Jessy Gagné ressent une grande fierté à voir ses enfants Samuel, au Séminaire des Pères Maristes, et Olivier et Julia, à l’Externat Saint-Jean-Berchmans, partager sa passion pour le sport.

Jessy Gagné: un divorce impossible

Il y aura bientôt 18 ans que Jessy Gagné a accroché ses crampons, le petit porteur de ballon rapide et explosif ayant disputé son dernier match avec le Rouge et Or en 2001. Mais la fin de sa carrière de joueur ne l’a pas éloigné du terrain pour autant. Divorcer du football était impossible.

«La conquête de la Coupe Vanier en 1999 a eu un impact incroyable dans ma vie», explique le Beauceron d’origine. «En 2002, à quelques semaines de la fin de mon bac, le téléphone a commencé à sonner. Je ne sais pas combien d’appels j’ai reçus venant de personnes qui m’offraient des postes de coach de football. Et ce qui revenait tout le temps dans leurs discours c’était : “Tu sors du Rouge et Or et tu as gagné la première Coupe Vanier”. Je leur répondais tout le temps que ça ne faisait pas de moi un meilleur joueur ou un meilleur entraîneur.

«Mais j’avais de l’intérêt pour prendre en charge un programme de football et j’avais le goût de m’impliquer auprès des jeunes afin de leur transmettre ce que la conquête de la Coupe Vanier, mais aussi tout ce qui nous avait permis de nous rendre là et le fait d’avoir fait partie d’un programme d’excellence m’avaient apporté. C’était tout simplement impossible pour moi de tourner la page sur le football. Il aurait manqué quelque chose dans ma vie. Si je n’avais pas été approché pour coacher, j’aurais appelé dans les écoles pour offrir mes services.»

Gagné a d’abord mis le cap sur l’école secondaire Veilleux de Saint-Joseph ou Martin Goulet, son ex-entraîneur, lui avait trouvé une tâche d’enseignant. Par la suite, il est allé à l’école Benoît-Vachon où en plus d’enseigner, il a pris les jeunes de niveau benjamin du programme de l’Embâcle et à sa demande, il les ensuite dirigés chez les cadets et les juvéniles. En 2008, il a vu ses joueurs remporter le Bol d’Or. Il est ensuite allé à Saint-Prosper où il avait eu une permanence. Mais peu de temps après, il a eu l’opportunité d’enseigner à l’Externat Saint-Jean-Berchmans à Québec. Responsable du programme de football, il s’est aussi vu confier les rênes de celui du voisin immédiat, le Séminaire des Pères Maristes.

«J’ai eu carte blanche à Saint-Jean-Berchmans, où j’ai pu adapter un programme de football sans contact à partir de la maternelle et j’ai eu carte blanche aux Pères Maristes. C’est moi qui suis le gestionnaire et c’est moi qui administre. Je devais faire un choix et je l’ai fait pour moi et pour ma famille. Je voyais mes enfants étudier à Saint-Jean-Berchmans. C’est une très bonne école.»

Gagné est formel : c’est grâce au football qu’il a pu bâtir la vie dont il profite aujourd’hui. Et il est très reconnaissant envers Martin Goulet et l’équipe de coachs du cégep Beauce-Appalaches pour l’avoir bien guidé.

«Quand on pense à ma carrière, on pense tout de suite au Rouge et Or. Mais avait d’atteindre le sommet de la pyramide, j’ai eu la chance de pouvoir compter sur des gens qui ont eu un impact au niveau sportif, mais aussi académique. Des gens qui m’ont encouragé et donné les moyens de réussir dans mes études. Si ça n’était pas du football et de l’encadrement, de la ligne directrice et de l’éthique de travail qu’il m’a donnés, je ne serais pas où je suis.

«C’est un peu ça que je veux faire aujourd’hui. Il arrive que l’on sente qu’un jeune est sur le point de nous échapper. Avec l’équipe, on l’encadre et on lui donne des raisons de s’accrocher avec le football.»

Tourner la page

Vivant presque pour se retrouver de semaine en semaine dans le feu de l’action et habitué à faire la manchette, Gagné ne cache pas que les conséquences de la retraite l’avaient frappé de plein fouet. Il se souvient qu’à son premier match du Rouge et Or en tant que spectateur, il at dû composer avec beaucoup d’émotion. «Le fait de m’investir dans le programme des Pères Maristes m’a aidé à guérir le bobo.

«Pour ce qui est de la couverture des médias, un moment donné tu finis par te dire que tu dois tourner la page. Avec le recul, tu prends conscience de tout ce que le football t’a apporté et tu réalises que, tes coéquipiers qui t’ont protégé et qui t’ont ouvert le chemin, des gars qui ont sué plus que toi et qui ont eu pas mal plus de bleus et de douleur, n’ont jamais eu de reconnaissance dans les journaux, n’ont jamais fait parler d’eux et n’ont jamais eu leur photo parce que c’est sur moi que les projecteurs étaient braqués.»

Aujourd’hui, Gagné dit profiter d’une reconnaissance qui est aussi satisfaisante même si elle est différente. «C’est quand je vois Alexandre Gagnon, un gars que j’ai dirigé, évoluer avec le Rouge et Or ou quand d’ex-joueurs viennent me voir et me dire qu’ils m’ont apprécié et qu’ils ont apprécié ma philosophie», conclut Gagné qui est retourné à l’université pour obtenir un diplôme d’études supérieures qui lui permettrait d’occuper un poste de gestion.

«À ce niveau, j’ai eu un bon mentor, André Gosselin qui était un directeur et qui sortait sur le terrain. J’aimerais faire ça aussi. Peu importe le poste que j’occuperai, il y a des fortes chances qu’à 98 % que je sois encore sur un terrain de football pour bien des années.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Fait marquant

R  La dynamique au cégep Beauce-Appalaches. Les anciens Condors étaient beaucoup impliqués. Les Benoît Gravel, Gaétan Létourneau et Gaétan Mathieu nous ont transmis leur passion. Et la Coupe Vanier de 1999. C’était la première. Quand on se fait des partys d’anciens, la première Coupe Vanier est tout le temps sur le sujet. 

Q  Idoles de jeunesse

R  Je n’avais pas d’idoles comme telles, mais je suivais tout ce qui s’appelait running back dans la LNF. Les Barry Sanders et Emmith Smith de ce monde. Je les regardais beaucoup, je les admirais et je me voyais un peu dans eux... 

Q  Ce dont tu t’ennuies le moins

R  Les lundis piscine. J’haïssais tellement ça. On avait des blessures et mal partout et il fallait aller nager. Et la séance vidéo du lundi où on analysait les erreurs de la semaine et de la fin de semaine. C’est sûr que l’on se faisait réprimander. On ne fait pas du vidéo pour nos bons coups. C’est pour corriger nos erreurs.

Q  Plus grande déception

R  En Beauce, notre défaite en demi-finale contre Vanier (1997) a fait vraiment mal. Et notre revers contre Saint Mary’s, en demi-finale canadienne en 2001. Deux fois, j’ai fini sur une défaite. Ça aurait été le fun de terminer sur une note positive. Et notre revers en finale provinciale contre Concordia en 1998.