Adrian Beltre, des Rangers du Texas, est l'un des deux joueurs actifs comptant au moins 20 saisons d'expérience dans les majeures. L'autre est son coéquipier Bartolo Colon.

Jouer 20 ans, un exploit rarissime

SURPRISE, Arizona — Avec 20 saisons derrière la cravate, en plus de ses cinq Gants dorés et de ses 3048 coups sûrs en carrière, Adrian Beltre est une rareté. Si rare que le Dominicain de 38 ans n’est qu’un seul des deux joueurs comptant au moins 20 ans d’expérience dans le baseball majeur. L’autre? Son nouveau coéquipier chez les Rangers du Texas, «l’intuable» Bartolo Colon, 44 ans.

«D’abord, c’est évident que ces gars sont endurants», a dit le lanceur Clayton Richard, des Padres de San Diego. «Mais, surtout, ce sont des gars vraiment talentueux. Pour avoir de longues carrières comme ça, il faut avoir du talent dès le jeune âge et devoir ensuite tenir le coup année après année contre les meilleurs joueurs au monde. Cette combinaison de talent et de durabilité est possiblement ce qui est le plus impressionnant dans le milieu du sport professionnel.»

Sur les 19 183 joueurs — actifs ou retraités — répertoriés par le site Web baseballreference.com, seulement 156 ont disputé au moins 20 saisons dans les grandes ligues, soit 0,00813 % des baseballeurs. 

Carlos Beltran, à l’instar de Beltre et Colon, a disputé en 2017 sa 20e saison, qui se sera avérée sa dernière, alors que le voltigeur de 40 ans a annoncé sa retraite après avoir remporté la Série mondiale avec les Astros de Houston. Il est devenu le 13e joueur depuis 2010 à mettre fin à sa carrière après avoir disputé au moins 20 saisons.

D’ici 2020, seuls Beltre et Colon peuvent s’ajouter à cette liste. Donc, la décennie 2010 sera celle où le moins de joueurs de 20 saisons d’expérience auront pris leur retraite depuis les années 1970, alors que neuf joueurs entrant dans cette catégorie avaient accroché leurs crampons, dont les légendaires Hank Aaron, Brooks Robinson, Willie Mays et Al Kaline.

«Vingt ans, c’est long», constate le directeur général des Mets Sandy Alderson. «Les lanceurs, en particulier, ont une longévité moindre, car ils ne peuvent, par exemple, se réfugier dans la Ligue américaine et devenir frappeurs désignés. Bartolo, il est unique.»

Ryan et Anson dans un autre monde

Lorsqu’il a pris sa retraite en 1993, Nolan Ryan avait lancé du feu pendant 27 saisons. Seul Cap Anson a été aussi durable, lui qui a joué de 1871 à 1897. Tout juste derrière, Tommy John a tenu le coup pendant 26 saisons (1963 à 1989), ratant au passage la saison 1975 après avoir subi la célèbre opération de reconstruction du coude qui porte maintenant son nom. 

Dans l’ère moderne, le seul joueur de position à avoir duré au moins un quart de siècle est le voltigeur Rickey Henderson, qui a exercé ses talents de voleur de buts pendant 25 saisons.

«Je ne m’imagine pas vraiment jouer 20 ans, moi qui me considère chanceux, à ce point de ma carrière, d’être en assez bonne santé», explique le joueur d’avant-champ des Padres Chase Headley qui, à 33 ans, amorcera sous peu sa 12e campagne. «Je sais à quel point c’est difficile de se préparer pour jouer chaque jour, je peux donc vous dire que jouer une vingtaine de saisons, ça m’épate. Honnêtement, je me demande comment on fait pour se rendre là.»

Effectivement, traverser 20 saisons relève de l’exploit si l’on prend en compte le fait que les joueurs doivent disputer une longue saison régulière de 162 matchs, tout ça après un camp d’entraînement de six semaines. Sans compter les séries d’après saison. 

«Je ne pense pas que le problème est de vouloir jouer 20 ans ou non. Les gars veulent jouer le plus longtemps possible. Il faut juste être en mesure de tenir le coup», constate l’ancien releveur Trevor Hoffman, auteur de 601 sauvetages en 18 saisons, et qui sera intronisé cet été au Temple de la renommée. 

«Je crois que c’est le but de tout le monde de jouer aussi longtemps, mais c’est si difficile : tes habiletés vont à la baisse, les performances aussi, puis il y a les blessures», ajoute le troisième-but des Mariners Kyle Seager, 30 ans, qui disputera en 2018 sa huitième campagne.

Motivations différentes

Beltre, qui a débuté sa carrière en juin 1998, à 19 ans, avec les Dodgers, soutient que la principale raison qui le pousse est son désir de finalement gagner la Série mondiale. «Chaque saison est un nouveau défi, et je suis toujours très excité quand ça commence», dit celui qui était du mauvais côté du tableau lors de la Série mondiale de 2011, perdue par les Rangers contre les Cardinals de St. Louis.

Colon, crédité de 240 victoires depuis le début de sa carrière, semble avoir une motivation différente. Le lanceur, qui soufflera les bougies de son 45e gâteau d’anniversaire le 24 mai, affirme qu’il veut simplement jouer le plus longtemps possible, bien qu’il ne cache pas vouloir remporter les quatre victoires qui lui permettraient de dépasser Juan Marichal pour ainsi devenir le lanceur dominicain le plus victorieux de l’histoire. 

«Je ne lance plus très fort, mais l’important est de lancer des prises. Ça, je peux encore très bien le faire», estime le dernier porte-couleurs des Expos encore actif. 

Richard, qui était recrue en 2009 avec les White Sox, a passé une partie de cette saison-là dans le même vestiaire que Colon avant d’être échangé aux Padres. «Honnêtement, je croyais vraiment qu’il était arrivé au bout du rouleau», admet-il en riant. «On a souvent pensé qu’il était fini, mais il tient toujours le coup. Il est dans une ligue à part.»