tout une histoire d'évasion.
«J'avais un petit vélo noir que j'emmenais partout, c'était comme une partie de moi-même», raconte-t-il dans son autobiographie Mon ascension, en évoquant les collines kényanes où, «si vous lâchez le guidon et tendez les bras vers le ciel, tel un vainqueur d'étape, vous avez l'impression de toucher du doigt le paradis».
C'est sa mère Jane, décédée en 2008 juste avant les débuts de Froome sur le Tour, qui l'amène faire ses premières courses pour le canaliser. «J'étais vraiment hyperactif, une vraie boule d'énergie. Elle s'inquiétait et avait peur que l'une de mes balades intrépides finisse mal».
Il y rencontre alors le cycliste kényan David Kinjah qui devient son mentor.
«Mais ce n'est que lorsque je suis parti adolescent pour une école en Afrique du Sud [où s'était installé son père, NDLR] que les choses sont devenues plus sérieuses. J'ai vu là-bas que le cyclisme était un vrai sport. C'est là que j'ai commencé à courir et que j'ai gravi les échelons chez les amateurs», raconte Froome.
En 2007, on lui propose de rejoindre le Centre mondial du cyclisme, qui réunit les coureurs prometteurs des pays dits en développement, à Aigle (Suisse).
Les premiers tests médicaux révèlent des qualités physiques rares qui marquent Michel Thèze, entraîneur au CMC. «J'ai immédiatement été frappé par sa détermination. Il était très appliqué dans tout ce qu'il faisait. C'était un apprenti avec un gros potentiel. Mais sa position sur le vélo était catastrophique et il avait du poids à perdre.»
Le virage Sky
Malgré sa technique peu académique, Froome est recruté en 2007 par l'équipe Barloworld après avoir gagné une étape de montagne lors du Tour des régions italiennes. C'est avec cette formation qu'il court son premier Tour de France en 2008.
Mais c'est son passage dans la nouvelle écurie britannique Sky en 2010 qui sera décisif. En suivant un entraînement à la pointe de la technologie, il développe ses qualités de grimpeur et de rouleur après avoir traité une bilharziose, maladie parasitaire contractée en Afrique.
Le Tour d'Espagne 2011, qu'il termine deuxième à 13 secondes de l'Espagnol Juan Jose Cobo, révèle ses progrès, avant qu'il ne crève l'écran au Tour de France l'année suivante en se montrant supérieur en montagne à son leader Bradley Wiggins, futur vainqueur.
Devenu en 2013 le premier «Africain» à remporter la Grande Boucle, Froome, papa d'un petit Kellan depuis décembre 2015, en a désormais trois autres à son palmarès (2015, 2016 et 2017). Et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin vers la légende.