Après avoir fait carrière en cyclisme, Jean-Sébastien Béland est aujourd’hui pilote de ligne chez Air Transat.

Jean-Sébastien Béland: parcourir le monde en Airbus A330

Ayant pris goût aux voyages alors qu’il faisait carrière en cyclisme, Jean-Sébastien Béland continue de vivre dans ses valises. Mais une vingtaine d’années après avoir quitté la compétition ce n’est plus au guidon d’un vélo qu’il parcourt le monde. C’est plutôt aux commandes d’un Airbus A330 de chez Air Transat.

«À 95 % du temps, je suis heureux d’être en voyage», lance l’ex-membre de l’équipe nationale qui passe généralement 16 jours par mois à l’extérieur du pays. «C’est toujours pareil, je suis content de partir, mais quand ça fait deux ou trois jours que je suis loin de chez nous, j’ai hâte de revenir. 

«J’ai toujours beaucoup aimé l’Europe et le rythme de vie des gens qui y vivent. Quand j’ai commencé à faire du cyclisme, je n’avais qu’un objectif : courir professionnel là-bas. En tant que pilote, j’ai la chance de faire plein de vols sur l’Europe. L’aviation me permet de vivre la vie dont je rêvais sans avoir besoin de faire cinq heures de vélo par jour.»

C’est après avoir écouté les conseils de sa blonde que Béland, qui s’interrogeait quant au domaine dans lequel il aimerait travailler, lui un amoureux des voyages, est allé dans le domaine de l’aviation. Il s’est d’abord inscrit à un DEP en information aérienne, un cours qui lui permettait de devenir répartiteur. Son diplôme en poche, il a étudié pour devenir pilote. 

«Ça m’a pris neuf mois pour terminer mon cours. Dès que j’ai commencé à voler, j’ai su que c’est ça que je voulais faire. Je m’en rappelle comme si c’était hier. C’était le 5 mai 1997. J’avais 23 ans. Pour moi, voler c’était comme faire du vélo : j’avais du plaisir. C’était très différent de la vie que je faisais avant, mais en même temps, ça lui ressemblait au niveau du sentiment de liberté que j’éprouvais.»

Pilotant d’abord de petits avions, Béland a mis 12 ans avant de se retrouver chez Air Transat. Sa progression s’est faite en fonction de décisions personnelles. Pour des raisons familiales, il a préféré voler dans le domaine corporatif, un travail lui permettant d’être auprès de sa conjointe et de ses deux enfants les fins de semaine et à Noël. Il pilotait alors des jets pouvant accueillir de 7 à 10 passagers. Aujourd’hui, «ses» avions en transportent entre 350 et 375.

«Quand tu es assis dans le cockpit, tu ne penses pas à ce qu’il y a derrière toi et tu ne vois pas comment l’avion est gros. Piloter un petit avion ou un gros, c’est sensiblement la même chose. Mon travail est exactement le même. Sauf que quand tu as 350 passagers au lieu de 10, il y a plus de petits problèmes. Mais on a un protocole pour les gérer et en général, on les règle assez facilement.»

En Europe

Jean-Sébastien Béland a couru à temps plein de l’âge de 18 à 23 ans, période pendant laquelle il amorçait ses campagnes en Europe avec des équipes amateurs avant de revenir au Québec pendant la saison estivale pour compétitionner avec la formation Volkswagen et faire des projets spéciaux avec l’équipe nationale. «Même si on courait pour les plus grosses équipes amateurs en Europe, on ne faisait pas trop d’argent. On survivait. Mais j’aimais le vélo.»

C’est en 1996, au terme d’une année qui lui avait permis de prendre part au Tour de l’Avenir, de gagner une étape du Tour de Martinique et de monter sur le podium aux championnats canadiens, que Béland a pris sa retraite afin de se consacrer à ses études puis d’amorcer sa carrière dans le domaine de l’aviation. 

«Comme j’étais très occupé, ma transition s’est très bien faite. Deux ans plus tard, j’ai eu l’opportunité de revenir courir, à temps partiel, les fins de semaine, avec l’équipe de Josée Robitaille (Volkswagen). J’y ai passé quatre ans.»

Béland indique que les cinq années qu’il avait passées chez les amateurs avaient presque été les cinq plus belles de sa vie. «Les amis que j’ai aujourd’hui, je les ai connus à cette époque. J’ai même rencontré ma blonde en vélo. Elle était sur l’équipe nationale. Je n’ai peut-être pas pris part aux plus grosses courses professionnelles, mais j’ai fait les plus importantes au niveau amateur. Tout mon background vient de là.»

Très fier de sa carrière, Béland a quand même un regret. Celui d’y avoir mis fin à l’âge de 23 ans. «En vélo, un coureur atteint son peak à 26 ans. Je ne suis donc pas allé au maximum de mes possibilités. Je ne sais pas à quel point j’aurais pu être bon. Il aurait fallu que je persévère....

«Mais en même temps, je n’ai pas de raison d’avoir de regrets. J’ai une super vie. Si j’ai la vie que j’ai aujourd’hui, c’est parce que j’ai mis fin à ma carrière plus tôt et que j’ai commencé à travailler.»

Béland roule maintenant trois ou quatre fois par semaine avec des amis, pour le plaisir. Avec sa conjointe, il aime faire des voyages de cyclisme en Europe. Les deux se rendront prochainement en Italie pour faire du vélo dans les Dolomites.

«Le vélo c’est le fun dans les places qui ont un sens, qui sont des classiques. J’aime encore un peu souffrir, mais en revanche, je vais pas mal moins vite. J’adore encore faire du vélo, il n’y a aucun doute.»

+

QUESTIONS/RÉPONSES

Q  Faits saillants?

R  Les championnats canadiens, c’est la plus grosse course pour les coureurs canadiens. Et j’y ai obtenu deux podiums, un chez les juniors et l’autre chez les seniors élite lors de courses sur route.

Ce te manque le moins?

R  Rouler quand il fait 10 degrés et qu’il pleut là. Ça ne me manque pas du tout.

Q  L’avion que tu aimes le plus piloter?

Le Airbus 330 que je pilote présentement. C’est l’avion que je connais aussi le plus. Ce que je fais présentement avec ça au point de vue carrière, j’aime vraiment ça. 

Q  Dans 20 ans?

Au niveau professionnel, je me vois encore chez Air Transat. Au niveau personnel, ma blonde et moi on a acheté un petit terrain en Estrie l’année passée, tout près du Vermont. J’espère être capable de construire quelque chose et que nous y habitions. 

Q  Ton rêve?

R  Ma bonde et moi, on a été pas mal malades lors des dernières années. Je souhaite juste que l’on soit en santé. Pour le reste, je n’ai pu vraiment de rêves. Avant, j’avais plein d’objectifs de carrière. Je ne les ai pas tous atteints, mais quand tu es commandant à bord d’un Airbus 330, tu peux pas aller bien plus haut. Alors je suis vraiment choyé et privilégié.