Jérôme Marois en 2007
Jérôme Marois en 2007

Jérôme Marois: des déceptions mais pas de regrets

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
Même s’il n’a jamais eu la chance de réaliser son rêve de jouer dans la Ligue nationale après avoir été repêché par le Canadien de Montréal en 1999, une grande déception pour lui, Jérôme Marois trace un bilan plus que positif de sa carrière qui s’est terminée en 2012 alors qu’il avait 31 ans.

«J’ai été choyé de pouvoir jouer au hockey pendant plusieurs années», lance le hockeyeur natif de Val-Bélair. «C’était mon travail. Mais est-ce que l’on peut parler d’un travail étant donné que le hockey était un sport que je pratiquais depuis que j’étais jeune et qui était ma passion? 

«J’ai aussi eu la chance d’évoluer à Québec devant ma famille et mes amis dans un environnement que je connaissais. Mes années de hockey furent de belles années. J’en parle souvent avec des gars que j’ai côtoyés pendant ma carrière et avec qui je jouais encore au hockey encore une fois par semaine avant la COVID.»

Qu’on ne se trompe pas. Ce n’est pas avec des lunettes roses que Marois regarde sa carrière de hockeyeur. Il reconnaît qu’elle a été parsemée de déceptions. À commencer par sa sélection en neuvième ronde du repêchage (253e au total). Bien sûr, il ne cache pas que d’avoir été choisi par le Tricolore avait constitué le fait marquant de sa carrière de hockeyeur, mais en même temps, il indique qu’il s’attendait à trouver preneur plus tôt. Et selon lui, une saison bien ordinaire à sa deuxième campagne avec les Remparts après avoir créé des attentes lors des séries à son année recrue serait la cause de sa sélection tardive.

«Mais si je me souviens bien, il n’y a que deux joueurs repêchés par le Canadien cette année-là qui ont signé un contrat. Et j’étais un de ceux-là même si j’ai été choisi en neuvième ronde. C’est quand même flatteur.»

Plus de 20 ans après avoir été un membre de l’organisation montréalaise, Marois demeure convaincu qu’il avait le talent pour jouer dans la LNH. «Mais est-ce que j’avais la patience et la bonne attitude? C’est la question. Il y a des raisons pourquoi ça n’arrive pas. Je pense que j’aurais dû vivre le moment présent et être patient plutôt que de vouloir gravir tous les échelons tout de suite. Rêver au plus haut niveau et ne pas l’atteindre, c’est une déception.

«Mais je préfère ne retenir que le positif. J’ai voyagé un peu partout, j’ai rencontré plein de gens, et ce que j’ai vécu m’a formé et m’a apporté de la sagesse. Il y a des choses que je comprends aujourd’hui que j’aurais peut-être dû comprendre quand j’étais plus jeune. Mais je ne regrette absolument rien de mon parcours. Il m’a emmené à un endroit où je suis très heureux et où j’ai du succès.

Avec les Remparts

C’est avec les Remparts que Marois avait fait ses débuts dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Après deux campagnes, il fut cependant échangé au Cap-Breton où il marqua 28 buts, 20 de plus que la saison précédente.

«Il y avait tellement de bons joueurs chez les Remparts que c’était difficile pour moi de prendre ma place. Alors quand j’ai appris que j’avais été échangé, même si c’était dur de quitter ma famille et l’organisation des Remparts, j’ai vu ça comme une opportunité d’avoir plus de temps de glace et de jouer avec moins de pression. Et je pense que j’ai pu devenir le joueur que j’aurais dû être et développer une conscience plus grande. Pascal Vincent, qui était et qui est encore tout un coach et une bonne personne, m’a fait confiance. Et j’ai eu une belle année. Même chose l’année suivante à Rouyn-Noranda où j’ai évolué sous la gouverne de Guy Boucher et Jean Pronovost. J’ai alors eu ma meilleure campagne dans la LHJMQ.»

C’est dans l’organisation du Canadien que Marois s’est ensuite retrouvé. Après avoir pris part au camp des Citadelles, il a été rétrogradé avec les Sea Wolves du Mississippi de la East Coast League. Il revint cependant à Québec en milieu de campagne pour y disputer une dizaine de matchs.

«Ce fut tout un feeling que de se pouvoir jouer pour un club-école comme les Citadelles. Et en plus, je connaissais la plupart des gars.»

Parlant de son séjour au Mississippi, Marois indique n’en avoir gardé que de beaux souvenirs. L’équipe était basée à Biloxi, une ville située pas très loin de La Nouvelle-Orléans. L’équipe appartenait à des Québécois dont Michel Cadrin, et les joueurs y étaient bien traités. «Il y avait beaucoup de Québécois sur l’équipe. La gang était le fun

Marois joua seulement trois campagnes dans les circuits mineurs. Après une saison de 21 buts et 15 passes en 50 matchs avec les Ice Dogs de Long Beach, il s’est demandé s’il devait continuer à faire carrière au hockey ou s’il était temps de passer à autre chose. Il décida de revenir au Québec afin de préparer sa nouvelle carrière. Il a suivi des cours pour devenir courtier immobilier avant de s’orienter vers un cours comme courtier hypothécaire. Parallèlement, il joua dans la Ligue nord-américaine notamment avec le Radio X de Québec et même quelques matchs pour la formation de Dresde, en division II de l’Allemagne en 2008-2009.

«À l’époque, le hockey semi-pro était pas mal populaire. Il y avait de grosses foules, le calibre était vraiment bon et les revenus intéressants. Et je pouvais poursuivre mes études. C’est ce qui m’a fait rester à Québec. 

«C’est certain, abandonner mon rêve de jouer dans la LNH n’a pas été facile. Longtemps, je me suis demandé “j’aurais-tu pu?” Mais je me suis aperçu qu’au fil des ans c’est devenu plus facile pour moi de laisser dans le passé ce qui appartenait au passé au fur et à mesure que j’ai commencé à avoir du succès dans mon nouveau travail. J’ai aussi réalisé que dans la vie si ça ne marchait pas dans quelque chose, tu pouvais essayer dans une autre et être aussi heureux.»

L’ex-Remparts indique que jouer dans la Ligue américaine pour pratiquer le sport qu’il aimait et étudier avaient été une combinaison gagnante pour lui servir de tremplin pour passer à autre chose. Et quand il a décidé d’accrocher ses patins, c’est parce que son travail prenait plus de place et que les choses commençaient à bien aller.

Ça fait maintenant une quinzaine d’années que Marois est courtier hypothécaire chez Desjardins. Et bien que le hockey demeure pour lui une passion, il jouait deux fois par semaine avant la crise de la COVID, l’aura que lui avait donné sa carrière de hockeyeur commence à pâlir. 

«Ça ne me dérange pas du tout. Je l’ai dit, il faut laisser dans le passé ce qui appartient au passé. Personnellement, je suis très heureux où je suis rendu dans ma vie avec mon travail, ma famille et l’endroit où je demeure. Pour moi, c’est ça qui a de l’importance.»

C’est maintenant pour le plaisir que Marois met ses patins. Il fait partie d’un groupe d’anciens joueurs toujours aussi passionnés de hockey et toujours aussi affamés de compétition et de victoires qui se réunissent afin de se mesurer sur la patinoire.

«Il y a moins de pression, c’est certain. Mais ce n’est parce que nous n’avons plus de comptes à rendre à un coach que nous prenons ça à la légère. Avant les matchs, on s’agace et on se lance des défis pour les petits tournois que nous organisons. C’est le fun. On peut continuer à revoir la gang et à se challenger.»

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QUESTIONS/RÉPONSES

Choix de neuvième ronde du Canadien lors du repêchage de 1999, le 253e au total, Jérôme Marois travaille depuis une quinzaine d'années chez Desjardins où il est courtier hypothécaire.

Q Faits marquants

D’avoir été repêché dans la Ligue nationale, c’est certain que c’en est un. Quand on regarde le pourcentage de hockeyeurs québécois qui le sont, ça montre jusqu’à quel point c’est difficile de l’être. Et du côté de la sur la glace, c’est le championnat que nous avons gagné avec le Radio X, dans la Ligue nord-américaine, mon seul championnat en carrière. On avait tout une gang et c’était vraiment du bon hockey.

Q Performance marquante

R L’année de mes 16 ans, alors que je jouais avec les Remparts, j’avais eu de bonnes séries. Je pense même que par deux fois, j’avais compté le but qui nous avait permis de gagner le match. Et aussi la première fois que je suis venu jouer contre les Remparts alors que je portais les couleurs du Cap-Breton. J’avais eu un bon match. Deux ou trois buts et quelques passes, il me semble. Ça, ça avait été le fun.

Q Idoles de jeunesse

R Mon oncle Mario (Marois) évidemment.

Q Ce dont tu t’ennuies le plus

C’est de jouer au hockey et de s’entraîner à tous les jours et d’avoir une vie équilibrée, côté sport là. Et en plus dans le temps, ça ne coûtait rien pour nous entraîner. Tout l’équipement était fourni. Aujourd’hui, il faut payer (rires).

Q Ce dont tu ne t’ennuies pas

R Les longs voyages. 

Q Coachs marquants

Guy Boucher. Le gars qui m’a montré à devenir un meilleur scoreur. Aussi Kevin Kaminsky, à Long Beach, un ancien joueur de la Ligue nationale, il avait joué pour Washington. C’était une personne qui pouvait te motiver au max.

Q Personnalité marquante

R Mes parents, ma mère, mon père. Aujourd’hui en tant que parent, je vois combien c’est exigeant d’avoir des enfants. Et en plus, c’est incroyable le temps qu’ils ont mis et l’argent qu’ils ont dépensé pour me permettre de jouer au hockey.

Q Dans 10 ans

Je me vois pas mal avec une vie qui ressemble à celle que j’ai aujourd’hui. Toujours à l’emploi de Desjardins et peut-être avec un autre enfant. J’ai une petite fille et ma blonde et moi on prévoit en avoir un deuxième. 

Q Rêves

R Je rêve de faire mon terrassement au complet à la maison. Et voyager. On le faisait déjà pas mal avant la COVID. Et c’est clair que le plus possible aller visiter le monde avec ma blonde et mon enfant.