Les organisateurs des Jeux olympiques de Paris 2024 vont devoir trouver des pistes d’économies pour faire face aux conséquences budgétaires de la crise du COVID-19.
Les organisateurs des Jeux olympiques de Paris 2024 vont devoir trouver des pistes d’économies pour faire face aux conséquences budgétaires de la crise du COVID-19.

JO: Paris 2024 devant l’impact budgétaire de la COVID-19

PARIS — Les organisateurs des Jeux olympiques de Paris 2024 vont devoir trouver des pistes d’économies pour faire face aux conséquences budgétaires de la crise du COVID-19, alors que le modèle apparaît soudain fragile avec le report des JO de Tokyo.

L’impact de la crise sanitaire sur le budget d’organisation des JO, lequel doit s’élever à 3,8 milliards d’euros, quasi intégralement financés par des recettes privées (commanditaires, billetterie, contribution du Comité international olympique), figurait à l’ordre du jour d’un bureau exécutif de Paris 2024, initialement programmé jeudi, mais finalement reporté in extremis à une date ultérieure, en raison des changements d’équipes municipales.

Le conseil d’administration de Paris 2024, prévu dans une semaine, sera aussi décalé.

D’après plusieurs acteurs des JO, une visite du président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, à Paris la semaine prochaine, est toujours au programme. Le signe de grandes manœuvres?

L’ordre du jour du bureau exécutif prévoyait en tout cas que le patron du comité d’organisation des JO (Cojo), Tony Estanguet, fasse le point sur plusieurs dossiers chauds, notamment celui des commanditaires et des retards dans le chantier des lignes de métro 16 et 17 du futur Grand Paris Express.

Après la confirmation, le 22 juin, par le secrétaire d’État français aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, que ces lignes ne seraient pas livrées à temps au Bourget, près de Paris, les organisateurs vont devoir trouver des solutions alternatives pour desservir cette zone olympique, où doivent se disputer tir et volley-ball, mais qui doit surtout accueillir le centre et le «village» des médias.

«10 % d’économies»

La question budgétaire, qui restera sensible jusqu’en 2024, ne s’arrête pas à l’organisation. Aux 3,8 milliards d’euros du Cojo, s’ajoutent 3 milliards d’investissements sur les grands chantiers des Jeux (village olympique, village des médias), financés pour moitié par les acteurs publics. Fin avril, la facture totale de l’opération pour construire le centre aquatique olympique à Saint-Denis, équipement phare des JO, a été réévaluée à 174,7 millions d’euros de fonds publics, contre 113 initialement.

Début mai, Tony Estanguet avait fixé un cap : trouver des pistes d’économies dans «les coulisses des JO» (restauration, sécurité, transports), sans renoncer au spectacle et à l’«héritage» laissé aux territoires. Sans nier la crise économique, le triple champion olympique de canoë assurait que la cible de commanditaires restait la même, soit 1 à 1,2 milliard d’euros de recettes.

«Ils prévoyaient de dépasser leurs prévisions qui étaient prudentes. Désormais, ils veulent se contenter de l’atteindre», assure, sous couvert d’anonymat, un membre du conseil d’administration de Paris 2024, qui réunit les collectivités, l’État et le mouvement sportif. Selon cet acteur, le report inédit des JO de Tokyo fragilise la force du modèle, aux yeux de commanditaires potentiels.

«Leur plan, c’est de trouver environ 10 % d’économies» sur le budget, soit 300 à 400 millions d’euros «pour dégager des marges de manœuvre», ajoute cette source, un ordre de grandeur confirmé par un autre acteur des JO. Interrogé par l’AFP, le Cojo n’a pas souhaité commenter ces chiffres, réaffirmant celui de 3,8 milliards au total.

«bling-bling» 

A ce niveau de budget et pour deux manifestations de quinze jours (Jeux olympiques puis paralympiques), à Saint-Denis (Stade de France), Paris (Trocadero, Concorde), Versailles (équitation), Marseille (voile), et jusqu’à Tahiti (surf), les pistes d’économies existent, selon tous les acteurs interrogés par l’AFP.

«Le niveau de service lors des JO est délirant. C’est possible de réduire un peu sans toucher à la qualité, notamment pour les transports des athlètes et des officiels», décrit un élu dans une collectivité concernée. Les acteurs s’attendent aussi à des zones d’animations moins fastueuses et donc moins coûteuses, par exemple place de la Concorde, un nouveau site qui ne figurait pas dans le projet initial, où se disputeront les sports dits «urbains» (escalade, basket 3x3, BMX freestyle, breakdance, skateboard).

La capacité du village olympique, qui doit se dresser au nord de Paris, est déjà passée de 18 000 à 15 000 lits.

Faudra-t-il aller plus loin, et sacrifier des sites de compétition ou revoir la voilure du village des médias, comme l’imaginent certains?

Cela passerait forcément par des discussions tendues avec les collectivités. «On peut regarder s’il y a des économies à faire, laissons de côté le bling-bling qui caractérise parfois les Jeux olympiques, et je ne parle pas forcément de Paris 2024. Mais il est hors de question qu’on sacrifie l’héritage pour la Seine-Saint-Denis», prévient le président de ce département, Stéphane Troussel (Parti socialiste).