Côme Desrochers

Jeux olympiques: Côme Desrochers favoriserait un report en 2021

Membre de l’équipe de mission du Comité olympique canadien pour les Jeux de Tokyo, Côme Desrochers n’est pas dans le secret des dieux pour autant. Mais selon celui qui travaille quotidiennement avec les athlètes de haut niveau de la région de Québec, il serait souhaitable que ceux-ci soient reportés.

Dans la vie de tous les jours, Desrochers est directeur général d’Excellence Sportive Québec-Lévis, un organisme qui offre des services médico-sportifs aux athlètes de pointe, dont plusieurs étaient en préparation ou en processus de qualification pour participer aux Jeux olympiques, prévus du 24 juillet au 9 août, au Japon.

«À mon avis, et ce n’est qu’une opinion personnelle, je pense que les Jeux seront reportés. La pression populaire commence à être très forte, elle vient de partout, des athlètes, des fédérations, des entraîneurs. Les Jeux, c’est une énorme machine, mais si l’Euro 2020 a été déplacé en 2021, je pense qu’ils peuvent l’être aussi», estime celui qui a passé les Jeux de Pyeongchang (2018) au Centre de haute performance du COC basé dans les montagnes coréennes.

Desrochers ne voit pas comment les Jeux pourraient avoir lieu comme prévu, en juillet. D’abord, en raison de la situation mondiale à propos du coronavirus, mais aussi par respect pour tous les athlètes qui doivent encore se qualifier pour s’y rendre.

«Je ne pense pas qu’ils pourraient remettre les Jeux en septembre ou octobre parce qu’il n’y aurait encore une date précise, ni de processus de qualification bien établi et équitable pour tous. Tant qu’à les reporter, ils devraient le faire jusqu’en 2021. À ce moment-là, tout le monde serait fixé et pourrait se préparer en conséquence», dit-il en rappelant que seulement la moitié des athlètes avaient réussi leur qualification jusqu’à présent.

À Québec comme ailleurs, les athlètes sont en pause d’entraînement. Plusieurs sont en quarantaine volontaire. L’organisme ESQL les aide tant bien que mal, à distance.

«Pour l’instant, on offre des services de base. Nos préparateurs physiques font des séances d’entraînement en ligne par Facebook, ça aide les athlètes à sortir de leur isolement et à penser à autre chose. Nous avons aussi un programme de soutien psychologique, car n’ayant jamais été un athlète olympique, je n’ose pas m’imaginer le stress que certains peuvent vivre, présentement», notait-il en précisant cependant que la priorité était d’abord et avant tout la santé et la sécurité de la population.

Les athlètes blessés physiquement ou ayant besoin de soins paramédicaux sont touchés, car les bureaux de physiothérapie et de chiropractie sont fermés. Bref, la situation actuelle permet aux sportifs de s’entraîner avec les moyens du bord, comme l’ont fait ceux qui les ont précédés.

«Dans le fond, on revient aux bonnes méthodes d’antan. Les athlètes d’aujourd’hui sont habitués aux équipements de haute technologie, mais présentement, ce n’est pas possible. Pour ceux qui ont besoin d’infrastructures, comme des piscines, des gymnases, des lacs, ce n’est pas l’idéal, je le reconnais.»

À travers tout cela, Desrochers pense aux entraîneurs. En plus de prévoir l’impossible, ils doivent aussi gérer les inquiétudes de leurs protégés.

«Il faut aussi bien encadrer nos entraîneurs. La charge émotive doit être immense, autant pour eux que pour les athlètes. On ne doit pas les oublier.»

Cette semaine, le Comité international olympique (CIO) a maintenu son désir de tenir les Jeux dans quatre mois. Mais des voix, notamment celle de l’ancien skieur Dominick Gauthier, s’élèvent contre cette idée, autant au pays qu’ailleurs dans le monde. Les fédérations d’athlétisme et de natation des États-Unis, la fédération française de natation, les comités olympiques de la Norvège et du Brésil ont également réclamé leur report. Vendredi, la flamme olympique est arrivée sur une base aérienne japonaise, sans aucun public pour l’accueillir.