Meneur canadien avec 1009 verges de gains au sol en saison régulière, Jordan Socholotiuk attribue ses succès au travail de la ligne offensive des X-Men.

Jordan Socholotiuk, le petit porteur au gros cœur

Perdu dans le nord de l’Alberta, Jordan Socholotiuk a éveillé l’intérêt d’une seule équipe universitaire. Cinq ans plus tard, le petit porteur de ballon de St. Francis Xavier a été le seul au Canada à récolter plus de 1000 verges au sol cette saison. Il s’amène à Québec pour la Coupe Uteck, samedi.

«Dans le recrutement, on peut se faire prendre par les chiffres de taille ou de vitesse. Mais les statistiques ne montrent pas les attributs de cœur et d’endurance. Et Jordan a tout ça!» a indiqué l’entraîneur-chef des X-Men, Gary Waterman, joint au téléphone mercredi.

«C’est un dur et il est déterminé, un vrai cheval de trait! La mentalité de col bleu qu’adopte toute l’équipe, il la représente à merveille.»

Le demi offensif de 5’9” et de 196 livres écoule sa dernière campagne dans les rangs universitaires. Il donne tout le crédit de ses succès actuels à ses coéquipiers, surtout la ligne offensive, qui lui ont permis d’ajouter 421 verges de gains en deux matchs éliminatoires jusqu’ici.

Un long chemin

Mais pour en arriver là, le petit numéro 34 a fait beaucoup chemin. Natif de Waterford, municipalité du sud de l’Ontario qui s’enorgueillit d’un festival de la citrouille et d’un musée de l’agriculture, Socholotiuk a ensuite suivi ses parents à Fort McMurray, Klondike pétrolier du nord de l’Alberta.

«Mon entraîneur était un ancien de St. F.X. et il a demandé à coach Waterman de regarder mes vidéos. Je pense qu’il s’est juste dit : “OK d’abord, on va le prendre”», rigole celui qui ose croire que son patron n’a jamais regretté sa décision.

«Aucune autre université n’a démontré d’intérêt, alors je pensais rester en Alberta pour jouer junior ou aller dans un cégep au Québec. Mais finalement, j’ai décidé d’entrer directement à l’université à 18 ans», poursuit Socholotiuk.

Il cumule 3009 verges de gains au sol dans les trois dernières saisons régulières, après deux campagnes d’apprentissage. Encore vert, il était au PEPS de l’Université Laval en 2015 quand les X-Men s’étaient fait lessiver 64-0 dans un match interconférence.

«On a une bien meilleure intelligence du football maintenant», estime-t-il. «On n’était peut-être plus athlétique à l’époque, mais l’équipe actuelle est plus futée. C’est ce qui nous aide à gagner des matchs, au lieu de se fier uniquement à notre talent.»

N’empêche que personne ne donne cher de la peau des X-Men face au puissant Rouge et Or et ses neuf titres de champion canadien.

«Les gens nous comptent déjà comme battus, mais il y a quand même une partie à jouer et c’est sur le terrain que ça va se passer, pas ailleurs. La première chose, c’est de ne pas être intimidés. On a confiance en nous et en ce moment, on joue du bon football», résume Socholotiuk.

Un flambeau pour deux

Si son nom de famille d’origine ukrainienne vous rappelle quelque chose, c’est que son frère aîné, Matt Socholotiuk, était impliqué dans le scandale de dopage qui a ébranlé l’équipe de football de l’Université Waterloo en 2010. Neuf joueurs avaient été contrôlés positifs et la saison des Warriors annulée.

«Mon frère reste une très bonne personne qui a fait un mauvais choix», établit Jordan. «Quand le privilège de jouer au football lui a été retiré, c’était dorénavant à moi de porter le flambeau pour nous deux. Je ne ressens pas de pression, je ne vois juste pas d’autre option que de toujours faire de mon mieux.»

«Ses erreurs ne sont pas les miennes, poursuit-il, mais avec un nom aussi peu commun, les gens font l’association. Mon but est de leur laisser une impression différente de celle qu’ils auraient pu avoir avant de me connaître et mon frère fait de même pour lui.»

Ce frère qui le conseille toujours sur la position de porteur de ballon, qu’ils ont partagée. Matt vit maintenant à Montréal. Après un détour comme combattant en arts martiaux mixtes, il travaille comme instructeur de boxe et «ça se passe très bien», assure Jordan, qui, lui, sort avec une fille de Montréal.

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«ON DEVRA ÊTRE NOUS-MÊMES»

L'entraîneur des X-Men, Gary Waterman, croit que son équipe devra simplement jouer comme elle a l'habitude de le faire si elle veut avoir une chance face au Rouge et Or, samedi.

«On peut tout dire sur le Rouge et Or, à quel point ils sont bons et leur organisation fantastique, ce qui est vrai. Mais en fin de compte, on devra être nous-mêmes et jouer notre football du mieux possible.»

Gary Waterman n’inventera pas de nouvelle stratégie au long des 1000 km de route parcourus jeudi entre Antigonish, en Nouvelle-Écosse, et Québec. L’entraîneur-chef des X-Men de l’Université St. Francis Xavier sait que ses hommes s’amènent au stade du PEPS largement négligés en vue du match de la Coupe Uteck, samedi.

Ce qui ne les empêchera pas de se pointer ici avec une confiance renouvelée et le mot d’ordre de respecter leur identité. C’est-à-dire courir avec le ballon, comme en témoignent leur cinquantaine de jeux au sol et seulement huit passes tentées en finale de conférence, samedi dernier. Ou encore les 244 portées en 10 matchs du principal porteur, Jordan Socholotiuk. «Ce n’est pas un secret, on aime marteler la roche [pound the rock]», reconnaît Socholotiuk.

Mais en rappelant qu’ils peuvent aussi passer le ballon, le receveur-retourneur des X-Men Kaion Julien-Grant ayant été nommé joueur par excellence de l’Atlantique. En fait, le nouveau quart-arrière Bailey Wasdal peut faire les deux.

«Bailey s’est aligné un an avec les Dinos de Calgary sans jouer et deux saisons avec les Colts de Calgary, dans le junior civil. Il est donc arrivé chez nous un peu plus âgé, mais il devait assimiler tout un nouveau système. Alors, on a mis du temps à se mettre en marche», explique Waterman, qui identifie l’insatisfaisante victoire de 12-11 à Bishop’s le 20 octobre comme le point de bascule.

«Les trois matchs suivants, on a joué de mieux en mieux. On bâtit notre rythme. L’important est de culminer au bon moment et c’est ce qu’on a fait», dit celui qui a mené sa troupe à un troisième championnat de conférence en cinq ans.